Où s’en va le Parti québécois?

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Les 8,9 et 10 septembre, le Parti québécois (PQ) organisait son congrès. Outre le score quasi-stalinien (92,8%) par lequel Jean-François Lisée a été reconduit dans ses fonctions de «chef» du premier parti d’opposition, que peut-on en retenir de l’événement?

Son sous-titre conquérant : «Le chemin des victoires», donne une première indication. Le PQ se met  donc en ordre de bataille pour les prochaines élections provinciales qui se profilent à l’horizon 2018. Reste à savoir quelle stratégie adoptée pour : 1) défaire le Parti libéral du Québec (PLQ), en tête dans les sondages (31%) ; 2) rattraper son retard sur la Coalition avenir Québec (CAQ), qui talonne le premier (29%) ; 3) ne pas se faire déborder sur la gauche par Québec solidaire (QS), de plus en plus populaire (15%, chiffres selon le sondage Léger-Le Devoir de juin) ?

Le casse-tête semble indépassable, d’autant plus qu’une nouvelle et large défaite sonnerait le glas de la formation souverainiste. Parmi les stratégies envisageables, il semblerait que celle, choisie par Lisée, opère un glissement à droite (tel que je le mentionnais dans un article précédent). Mais de quelle droite parle-t-on exactement ?

Comme tout théoricien du politique, la tendance ne me satisfait jamais et les déclarations me sont  toujours un peu suspicieuses. J’attendrai donc que l’une se confirme et que les autres se cristallisent avant de qualifier cette droite. Néanmoins, affirmons – pour l’instant – que ce positionnement à droite est plus tactique qu’idéologique. Ce positionnement – ou, plus exactement, ce glissement – sert à rallier les électeurs éventuels de la CAQ afin de concurrencer le PLQ ; tout en présentant QS sous son visage «d’extrême-gauche» pour espérer amoindrir sa progression chez les souverainistes modérés. Concernant les électeurs du PLQ, j’ai l’impression que Lisée fait l’impasse.

Se crée alors un double enjeu pour le PQ : d’une part, mobiliser des communautés culturelles réceptives à son message pour prendre les comtés qui ballottent entre PQ/PLQ ou PQ/CAQ ; d’autre part, reprendre à la CAQ le vote francophone, de classe moyenne et périurbain. Si ces clientèles peuvent avoir les mêmes attentes en terme d’éducation, de transports, de santé, d’infrastructures, etc., plusieurs luttes symboliques les départagent. Jusqu’alors, le PQ avait fait le choix de les réconcilier à l’aide d’un modèle d’État social, inspiré des social-démocraties scandinaves, œuvrant ainsi à établir les jalons de l’indépendance.

Sauf que ce modèle a vécu, d’une part car les communautés culturelles sont de plus en plus politisées, surtout avec les deuxièmes, voire les troisièmes générations, qui – malgré la maîtrise de la langue française et l’assimilation des codes culturels – sont toujours autant marginalisées dans la société québécoise. Les promesses de lendemains qui chantent ne les convainquent plus. D’autre part, car les populations francophones, péri-urbaines et appartenant à la classe moyenne, ressentent un décalage entre ce qu’elles pensent être la collectivité avec ce qu’elles accusent être la conséquence de sa perte d’identité : l’acculturation, la diversité ethnoculturelle, la concurrence territoriale, etc.

Car le nationalisme de cette frange de la population n’est plus qu’accessoirement politique pour être principalement identitaire, Lisée cherche à s’adapter. Si le but est de récupérer les souverainistes déçus de la tiédeur du PQ sur les thématiques identitaires, il n’abandonne pas modèle de l’État social, bien qu’il le «libéralise» en concédant plus de place à l’entreprise et le «nationalise» en affirmant une souveraineté économique. Une fois de plus, la manœuvre vise à rassurer les classes populaires, les classes moyennes, les petits propriétaires et les investisseurs locaux, préoccupées à la fois par la dépense publique et la viabilité économique du Québec.

Lisée, en fin stratège, se prépare donc à une élection qui, en 2018, sera marquée par les problématiques identitaires et économiques. Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui – qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ. Voilà où le PQ s’en va…

Le débat du NPD

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Avec ce débat à Montréal, la campagne pour le leadership du NPD (Nouveau Parti-Démocrate) tient toutes ses promesses.

Si les médias font déjà leurs choux gras sur la question de la laïcité au Québec , je privilégie pour ma part un autre angle d’appréciation du débat que le commentaire sur les petits drames provinciaux. Il faut dire que cet exercice est une merveilleuse opportunité d’analyser les positionnements des candidats.

En préambule, soulignons que le débat s’est tenu majoritairement en français. À cet exercice linguistique, Guy Caron part avantagé, Niki Ashton rétorque fort bien car elle manie toutes les subtilités de la langue, tandis que Jagmeet Singh et Charlie Angus sont un peu plus hésitants, mais n’en démordent pas. Pour un public majoritairement francophone, la maîtrise du français peut être un critère d’appréciation important. Le critère linguistique appartient aux nombres des déterminismes sociologiques – comme la classe sociale, la culture, la génération, le niveau d’éducation, le sexe, etc. – qui contraindront les uns à opter plus tel ou tel candidat. À ce titre, peut-être que les femmes auront tendance à opter plus pour Ashton, les minorités culturelles pour Singh, les anglophones pour Angus ou les francophones pour Caron. Cependant, les déterminismes jouent un rôle moindre lors d’une campagne pour le leadership d’un parti.

En effet, votent des personnes extrêmement politisées qui prennent également en considération dans leur choix final d’autres critères, comme le positionnement idéologique et tactique. Idéologiquement, il est difficile de départager les différents candidat. On navigue à vue dans cette social-démocratie un peu invocatoire. Il me semble toutefois qu’Ashton soit plus à gauche, les trois autres candidats variant sur l’échelle du progressisme selon leurs sujets de prédilection. Tactiquement, Caron veut d’ancrer le NPD au Québec pour espérer que le Parti Libéral du Canada (PLC) se fasse déborder par le Parti Conservateur du Canada (PCC) ; Singh espère incarner la diversité face à Justin Trudeau ; Angus poursuit le souvenir du feu Jack Layton, figure tutélaire du parti ; Ashton appelle au renouvellement, à la fois représentatif et idéologique.

C’est pourquoi les uns et les autres ont travaillé leur communication pour affirmer habillement leur positionnement idéologique et tactique. S’il est plutôt sain que des candidats d’un même parti puissent exprimer des positions contradictoires afin de les trancher, quelles positions semblent s’être imposées sur d’autres ? Dit autrement et sans passer par quatre chemins, qui « gagné » le débat ? Si on en juge par les applaudissement de fin, ce serait Niki Ashton. Il faut ben admettre qu’elle a marqué de nombreux points car elle sait parfaitement s’adresser aux militants québécois par une vision, par des préoccupations et – même si c’est moindre – par une langue qui sont les leurs.

Néanmoins, je pense que Singh a bien plus gagné qu’Ashton avec ce débat, et ce parce qu’il a réussi à établir une relation avec les Québécois comparable avec celle qu’ils entretiennent avec Trudeau ; c’est-à-dire une étrange alchimie entre l’attraction et la répulsion créant leur curiosité, ne les rendant surtout pas indifférents.

À suivre…