La réforme du mode de scrutin

Quebec Election,

À l’occasion d’une rencontre avec la « jeunesse québécoise », les leaders de la Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti québécois (PQ) et de Québec solidaire (QS) ont prôné une réforme du mode de scrutin. Si le Parti libéral du Québec (PLQ) au pouvoir demeure réservé sur cette mesure, les uns et les autres convergent pour l’introduction d’une dose de proportionnelle.

Tout changement politique étant vécu comme une « révolution » au Canada et a fortiori au Québec, on pourrait penser que cette proposition qui fait (presque) l’unanimité porte en elle son vent de changement. Oui, mais … c’est davantage une petite brise que l’on nous promet. La même petite brise qui fait tourner les girouettes, mais n’apporte rien d’autre qu’un soupçon de fraîcheur.

Évidemment, le scrutin majoritaire uninominal à un tour tel qu’il existe est loin d’être parfait. Certain-e-s candidat-e-s sont élu-e-s avec des scores somptuaires, à l’exemple de la co-porte-parole de QS et députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques et partisane de la réforme : Manon Massé. Cette dernière a été élue avec 30,6% des suffrages, pour une participation de 66% ; soit par un petit 20% des électeurs. La légitimité démocratique est plutôt faible.

Afin d’accroître la légitimité du scrutin, on envisage d’inclure une dose de proportionnelle. Idée brillante qui consiste à réserver – disons – la moitié des sièges aux scores électoraux réalisés par les partis en lice. Exemple hypothétique, admettons que le parti X présente des candidat-e-s pour les soixante sièges au scrutin majoritaire uninominal et nul n’est élu dans ses rangs. Malheur ! Sauf qu’avec la dose proportionnelle, ces 12% se convertiront en 7 sièges.

Dès lors, l’Assemblée nationale se retrouverait bien plus représentative des différentes sensibilités politiques qui traversent la société québécoise. Sauf que, la proportionnelle mixte comporte trois écueils :

  1. Elle privilégie à la fois le parti vainqueur et les petits partis, faisant en sorte que les majorités comme les oppositions doivent composer des alliances électorales pour gouverner. Les alliances n’étant vraiment pas dans la culture politique québécoise, le régime risquerait d’être fortement instable.
  2. Elle avantagerait le vote en fonction d’un parti plutôt qu’en faveur du ou de la candidat-e, éloignant d’un peu la vie politique provinciale des enjeux locaux. Sans chambre représentative des territoires qui équilibre le débat, la démocratie ne serait finalement que celle des antagonismes partisans.
  3. Si une dose de proportionnelle accroît la représentativité des formations minoritaires, elle n’augmente pas la participation. Pire, elle a souvent tendance à la faire baisser. Autrement dit, le champ politique – certes plus diversifié politiquement – serait moins bien élu, et donc certaines couches de la société ayant tendance à l’abstention (pêle-mêle : les jeunes, les travailleurs précaires, les immigrants, etc.) en seraient moins bien représentées.

Si une réforme du mode de scrutin s’impose (et dans lequel une dose proportionnelle pourrait avoir des effets bénéfiques quant au renouvellement de la vie politique), elle ne peut s’effectuer sans une réforme des institutions démocratiques. En dépit de quoi, ladite réforme risque d’être seulement oratoire, un faire-valoir pour le pouvoir afin de dissimuler l’absence de changements et une démocratie de plus en plus éloignée des citoyen-ne-s.

100 jours avant les élections

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Alors que les jours se décomptent avant le scrutin du 1er octobre, quels sont les enseignements que nous pouvons tirer à 100 jours du déclenchement des élections générales au Québec ? Voici trois éléments de réponse :

1) Des élections sans passion

Si la communication politique s’échine à créer des évènements avec des candidatures tonitruantes et à générer du débat par de petites – mais récurrentes – polémiques, cette élection ne semble pas passionner les Québécois-es. Les raisons de cet ennui généralisé sont multiples : le manque de leaders charismatiques, des anciens débats qui finissent par devenir redondant, une trop forte anticipation de l’agenda électoral par les acteurs du champ politique qui aura fini par lasser eux-mêmes et, surtout, une dépolitisation croissante de la population que les partis politiques ne cherchent pas à enrayer, bien au contraire. Quoi que le nombre d’indécis se réduit à 7% ; pour l’heure, aucun enjeu central n’aura été soulevé. S’il est fort probable que l’été endorme les passions autant qu’elle éveille les foules, on  peut espérer que la campagne s’accélère à la rentrée de septembre.

