Un front «tout sauf la CAQ» ?

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La bonne santé sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) et son chef François Legault provoque de petites secousses politiques, que certains perçoivent déjà comme les signes annonciateurs d’une victoire future de cette formation aux élections générales de 2018.

Ces petites secousses sont provoquées par une front officieux dont le slogan pour être «tout sauf la CAQ». Un front qui réunit le  Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), mais auquel il manque une composante déterminante : le Parti québécois (PQ).

Florilège :

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Pourtant, le PQ est loin d’être l’allié objectif de la CAQ ! Bien au contraire, il est son premier concurrent puisque Jean-François Lisée cherche à lui reprendre les classes moyennes péri-urbaines qui – par crainte de la mondialisation – votent massivement pour la formation de François Legault.

À vrai dire, cette désertion du front «tout sauf la CAQ» par le PQ est tactique. C’est d’ailleurs exactement la même tactique qu’empruntait jusqu’à peu le PLQ : minimiser le phénomène pour le décrédibiliser. Si le PLQ est revenu de cette stratégie puisqu’elle n’a pas su freiner l’engouement à l’égard de la CAQ, pourquoi le PQ embraie dans cette voie ? Peut-être parce qu’il n’a pas le choix… Rallier le front serait un aveu d’un échec car le PQ collaborerait – du moins tacitement – avec son rival de toujours : le PLQ, et avec sa gauche perdue : QS, mais surtout un aveu de faiblesse concédé à la CAQ.

L’absence remarquée et remarquable du PQ dans le front anti-CAQ m’amène à penser que le clivage gauche-droite s’accentue et se substitue de plus en plus au clivage souverainisme-fédéralisme. Le PQ a plus qu’amorcé sa mue conservatrice depuis la victoire de Jean-François Lisée : il n’est pas prêt à abandonner cette orientation en dépit de tout et surtout de sa mauvaise santé sondagière. Il se murmure que – plutôt que changer le fond, il va soigner la forme en recrutant la même agence de relations publiques qui a contribué à la bonne campagne de Valérie Plante.

Loin d’être anecdotique et quoi que le phénomène soit – pour l’heure – encore contenu, notons une forte de crispation de la campagne à quelques 300 jours du scrutin (ce qui est extrêmement long dans le temps politique). Les attaques ad hominem – créées ou en réponse à ce front – ne sont pas dans la tradition québécoise. Si le Québec ne connaît pas encore son moment populiste, l’ambiance délétère risque de le provoquer.

Le succès des nationalistes corses : vers la fin du jacobinisme ?

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Au début du XXIe siècle, le nationalisme corse a engagé une petite révolution. Comme d’autres mouvances en Europe, les groupuscules qui se réclamaient de la libération nationale par les armes ont progressivement déserté l’avant-scène. Si la plupart d’entre eux ont été dissous, les quatre à cinq décennies de lutte armée auront permis qu’émerge une élite socialisée à la politique par et pour la cause.

Autrement dit, le conflit n’a jamais cessé : il s’est tout simplement déplacé vers l’arène politique, et ce par l’entremise et au profit de cette nouvelle élite. Mais le passage de la lutte armée vers la lutte politique n’a pas été de tout repos, et ce qu’a accompli le nationalisme corse – en si peu de temps et dans des conditions parfois moins favorables matériellement et symboliquement que leur homologue basques ou catholiques d’Irlande du Nord – est à souligner.

Pour ces dernières années, elle tient en une alliance entre les autonomistes de Gilles Simeoni (Femu a Corsica) et les indépendantistes de  Jean-Guy Talamoni (Corsica Libre) dans la coalition Pè a Corisca. Pè a Corsica s’est inspirée des expériences d’autres grands partis nationalistes en contexte minoritaire, tels que le Parti québécois (PQ), le Scottish National Party (SNP) ou la Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) afin de créer une formation de centre/centre-gauche, suffisamment souple idéologiquement pour discuter avec toutes les composantes de la société corse. 

La Corse est donc la «région» française où le nationalisme est le plus structuré et qui compte les plus d’élus de cette tendance. Malgré son caractère majoritaire au sein de la population à laquelle il s’adresse, le nationalisme corse ne semble pas menacer le centralisme français outre mesure… Pas même pour venir lui arracher un statut d’exception.

