Quelle présence des partis sur les réseaux sociaux ?

Influencepartispolitiques

Puisqu’une partie de la communication politique passe par les réseaux sociaux, voici un petit tableau afin de mesurer l’influence* des partis. Cette influence est celle de six partis (de haut en bas) : le Parti libéral du Québec (PLQ), la Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ), Québec solidaire (QS), le Nouveau parti démocratique du Québec (NPDQ) et le Parti vert du Québec (PVQ). Elle est mesurée en fonction de quatre réseaux sociaux (de gauche à droite) : Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn,

Selon ces données, il me faut faire 4 constats :

  1. L’investissement des partis politiques québécois sur les réseaux sociaux est plutôt important si on le compare avec la situation d’autres partis provinciaux, voir avec des partis politiques étrangers.
  2. Selon les données brutes, le PQ est la formation la plus importante (FB 1, Tw 1, IG 1, LI 2), suivie de QS (FB 2, Tw 2, IG X, LI X) et de la CAQ (FB 3, Tw 4, IG 2, LI 3). La CAQ est à quasi-égalité avec le PLQ (FB 4, Tw 3, IG 3, LI 1), ce qui témoigne que la popularité d’un parti n’est pas corrélative à son nombre d’abonnés ; exception de QS.
  3. La  forte présence de QS s’explique aisément par la nécessité d’exister de toute formation peu (et souvent mal) représentée dans les médias. À une moindre mesure, il en va de même pour le PVQ.
  4. Le succès du PQ tient davantage aux moyens développés par la formation pour accroître son nombre d’abonné(e)s qu’à sa popularité. Pourtant, cette formation reste marginale chez les utilisateurs et utilisatrices des réseaux sociaux.  On peut donc supposer qu’un fort investissement n’est pas nécessairement rentable. Il manque donc une  qualité de moyens, plutôt qu’une quantité.

Voilà ce que traduit cette analyse (très) partielle des données brutes*.

*Il faut relativiser le terme «influence» puisque les chiffres ici fournis reposent sur les pages principales des partis politiques sur les différentes plateformes. Autrement dit, il s’agit de données brutes, lesquelles n’ont été ni affinées ni mises en réseau. Pour ainsi dire, et puisque j’essaye de ne pas sombrer dans le jargon, ce tableau ne décrit pas une influence dynamique, mais évalue plutôt le poids de la présence sur les réseaux sociaux. Une étude complète de l’influence se fait généralement rémunérée (puisqu’elle nécessite un travail titanesque), donc avis aux intéressé-e-s !

La CAQ et les autres

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Capture d’écran de l’article « exclusif » de La Presse

J-252 avant les élections provinciales

Avez-vous lu La Société du spectacle de Guy Debord ? Si pouvez dépasser la rhétorique marxiste quelque peu surannée de cet ouvrage, vous comprendrez probablement un point important qui explique le succès de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans l’opinion : les médias ont besoin de spectacle pour alimenter leur industrie, d’où la nécessité pour eux de créer du spectaculaire.

N’importe quel(le) analyste à l’intelligence moyenne comprendrait que la CAQ – avec si peu de militants, aux finances modestes, avec une plateforme très peu novatrice – ne pèse pas lourd dans les équilibres provinciaux. Oui, mais …  la CAQ existe médiatiquement. Je n’ai pas le loisir de faire une étude comparative entre les différents partis, mais je serai prêt à parier que les temps d’antenne, le nombre d’articles, etc., sont profitables davantage à la CAQ qu’aux autres formations.

En témoigne cet article de La Presse qui nous annonce que … des gens réfléchissent à se présenter – peut-être – sous les couleurs de la CAQ, dans une circonscription encore indéfinie. Que d’incertitudes ! Entre temps, le NPDQ (Nouveau parti démocratique du Québec) a élu son nouveau chef. Mais pour cela, le propos peut-être lapidaire, l’analyste inexistante… Bref, les médias s’en foutent royalement puisque ça ne fait pas le spectacle. Gabriel Nadeau-Dubois a eu raison de relever qu’il suffit à Québec solidaire (QS) de critiquer le Parti québécois (PQ) pour avoir une couverture presse.