2) Un nouveau clivage

L’enjeu de cette élection n’est pas tant répondre aux fractures qui divisent la société québécoise, ni même aux défis futurs qui la préoccupent, mais que les rapports de forces partisans s’y expriment pour que se répartissent les rôles définis selon la nouvelle redéfinition des clivages. Si le clivage souverainisme-fédéralisme demeure structurant socialement, ses effets politiques tendent à s’amenuiser. Lorsque les intentions de votes donnent le Parti québécois (PQ) troisième avec seulement 5 sièges (sur 125) à l’Assemblée nationale, on pourrait être tenté de diagnostiquer que l’agonie de cette formation annonce la mort clinique de tout un mouvement. Sauf que cette conclusion est quelque peu hâtive puisque le souverainisme n’est finalement qu’une stratégie d’un nationalisme revendiqué partout et surtout ailleurs qu’au PQ. Souverainisme qui pourrait ainsi connaître de nouveaux avatars, peut-être même dans ce clivage qui se dessine peu à peu. Ce nouveau clivage oppose un centrisme multiculturel à un nationalisme conservateur. Si le PQ ne parvient pas à se positionner face à la Coalition avenir Québec (CAQ) qui monopolise la ligne conservatrice, il pourrait bien  disparaître  du champ politique.

3) Des libéraux perdants, mais pas vaincus

Malgré les défections dans les rangs du Parti libéral du Québec (PLQ) et les sondages qui n’augurent rien de bon pour la formation de Philippe Couillard, l’équipe du Premier ministre sortant se maintiendrait dans plusieurs circonscriptions.  Toutefois et à croire les sondages, le PLQ serait  principalement sauver par les populations non-francophones  sur l’île de Montréal, territorialisant ainsi le clivage mentionné plus haut. En effet, le gouffre déjà existant entre Montréal et ses banlieues, Montréal et les régions, se creuse de plus en plus. Un gouvernement majoritaire de la CAQ serait probablement aussi un gouvernement sans aucun appui dans la métropole, générant une forme d’incompréhension, voire de l’amertume, entre Montréal et le reste du Québec. In fine, on peut craindre que la territorialisation du clivage ne soit qu’un paramètre oeuvrant à une ethnicisation des politiques provinciales.

Conclusion :

En dépit de ce faux rythme, la campagne 2018 est passionnante pour qui veut l’observer en fonction des tendances lourdes de la politique québécoise. Je déplore seulement que seul ce blog, avec son audience bien modeste, aborde ces problématiques. Bien des articles auraient pu être écrits s’il existait une littérature politique au-delà des banalités,  des opinions faciles ou des simples descriptions qui ne décryptent rien puisqu’elles n’écornent pas grand chose. Ne faisant pas profession de mes écrits, je me contenterai alors de regretter cet état de fait qui semble contenter tout le monde. En attendant la rentrée et des annonces pour ce blog qui connaîtra sa deuxième saison, je me mets en vacances de la vie politique québécoise.

 

The rise of the Canadian populism

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With the Doug Ford’s victory in Ontario, the possibility that François Legault winning the next general election in Quebec, and the very right-wing positions of federal Conservatives leading by Andrew Scheer (a pro-christian and pro-choice advocate), Canada – at every level of governance – seems moving to populism. If the comparison of those political leaders with Donald Trump is tempting, this article postulates this populism is a local adaptation of a new conservatism’s world tendency.