À vrai dire, l’exception corse a été consacrée dès 1982 avec la loi portant statut particulier de la région Corse établissant l’Assemblée de Corse, puis en 1991 par la création de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) et, enfin, en 2015 avec l’établissement de la collectivité unique par fusion des deux départements. Bien qu’elles aient été annoncées différemment, il ne faudrait surtout pas prendre ces mesures pour autres choses que des «corrections» à l’endroit de la Corse puisqu’elles sont autant d’étapes que compte une politique plus large de décentralisation.

Si les nationalistes corses ne parlent plus d’indépendance, la création d’un statut d’autonomie – qui en appelle à la co-officialité du corse avec le français, à  un statut de résident, à des exemptions fiscales et à l’amnistie pour les prisonniers politiques – va se heurter de plein fouet au centralisme français dont la doctrine jacobine est peu prompte à lâcher du leste.

Si l’éditorial du Monde estime :

Le succès des nationalistes dans les urnes et la victoire idéologique et culturelle qu’il exprime obligent Emmanuel Macron et le gouvernement à oublier leur embarras. Ils vont devoir engager des négociations et trouver des réponses. Sauf à exacerber un peu plus la défiance de la Corse à l’égard de « Paris ».

Le Monde – 04 décembre 2017

Je ne pense pas que ces négociations interviennent aussi aisément. Ce doute provient du fait que – pour qu’elles aient lieu – le rapport de force devrait se déplacer en faveur des nationalistes corses. Théoriquement, un bon score aux élections accroît ce rapport de force, apportant à la fois la légitimité des urnes et des ressources institutionnelles pour capitaliser là-dessus. Sauf que le pouvoir en place a démontré dans le cas de l’Alsace son habilité à censurer de manière douce – puisque administrative, gestionnaire – toute velléité contraire à ses orientations.

Mais si je ne puis dire où Macron et la République en Marche (LREM) se situent sur la question des territoires, la classe politique française en son ensemble se montre rétive à toute «partition»  de la République, fut-elle limiter à la reconnaissance d’une langue ou à deux ou trois mesures pour plus d’autonomie. De plus, je crains que le débat devienne une simple passe d’armes entre Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise (FI) et le gouvernement actuel.

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Là encore, il ne faut pas se leurrer : Mélenchon est un jacobin invétéré. Son soutien à Simeoni n’a autre but que d’exacerber la tension avec ses adversaires nationaux : d’une part, le pouvoir en place ; d’autre part, une portion de la gauche radicale qui lui conteste son leadership autoproclamé. Mais de là à soutenir un véritable processus d’autonomisation de la Corse ? Je suis perplexe…

Bref, sans relais continentaux véritables, les nationalistes corses n’auront plus qu’à se hasarder dans des négociations infructueuses ou à les suspendre tout en espérant un meilleur destin que celui de la Catalogne. Une troisième voix reste possible, en cela qu’il leur faudra construire des coopérations avec d’autres acteurs continentaux pour espérer un soutien plus large. Pour ce faire – et sans vouloir prédire le second tour – il faudra encore de nombreuses victoires et se maintenir quelques temps au pouvoir.

Le bon, la brute et le truand : un reboot québécois

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Pour galvaniser l’action politique, rien de mieux qu’une petite « tweet war». Ça fait jaser les journalistes, ça occupe les communicants et puis, surtout, ça permet de tâter le terrain.

Étonnement, c’est le Premier ministre en exercice – Philippe Couillard – qui a décidé de dégainer le premier, prenant alors François Legault pour cible.

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Au ton Western de ce tweet (« Je donne 24h »), François Legault a préféré manier la rhétorique (critique > constat > non-proposition > tautologie) :

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Mais alors que tout portait à croire qu’on allait sombrer dans un débat économique qui ne passionne guère les foules, un pistolero qui n’a pas été convié : Jean-François Lisée, a décidé de mettre le feu aux poudres en usant cette ironie qu’on lui connaît :

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Si je ne saurai dire qui des trois protagonistes incarnent le bon, la brute et le truand, ce reboot québécois donne quelques indices sur la stratégie des différents candidats:

  • Couillard :

L’attaque frontale démontre une certaine fébrilité du Parti libéral du Québec (PLQ) de Couillard face à la montée sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) de Legault. Mais une fébrilité qui ne va pas sans une stratégie mûrement pensée (quoi qu’un peu trop évidente à mon goût), puisque Couillard porte la polémique sur le terrain de prédilection de Legault : l’économie. Les stratèges du PLQ tablent sur le fait que la situation du Québec n’a jamais été aussi bonne que sous le gouvernement libéral afin de décrédibiliser cet adversaire prompte à la critique, peu à la solution.

