Coderre vs. Plante – 1er débat

Denis Coderre et Valérie Plante ont croisé le fer en prime time, dans l’émission Tout le monde en parle.

Pour mes lecteurs hors Québec, il me faut préciser que cette émission hebdomadaire a une audience évaluée à 1,1 millions de téléspectateurs (2016). Pour une province de 8 millions d’habitants, dont 6,5 millions de francophones, autant dire que c’est le rendez-vous incontestable du dimanche soir.

Si cette grand messe cathodique participe au débat public, celui-ci y est fortement aseptisé par un jovialisme qui contraint à la superficialité des échanges et par un montage qui réduit le propos au format discuté entre les producteurs de l’émission et les participants. C’est donc un débat convenu et contenu, autrement dit : formaté, qui a opposé deux candidats extrêmement préparés.

Aussi, je n’ai pas à dire grand chose du débat en tant que tel si ce n’est affirmer l’évidence : il n’a fait qu’éclairer la stratégie des différents candidats,

Celle de Coderre consiste à tabler sur la dimension internationale de Montréal, donnant au maire sortant la posture d’un gestionnaire doublé d’un visionnaire. D’où sa posture calme et inspirée, privilégiant la réplique à la proposition. Coderre était assez à l’aise dans cet exercice, arrondissant les angles grâce à sa bonhomie.

Inversement, Plante tente d’orienter la campagne sur la gestion municipale, l’accessibilité, l’urbanisme, les transports collectifs, etc. Il s’agit ici d’une communication qui se veut davantage rationnelle et innovatrice. Ce qui nécessite à la fois du mordant et de la pédagogie, qualités que Plante maîtrise parfaitement.

Bref, match nul entre les deux prétendants à la mairie de Montréal sur la forme. Maintenant, reste à savoir quelle stratégie convaincra le plus les montréalais(es) sur le fond.

Montréal 2017 – Le parti des indécis

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Le sondage (Mainstreet/Qc125) nous donne une petite idée des tendances actuelles, alors que la campagne électorale s’intensifie, que la course à la mairie se resserre. Si l’on peut observer que Projet Montréal (25%) talonne l’Équipe Coderre (30%), le véritable parti est bien celui des indécis. C’est d’autant plus préoccupant car ce chiffre connaît une nette progression, comme le démontre Qc125 :

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Si l’on recoupe les chiffres, 3 raisons expliquent cette forte indécision à un peu plus d’un mois du scrutin :

1. Le mauvais timing et la faible couverture médiatique

Si l’indécision progresse de 34% à 41% de juin à septembre, c’est probablement car la campagne – éloignée du centre des préoccupations quand l’été s’en vient – ne pénètre toujours pas les consciences alors que l’été s’en va. D’autant plus que la campagne municipale rivalise avec d’autres rentrées : celle de l’Assemblée nationale au niveau provincial et celle de la Chambre des communes au niveau fédéral. Bien qu’il existe des journalistes attitrés aux affaires municipales, il leur est difficile dans ce contexte de tirer la couverture médiatique sur des enjeux plus politiques.

2. Une élection impopulaire

D’une manière générale, les enjeux municipaux occupent très peu de place politique. Cette impopularité est due à des raisons structurelles, notamment par la division du travail politique poussée à l’extrême au Canada où les partis se spécialisent selon que le niveau de gouvernement (fédéral, provincial et municipal). Cette spécialisation de la politique par niveau a tendance à accroître l’autonomisation des champs politiques, avec finalement que peu de ponts pour les relier. Pas étonnant que l’indécision soit donc plus marquée dans les populations moins intégrées politiquement : les jeunes (43%) et les non-francophones (53%).

3. La faiblesse de l’offre politique

L’impopularité tient finalement à une très faible politisation des enjeux municipaux, puisqu’il est difficile de les relier avec une offre exprimée en fonction de clivages idéologiques (gauche/droite) ou nationaux (souverainisme/fédéralisme). Pourtant, les quatre partis en lice (et non trois comme le sondage l’indique) : Projet Montréal, L’Équipe Denis Coderre, le Vrai Changement Pour Montréal et Coalition Montréal, incarnent chacun une position identifiable :

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Sauf que la ligne entre «municipalisme» (ville à dimension humaine) et «mégalopolisme»  (ville à dimension mondiale) n’intéresse que les personnes d’ores et déjà réceptives aux enjeux municipaux. L’offre politique est faible puisqu’elle ne parvient pas à intéresser une vaste partie de la population montréalaise.

Si elle veut gagner, Valérie Plante (Projet Montréal) a donc intérêt d’insister sur les enjeux municipaux pour rejoindre les indécis, Jean Fortier (Coalition Montréal) est bien obligé de donner un coup de pied dans la fourmilière en critiquant le «marchandage» s’il veut exister, tandis que Denis Coderre (L’Équipe Denis Coderre) doit maintenir son cap.  Pour ce qui est de Justine McIntyre (Vrai Changement Pour Montréal), elle a eu raison de se concentrer sur une stratégie d’arrondissements, mais elle disparaît alors de la game.