Columnists are often traped by political discourses. In discourses, the French President  Emmanuel Macron pretends to be a liberal, a world citizen. Nevertheless, his recent immigration bill was voted with the far-right support, condamned as the most coercitive immigration law of French Republic history by academics, NGOs and refugees activists. This example tries to explain there is a gap between political discourses and political actions, not because « all politiciens are liars », neither political discourses are related to ideology whereas political actions depended of power experiment. This gap is the consequence of a simple but efficient catch-all communication strategy in which a political leader presents himself/herself with manifold faces. In fact, the French President doesn’t pretend be something, but – depending of few buzz words and a little bit of marketing – ideological and sociological biases of columnists rewrite his discourses as liberal ones, while other people listen it differently.

Thus, Politics is a question of interpretation : every part of population find in a single discourse its own moto.

Populism is not an ideology, but a political practice which constits to grow the gap between range of interpretations. Populists don’t speak to the people as whole or to a specific group of individuals, but speak about the people as whole for the exclusive benefit of a specific group of individuals. In other words, populism tries to monopolize the concept of « people » by reducing it in very few aspects depending of the specific group of individuals. Among them, some are parts of the system or elites. However, not sure that critique of the system and elites of Donald Trump, Doug Ford or François Legault targets capitalism or social hierarchies, but social-democracy and intellectual elites.  That’s the reason why every anti-system or anti-elite discourses are not populist, but populism is necessarly anti-system or anti-elite.

There are many common characteristics between Donald Trump, Doug Ford and François Legault : same profile, same style, same discourses about economics, political institutions, immigration, etc. Nevertheless, Canadian populist leaders adapt their political perspectives in a Canadian context of equal society, a society less violent than US, a society without racial conflicts. Immigration, identity of the majoritarian group and the Canadian social modele are serious and controversial stakes, but – once again – they are not so conflictual. Even Canadian populists are agreed of a minimum social protection or the necessity of immigrants for Canada economy. Obviously, their vision of society is rooted to conservative tradition, with sometimes a certain indulgence for far-right orientations.

In brief, Canadian populism is an evolution of Canadian conservatism. In my opinion, it reflects a new elective strategy rather than an ideological change. That’s the reason why not Doug Ford nor François Legault are outsiders like Trump, but insiders.

Le nom des partis politiques, une simple question de branding ?

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Alors que le Front national va devenir le Rassemblement national, cet article s’interroge sur le nom des partis politiques et leur manière de créer de l’adhésion par la dénomination.

Analyser le nom des partis politiques, c’est un peu en faire l’histoire. Ainsi, le Rassemblement pour la République (RPR) – crée en 1976 – est devenu l’Union pour la Majorité Présidentielle en 2002 (UMP), dont le sigle a été conservé pour être renommé au courant de la même année : Union pour un Mouvement Populaire. En 2015, les trois consonnes disparaissent et le parti devient Les Républicains (LR). Ainsi et en quarante ans, dont dix-sept au pouvoir, l’un des principaux partis politiques français aura eu trois noms. Mais pourquoi un parti change-t-il de nom ? Mieux, c’est quoi avoir un nom en politique ?

Branding politique

Nomen est omen , dit-on (« Le nom est présage ».) La locution latine n’est pas totalement en faux puisque, avant même de connaître ses idées, ses propositions, voire son l’identité, les électeurs et électrices se décident pour un parti, un homme ou une femme politique  sur la première information dont il dispose : son nom, ou celui d’une personne qui l’incarne. Si la politique est question de dénominations des forces en présence, elle est aussi sujette au branding.

Avant de répondre à la question qui forme le titre de cet article, une courte définition du branding s’impose. Ce terme se rapporte au mot anglais brand (marque), pouvant alors être traduit par «marquage». Ainsi, par branding,  on entend l’ensemble des pratiques qui rentrent en ligne de compte dans le but de valoriser une marque. Parmi les divers aspects du branding, cet article mettra l’accent sur le plus populaire d’entre eux ; à savoir le nom de la marque politique.