  • Legault :

L’art discursif n’est vraiment pas le fort du chef de la CAQ, et son invitation à la technicité ne lui donne pas le dessus dans ce genre de joute où sa rhétorique semble … ampoulée. Pire, elle le rend maladroit. Bien que la CAQ ait des armées de communicants, elle reste toutefois sur la défensive et privilégie la réaction de ses militants (pour le dire poliment) plutôt que la parole de son chef. C’est à mon sens une erreur stratégique qui accentue l’écart entre Legault et les Québécois-es. Il lui faudra peut-être arrêter de parler d’économie pour bousculer le PLQ et gagner l’aplomb qui lui manque pour gagner les élections.

  • Lisée :

Si l’intervention de Lisée est plutôt réussie sur la forme, elle est toutefois maladroite sur le font puisqu’elle révèle à ses adversaires qu’il suit le débat sans parvenir ni à le créer, ni à lui intimer une autre direction. Cela est d’autant plus limpide que Lisée est intervenu sans y avoir été convié. Aussi, parfois il est préférable de ne pas agir et attendre de relancer le jeu après qu’il eut été bloqué (on a appelle ce mouvement aux échecs le zeitnot). Le grand problème des stratèges du Parti québécois (PQ) est justement leur analyse biaisée de la situation, laquelle ne leur permet pas d’en cadrer au mieux l’action bien qu’il y ait cette créativité et ce bouillonnement politique au sein du PQ.

En route pour les élections provinciales de 2018

 

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Puisque que Claude Castonguay annonce dans la Presse Plus le début du «marathon électoral» menant jusqu’aux élections provinciales de l’automne 2018, il me fallait réagir à cette présentation – que je qualifierai d’orientée – de la ligne de départ.

Parti libéral du Québec (PLQ)

Castonguay estime que le PLQ de Philippe Couillard a succédé à celui de Jean Charest sans l’avoir assaini, renouvelé et réorienté. S’il est certain que le PLQ semble quelque peu immobile, le postulat de départ est à nuancer. Il faut bien différencier deux choses : 1) l’héritage partisan ; 2) le lègue du pouvoir. Couillard n’a pas récupéré le pouvoir de Charest, mais seulement le parti. Après quoi, il a conquis sans grand effort le pouvoir. et ce suite l’interlude du Parti québécois. Dès lors, Couillard n’est pas dans une position de continuateur de Charest, ni même dans celle d’outsider. D’où l’immobilisme qui caractérise son mandat. C’est important de remettre en perspective ces éléments car, en 2018 (et sauf coup de théâtre), Couillard aspirera à se succéder à lui-même. Il deviendra donc l’homme d’un passé qu’il ne peut plus réduire aux actions de ses prédécesseurs. Il lui faudra donc inspirer du mouvement, créer ce renouvellement puisque la stabilité n’est plus un argument politique vendeur. Sans quoi, Philippe Couillard expérimentera un peu ce que Denis Coderre a vécu aux dernières municipales…

Parti québécois (PQ)

À l’inverse de ce qu’écrit Castonguay, je ne pense pas que le problème du PQ soit sa position sur le référendum. À l’exception de quelques extrémistes qui la déplorent et quelques cyniques qui la relèvent en permanence, le débat est clos depuis la course à la chefferie. Non, le terrain glissant est celui de l’évolution du clivage gauche-droite, entraînée par les  questions identitaires.  Il y a quelques mois, j’ai écrit un article : Où s’en va le Parti Québécois ? sur le repositionnement effectué par le PQ. Sans nouvel élément, je réitère donc ma conclusion :

Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui [le PQ]– qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ.

Cette confrontation avec la Coalition avenir Québec (CAQ) vise acquérir le vote des classes moyennes rurales ou péri-urbaines qui échappent au PQ. Celles-ci sont préoccupées par une mondialisation qu’elles jugent comme une concurrence déloyale, une force qui les pousse à l’acculturation. Le projet de pays, pour elles, s’éloigne face à le menace de la mondialisation. Pour les attirer, le positionnement du PQ est celui qui promeut un État fort avec une identité forte.