Pour ce qui est des politiciens et des politiciennes, il est difficile de faire du branding en considération des difficultés associés aux changements patronymiques (du moins, en France et au Québec, pour les autres contextes je ne saurai trop dire). Pourtant, certains noms seront parfois réduits, voire simplifiés, puisque jugés trop longs, trop complexes, voire trop étranger à l’exemple d’un Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa qui – en devenant Nicolas Sarkozy – perd la transcription hongroise de son nom, sa particule et le domaine nobiliaire de ses origines. Quant au prénom ? Idem… Au Québec, l’ex-Premier ministre John James Charest est devenu Jean Charest : moins polémique, car moins anglophone. Inversement, il existe des noms trop communs, lesquels ne parviennent pas aux individus de se démarquer. C’est le cas du président du parti Debout la République. Né Nicolas Dupont, celui-ci a associé à son nom le nom de sa mère : Aignant, afin de se différencier. Si les exemples ne manquent pas, ils demeurent – du moins, la plupart du temps – des initiatives personnelles, en cela rarement motivées par un processus de branding.

Les noms des partis

Il en va différemment pour les noms de parti politique, lesquels doivent «marquer» suffisamment l’électeur et l’électrice pour influer sur leur choix. Après avoir compilé plusieurs dizaines de noms de partis, tant en France qu’à l’étranger, j’ai créé plusieurs catégories.

1- Le nom idéologique :

Le nom idéologique fait référence à idéologie comme le communisme, le socialisme, l’écologisme, le libéralisme, le conservatisme, etc., qu’un parti politique s’accapare. Ce nom peut être explicitement (Parti socialiste) ou plus implicitement (Labour Party ou « Parti travailliste ») idéologique; l’important étant de renvoyer une référence forte.

Le nom idéologique a cet avantage de créer une adhésion sur des valeurs qui dépassent de loin la seule formation qui s’en revendique, de même que la formation exerce un monopole sur l’idéologie à laquelle elle s’associe. Toutefois, cette congruence peut être problématique. En effet, la référence nécessite un minimum de politisation des électeurs et électrices pour qu’ils votent en fonction de représentations idéologiques. De même, elle peut être clivante. En cela, elle peut à la fois attirer ou bien repousser des individus à la seule évocation de l’idéologie. Plus encore, elle a tendance à créer un canevas doctrinaire qui oblige le parti à fournir des gages idéologiques pour continuer à s’en revendiquer, ou réinterpréter la référence pour continuer à l’utiliser.

2- Le nom situé :

Il existe plusieurs partis dont l’appellation fait référence à une population ou à un lieu.

Dans un premier cas de figure, ces références sont contextuelles, aux exemples du Sozialdemokratische Partei Deutschlands (ou « Parti social-démocrate d’Allemagne », SPD) et du Parti communiste français (PCF). La mention nationale peut soit identifier ou à transcrire une réalité nationale dans un plus vaste label, soit être synonymique du peuple comme aspiration populaire ou populiste.

Dans un tout autre cas de figure, la référence à la population et/ou à un lieu traduit une sensibilité nationalitaire (qu’elle soit autonomiste, indépendantiste, irrédentiste, etc.) au-delà des clivages. Il en va ainsi pour le Parti québécois (PQ) ou le Scottish National Party (SNP).  Mais attention ! Cet engagement nationaliste n’équivaut automatiquement à une adhésion aux thèses d’extrême-droite. Si l’extrême-droite et le nationalisme ne sont pas incompatibles, il faut toutefois distinguer la construction d’un nationalisme partisan en situation minoritaire d’un nationalisme partisan en situation majoritaire. Cette distinction est primordiale dans le choix du nom de la formation. Par exemple, le nationalisme en situation minoritaire fera en sorte que le parti opte pour un nom en langue minoritaire (Unser Land pour l’Alsace, Femu a Corsica pour la Corse, Sinn Féin pour l’Irlande du Nord, etc.).

3- Le nom concept :

Il existe certaines dénominations dont la référence n’est explicitement ou implicitement idéologique ou située, mais insiste sur un ou plusieurs concepts destinés à faire sens.

Voici une liste non-exhaustive des concepts utilisés :

  • Groupe : coalition, alliance, famille, union, unité, mouvement, rassemblement, etc.
  • Régime : démocratique, républicain, royal, etc.
  • Principes : justice, égalité, tradition, ordre, progrès, souveraineté, peuple, etc.
  • Programme : développement, croissance,  action, changement, agir, lutte, etc.
  • Statut : indépendant, autonome, nouveau, etc.

Le nom concept est mobilisé dans un cas de figure bien particulier :  dans l’union de  plusieurs formations ou plusieurs factions idéologiquement proches, mais dont l’objectif motivant l’alliance amenuise conséquemment la portée idéologique du message. Il  Il en va ainsi de La République En Marche (LREM), double proposition entre «La République» (réalité constitutionnelle) et «En Marche» (expression pour intimer le mouvement). Autrement dit, LREM est la dénomination d’un progrès au-delà des clivages. Il aurait été plus simple de regrouper les partisans d’Emmanuel Macron dans un «parti progressiste», mais la dénomination – bien qu’implicitement idéologique – aurait pu rebuter certains ou certaines qui ne revendiquent pas de ce label.

Conclusion

À vrai dire, les catégories mentionnées ci-dessus peuvent être trompeuses selon les représentations que cherchent à mobiliser les différents partis. Par exemple, si on prend «Québec» et son champ lexical, il se rattache autant au Parti libéral du Québec, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire, etc. Autrement dit,  tous les partis ayant une représentation politique ont ce substantif. Excepté le Parti québécois dont l’adjectif renvoie explicitement au nationalisme minoritaire, cette désignation ne fait que situer le Parti libéral dans la province tandis qu’il devient synonyme de «peuple» pour Québec solidaire. Si tout le monde comprend qu’il ne faille pas faire une généalogie partisane de «Québec», c’est justement qu’il n’y a plus de branding à faire avec ce concept. Il est devenu trop commun et trop fortement polysémique pour espérer en tirer quelque chose. Le branding sert davantage à créer de l’adhésion, soit dans le désir de représenter un ou des secteurs de la société, soit dans la volonté de parler au plus grand nombre.

Quelle représentativité politique pour la diversité culturelle au Québec ? (1/4)

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Cet article forme l’introduction d’une étude qui cherche à analyser la représentativité politique de la diversité culturelle au Québec, et plus spécifiquement celle mise en lumière avec les élections générales de 2018. Car l’étude en question est en cours de réalisation, le propos est encore à l’état embryonnaire et ne saurait être pris par la lectrice ou le lecteur comme définitif. C’est donc un début de réflexion visant à poser le cadre du débat et à proposer une méthode de travail que je vous propose là. Si ce n’est pas un papier universitaire dans la forme, il n’en demeure pas moins exigeant sur le fond. 

Problématique

Dans une démocratie, la représentation nationale doit-elle être l’image de la société, notamment dans sa diversité culturelle ? Si cette question demeure d’actualité malgré les siècles, c’est parce que le pluralisme politique recoupe de plus en plus un pluralisme culturel. Ce recoupement s’explique à la fois par un dépérissement des idéologies  qui peinent à renouveler les cultures politiques, et par une diversité culturelle accrue qui – l’espace laissé libre par les idéologies – exprime de plus en plus la revendication d’une distribution plus équitable des rôles politiques ; c’est-à-dire la revendication d’un pluralisme devenu effectif.

Mais comme le fait remarquer le philosophe britannique John Gray, le pluralisme correspond davantage à un projet politique, tandis que la diversité est un fait empiriquement constaté. Autrement dit, il peut exister des régimes réputés « pluralistes », mais avec peu ou proue de diversité au sein du champ politique et, inversement, des régimes réputés « monistes » mais avec une représentativité de la diversité observée. Ce décalage – entre ce qui peut relever de l’intentionnalité d’un projet politique par sa théorie, par ses pratiques discursives, normatives et symboliques, d’une réalité concrète – peut s’expliquer par de nombreux phénomènes contingents, dépendamment du contexte étudié.