Québec solidaire (QS)

Je vais probablement réussir l’exploit d’attirer sur moi les critiques et des partisans et des opposants de QS en affirmant que cette formation n’a strictement rien de socialiste, pas plus qu’elle est – quoi que s’y maintiennent des pratiques autogestionnaires pour faire vivre le folklore – anarchiste. Si elle est certes de gauche, la plupart des mesures sociales qu’elle propose sont à destination des tranches de la population de classe moyenne, urbaine et éduquée, non pour le prolétariat. Je ne développerai pas plus en amont l’idéologie de QS car je vais produire (j’espère rapidement) quelque chose de plus consistant et de plus documenté à ce sujet. En attendant, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que QS récupère utilement ce que le PQ abandonne alors qu’il se dirige vers le nationalisme conservateur : le projet de construire un État social-démocrate et francophone en Amérique du Nord.

Coalition Avenir Québec (CAQ)

Il me faudra également écrire un article plus complet sur la CAQ, puisque bien des commentateurs de la vie politique analyse fort mal cette formation à l’exemple de Castonguay. Qui plus est, ce dernier semble persuadé que le vote des «anglophones» est interchangeable pourvu que le parti pour lequel ils optent ne soutienne pas la souveraineté du Québec. S’il est certain que les partis qui plaident pour la souveraineté du Québec conduisent au veto pour bon nombre d’anglophones et d’allophones (j’insiste sur l’omission), ce n’est pas pour autant qu’ils voteront pour un parti qui tiendrait des positions très à droite. Si l’offre politique proposée par la CAQ contredit d’autres principes de ces populations, comme de vivre dans une société libérale et multiculturelle, ils s’abstiendront ou voteront pour le PLQ en dépit des affaires. En effet, la CAQ ce n’est pas le PLQ en un peu plus plus nationaliste, c’est surtout un parti conservateur.

Conclusion

Une course électorale, c’est un marathon – comme l’a très bien écrit Claude Castonguay. Sauf que les coureurs ne partent pas au même endroit sur le parcours. Il faut donc se méfier de ce genre d’articles qui nient cette réalité, soit en présentant la situation comme courue d’avance, soit en concevant la course comme relativement ouverte. J’ouvre donc cette rubrique consacrée aux élections provinciales au Québec un peu précocement pour me donner le temps afin de bien analyser ces structures qui régissent le champ politique,  les stratégies qui les infléchissent, puis couvrir les grands et petits tremblements qui menacent de les détruire.

Racisme systémique : pourquoi ne veut-on pas en parler ?

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Essraa Daoui, Émile Nicolas et Will Prosper, porte-paroles de la coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique | Crédit :  Franceska Tremblay, Champs Libres

Dans une de ses «chroniques», Denise Bombarbier soutient la thèse que des «fondamentalistes religieux» et des militants de «l’extrême-gauche multiculturelle» auraient fomenté un complot, visant à la réunion d’une commission sur le racisme systémique.

Celle-ci aurait été orchestrée à toute fin de culpabiliser les Québécois, les désignant de «xénophobes» et d’«islamophobes». Denise Bombardier achève sa chronique par ces phrases qui laissent songeur:

La politique est un art qui exige encore plus de jugement que de quotient intellectuel. Le Québec n’est pas un cerveau dont il faut enlever une tumeur. C’est l’âme et le cœur d’un peuple qu’on peut blesser et culpabiliser, entraînant ainsi des conséquences irréparables.

Ne parvenant pas à commenter celles-ci sans me monter un brin irrévérencieux, il me fallait rétablir quelques faits puisque des partis politiques – la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti Québécois (PQ) en l’occurrence – relaient ce délire digne des atermoiements psychotiques de l’alt-right.

Évidemment, avec subtilité du côté du PQ qui attaquent la «neutralité» des groupes auditionnés sans jamais les nommer :

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Et puis, il y a la CAQ – avec son style – qui reproche à l’adjectif «systémique» accolé à «racisme » d’être le fait d’un lobby :

 

Sauf que, les fameux groupes qui agissent dans l’ombre pour culpabiliser tout le Québec … ne sont pas nécessairement ceux incriminés par la CAQ et le PQ.

Petit point de rappel.

Le «racisme systémique» est une question récurrente dans le débat publique depuis les années 2000. Elle apparaît sur la question très controversée du profilage racial et de l’incarcération des autochtones.

En effet, la justice reconnaît l’existence de «discriminations systématiques» touchant les populations autochtones. Notamment avec par l’intermédiaire de l’arrêt R. c. Gladue, [1999] 1 R.C.S. 688, dont le paragraphe 65 énonce :

La proportion anormale d’emprisonnement chez les délinquants autochtones découle de nombreuses sources, dont la pauvreté, la toxicomanie, le manque d’instruction et le manque de possibilités d’emploi.  Elle découle également de préjugés contre les autochtones et d’une tendance institutionnelle déplorable à refuser les cautionnements et à infliger des peines d’emprisonnement plus longues et plus fréquentes aux délinquants autochtones.  Plusieurs aspects de cette triste réalité sont hors du champ des présents motifs.