Le contexte qui nous préoccupera dans cette série d’articles est celui du Québec contemporain, et plus spécifiquement le Québec à quelques mois des élections générales à venir. Certes, le Québec n’est pas nécessairement le champ d’intérêt principal d’une partie du lectorat de ce blog, mais je l’invite toutefois à lire les articles qui suivront car ce contexte illustre parfaitement les défis présents face à la question de la représentativité de la diversité culturelle qui s’impose en Belgique, en France et en Suisse.

En effet, le Québec connaît depuis une quinzaine d’années une polémique récurrente sur l’intégration des immigrants et l’acceptation de la diversité culturelle par la majorité culturelle. Il faut dire que le Québec est une société très – et de plus en plus – diversifiée ; conséquence directe de son histoire avec présence des peuples fondateurs canadiens-français et canadiens-anglais et des nations autochtones, mais aussi par des mouvements migratoires plus récents et encore continus. Si on prend le fait linguistique comme indice (langue maternelle), il y aurait 79,1% de francophones, 8,9% d’anglophones et 12% d’allophones. Selon le Ministère de l’immigration, de la Diversité et de l’Inclusion au Québec, la population immigrante s’élèverait à 12,6%. Les personnes se déclarant appartenir à une minorité visible seraient aux environs de 11%. Autre chiffre, les non-catholiques avoisineraient environ 20% de la population, toutes confessions confondues.

La question de la diversité au Québec est devenue un enjeu électoral de plus en plus proéminent dans le débat public, au point d’opérer un glissement populiste de certains partis nationalistes. Inversement, d’autres formations réclament que la diversité culturelle puisse jouer un rôle prégnant au Québec, qu’elle ait une meilleure représentativité politique et dans d’autres secteurs.

Mais à ce propos, qu’est-ce la représentativité ? Si l’on en croit le Centre nationale de ressources textuelles et linguistiques :

représentativité

Par « représentativité culturelle », on entend donc la propension du personnel politique à incarner la diversité culturelle. Cette représentativité n’est pas nécessairement élective dans la mesure où celles et ceux qui incarnent la diversité ne sont pas totalement, ni partiellement, voire peut-être aucunement, élu-e-s ou désigné-e-s par une communauté d’appartenance à laquelle ils ou elles sont censé-e-s appartenir. Pas plus que la représentativité est obligatoirement intentionnelle, puisqu’une personne peut être perçue comme faisant partie de la diversité en question sans que la diversité culturelle soit le motif de son élection. Pour ainsi dire, la représentativité culturelle peut être malgré tous ou malgré soi.

En effet, la culture est un phénomène social, construit en fonction de l’autoreprésentation des individus comme émetteurs de culture, mais aussi de la représentation extérieure de celle-ci des individus comme récepteurs de culture. En d’autres termes, la « culture française » est l’interaction entre des individus qui se disent appartenir à cette culture et d’autres qui perçoivent ce qu’elle peut être. La petite subtilité, c’est que nous sommes jamais seulement émetteurs ou récepteurs d’une culture, mais souvent les deux de manière inégale. La culture française n’existerait probablement pas de la même façon sans les clichés véhiculés à l’étranger, ces clichés étant devenus parties prenantes de ladite culture.

D’où la sempiternelle question : qu’est-ce qui compose une culture ?

Il est extrême difficile de ne pas sombrer dans la réification lorsqu’il s’agit de décrire une culture attribuée à un individu ou à un groupe d’individus. Par exemple, parler « des chrétiens québécois » ne décrient strictement personne, puisque le christianisme connaît plusieurs observances, différents niveaux de pratiques. La pluralité intrinsèque des églises recoupe également des pluralités ethniques, linguistiques, migratoires, etc. Plus on spécifie le propos, plus les identités deviennent multiples, parfois complémentaires, parfois contradictoires. Ainsi, et pour répondre à la question initiale, il est délicat de décrire ce qui compose une culture. Moins périlleux est l’exercice qui consiste à décrire ce qui ne la compose pas, c’est-à-dire sa diversité culturelle.

Pour ainsi dire, la diversité culturelle rassemble toutes les identités formant cultures, ainsi perçues comme autant d’altérités à la culture dominante. Dans une société qui se définit comme québécoise, la culture dominante repose sur une langue qui est le français canadien, un mode de vie nord-américain, des institutions sociales et politiques forgés par trois acteurs clés : la religion catholique romaine, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, etc. Toutes les cultures qui n’intègrent pas les éléments de ce cadre sont donc jugées exogènes à celui-ci et constituent – ensemble – une diversité culturelle. Pour les distinguer, il suffit d’observer les différenciations effectuées par les acteurs qui s’assimilent ou se disent assimiler à la culture dominante.

Mon analyse ne comprend pas les contre/sous-cultures, à l’exemple de la culture punk ou de la culture queer. Si je ne doute pas un instant qu’elles entretiennent un rapport d’altérité avec la culture dominante, ces dernières sont davantage des éléments d’étrangeté au sein de celle-ci plutôt que des éléments étrangers à celle-ci. Il en va de même pour le genre ou l’orientation sexuelle : les femmes ou les LGBTQIA+ n’en sont pas moins culturellement québécois-es, bien qu’ils/elles appartiennent à des groupes marginalisés socialement et politiquement.

Méthodologie

Dans sa seconde partie, cet article se propose d’analyser la diversité culturelle par le prisme de sa représentativité politique. Il se situe à un moment idéal qui est celui des élections générales. Un « moment idéal » puisque chaque parti est libre de présenter les candidates et les candidats qu’il souhaite, même si ces dernières ou ces derniers peuvent avoir préalablement mené-e-s une compétition électorale afin d’obtenir leur investiture. L’analyse cherchera à connaître le mode de nomination de la candidate ou du candidat, son intentionnalité et, évidemment, celle du parti. Dans un deuxième temps, il s’agira d’estimer si la circonscription est  gagnable ou non.

Mais avant de qualifier la représentativité politique de la diversité culturelle , il faut la quantifier. Au Québec, les élections générales ont lieu au scrutin uninominal majoritaire à un tour, ce qui a tendance à pénaliser lesdits « petits partis ». J’opte donc pour les partis qui ont le plus de chance de gagner des sièges, c’est-à-dire le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS). Puisqu’il y a 125 circonscriptions et donc autant de candidats potentiels, l’exercice sera donc renouvelé quatre fois pour estimer la représentativité politique de la diversité culturelle.

Sur ce point, réitérons le propos introductif : la diversité prise en compte sera celle qui dénote avec la culture dominante. Pour ce faire, je prends quatre grandes catégories de différenciation :

  • Catégorie des minorités visibles : tout individu identifié ou s’identifiant par sa couleur de peau.
  • Catégorie des minorités ethnoculturelles : tout individu identifié ou s’identifiant comme étranger aux peuples fondateurs (canadien-français et canadien-anglais).
  • Catégorie des minorités linguistiques : tout individu dont la langue maternelle ou la langue d’usage est autre que le français canadien.
  • Catégorie des minorités migratoires : tout individu né autre part qu’au Québec, ou dont les parents sont nés autre part qu’au Québec.

Évidemment, une personne peut appartenir à une ou plusieurs catégories, mais il ne s’agit pas d’attribuer des points pour la promotion d’une personnalité à part, mais bien d’estimer l’ampleur et la généralisation d’un phénomène. Autrement dit, si un parti promeut dans une circonscription facile une personne issue de la diversité culturelle alors que tous les autres candidats ne la reflète pas, son indice sera faible.

Afin de tester ma méthode (quantitative/qualitative), le prochain article traitera de la moitié des candidatures annoncées. N’hésitez pas à me suivre pour sur les réseaux sociaux pour connaître l’évolution de cette étude et l’amiéliorer par vos commentaires.