Point d’islamo-gauchistes, pas plus l’intervention d’un «lobby» ou de «groupes non-neutres», ce sont les défenseurs des droits humains et des droits autochtones qui s’emparent de la question.

Par exemple, l’expression de «racisme systémique» est popularisée par le Barreau du Québec qui, confronté à la question du profilage racial, s’inspire des travaux de La Commission sur le racisme systémique dans le système de justice pénale en Ontario (1995), pour adresser en 2004 une première déclaration à la ministre Michelle Courchesne.

Rien y fait, et une émeute éclate en 2008 à Montréal-Nord suite à l’assassinat de Fredy Villanueva par la police. La question du profilage racial et du racisme systémique s’invite dans le débat politique. Le gouvernement du Québec reconnaît alors son existence dans un rapport intitulé : La diversité : une valeur ajoutée – Politique gouvernementale pour favoriser la participation de tous à l’essor du Québec

Le Barreau du Québec – toujours lui – revient à la charge avec un rapport à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2010 qui documente le phénomène. Parmi les recommandations émises, le Barreau estime qu’il faille :

Encourager et financer des recherches pour déterminer l’ampleur du problème que
constitue le profilage racial au Québec ainsi que la discrimination systémique.

Mais tout ça reste lettre morte, et ce jusqu’au août 2014 où le drame de Ferguson éclate. Ce drame provoque un tel électrochoc dans l’opinion publique qu’il permet de créer une nouvelle émulsion sur la question du racisme systémique. En effet, les médias s’intéressent de nouveau aux bavures policières à Montréal-Nord, surtout grâce à l’action d’activistes comme Will Prosper.

C’est justement le déni d’une nouvelle bavure en avril 2016 par le maire de Montréal qui invitent ces activistes a lancer une pétition pour soit créée une commission sur le racisme systémique. Signée par 2662 personnes, les co-auteurs de cette pétition sont Suzie O’Bomsawin, Will Prosper, Émilie Nicolas et Haroum Bouazzi. Ces gens sont des islamo-gauchistes qui haïssent le Québec ? Pas le moins du monde…

L’acharnement envers la commission résulte de deux faits.

Premièrement, les réactions s’expliquent par la structuration de l’imaginaire collectif québécois à l’épreuve du fait minoritaire. Je ne développerai pas ce point en détails, simplement parce que j’en accorde la primeur à un texte plus conséquent que je suis en train d’écrire.

Tout juste, je tiens à souligner que l’imaginaire collectif québécois est travaillé par un continuum de récits ayant la particulier de relier le discours identitaire à un discours victimaire. Ceci n’est pas uniquement le fait du Québec, mais d’autres populations qui sont ou qui se vivent en situation minoritaire.

Ce phénomène a tendance à inciter la concurrence mémorielle, non nécessairement des groupes susceptibles de contester un aspect du continuum des récits, mais entre les auteurs du récits et un autrui généralisé. Dès lors, suspecter la société québécoise de racisme, c’est l’inviter à se dire elle-même sujette à des discriminations et questionner les frontières de son identité.

Secondement, si cette commission attire autant de critiques, ce n’est pas tant faute des démons qui travaillent quelques scribouillards dans leurs chroniques : c’est parce qu’elle est suspectée d’être politisée.

Politisée puisqu’elle opposerait une vision multiculturelle défendue par le Parti libéral du Québec (PLQ) face à une vision interculturelle de la société défendue par le PQ ou – et certes en des termes différents – par la CAQ.

La place des communautés culturelles dans le champ politique québécois est plus ambiguë qu’une simple carte de l’immigration superposée avec celle des votes en faveur du PLQ. C’est plus un ensemble de rapports d’intérêts communs et d’intérêts divergents. Et les groupes appelées à témoigner sur le racisme systémique à la commission ne reflètent pas les rares communautés que le PQ et la CAQ sont parvenus à approcher.

Sans vouloir me montrer totalement désobligeant à l’endroit de ces deux partis, croire que parler du racisme profite au PLQ, c’est confirmer la nécessité de cette commission.

À mon humble avis, la polémique actuelle me fait dire que le véritable défi de la société québécoise – avant même le vivre-ensemble – est sa capacité à l’autocritique. Sans celle-ci, il ne peut exister de nation, grande ou petite.