Bon, puisque parler des idées ennuie, puisque décrire des politiques publiques fatiguent, petit conseil aux autres partis que les médias ne donnent pas vainqueur par avance : créez le spectacle, mais surtout ne parlez pas d’islam puisque ça bénéficie exclusivement à la CAQ.

Où en est la gauche québécoise?

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Affiche électorale de Fred Rose, ancien député (fédéral) communiste élu au Québec 

Si l’on en croit les différents sondages, Québec solidaire (QS) – formation chevillée à gauche sur l’échiquier politique provincial – se porterait plutôt bien, affichant entre 12 à 14 % d’intentions de voix. Certes, pas de quoi obtenir le pouvoir aux prochaines élections à l’automne 2018, mais cette bonne santé sondagière laisse entrevoir la possibilité pour cette formation d’obtenir plus de député(e)s qu’à présent et, donc, peser sur les rapports de force. Mais réduire la gauche à QS serait, quelque part, laisser à cette formation souverainiste le monopole d’idéaux dont elle n’est pas l’unique dépositaire.

Petit tour d’horizon de la gauche québécoise.

Québec solidaire, héritier de la social-démocratie

Si vous êtes parmi les lecteurs et les lectrices assidu(e)s de Politisme, vous devez connaître ma thèse voulant que le clivage souverainisme/fédéralisme tend à s’amoindrir au profit d’un clivage plus classique : le clivage gauche/droite (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018).

Ce truchement opère une repositionnement des partis politiques : tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) s’agrippe au centre, le Parti québécois (PQ) glisse à droite et la Coalition avenir Québec (CAQ) s’assume de plus en plus comme le parti conservateur à l’échelon provincial.

Il existe donc un espace béant laissé à gauche de l’échiquier politique, guère menacé par les positions controversées de Jean-François Lisée quant aux questions identitaires et nationales et par le néolibéralisme assumé de Philippe Couillard en matière économique. Le succès actuel de QS tient donc plus de la désertion du PQ et du PLQ pour ce qui faisait la social-démocratie québécoise, plus que d’un renouvellement des idées de gauche ou d’une conviction nouvelle de l’électorat pour celles-ci.

D’ailleurs, QS – par sa fusion avec la très indépendantiste Option nationale (ON) – est de plus en plus l’héritier de cette ligne social-démocrate et souverainiste qu’était celle du PQ. Certes, il insiste sur d’autres enjeux comme la lutte contre le racisme systémique, la reconnaissance des LGBT+, l’émancipation des nations autochtones, la perspective écologiste, etc., mais ceux-ci préexistaient au sein du PQ.

Vers une gauche fédéraliste ?

La fusion avec ON aura peut-être pour conséquence d’additionner les efforts militants de ces deux formations, mais aussi – et surtout – de positionner encore plus nettement QS comme un parti souverainiste. Or, celles et ceux qui n’adhèrent pas en l’idée d’une indépendance du Québec mais qui se satisfaisaient de la modération de QS sur la question nationale avant la fusion,  reconsidéreront peut-être leur soutien.

Dans le champ politique québécois, il existe en effet un vide partisan : celui de la gauche fédéraliste. Ce vide s’explique pour des raisons historiques qui tiennent de la structuration du mouvement social au Québec, mais aussi pour des raisons idéologiques. En effet, la gauche québécoise n’est pas (ou à de rares exceptions, à l’instar de groupuscules qui gravitent à son extrême) internationaliste. Aussi, elle est circonspecte sur le principe de fédération, associé au nationalisme concurrent : le nationalisme canadien.

Il existe toutefois une exception : le Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPDQ). Faisant un retour quelque peu timoré sur la scène provincial, le NPDQ n’avait pas présenté de candidats en 2014, ni aux (trop) nombreuses élections partielles depuis cette date. Il aura fallu attendre 2017 pour que le NPDQ présente Denis Blanchette à  Louis-Hébert. Le «grand» retour a toutefois été gâché, vu le score plus qu’anecdotique du candidat avec 1,35% des suffrages.

D’ailleurs, la course à la chefferie de cette formation ne semble pas créer d’enthousiasme, laissant donc les potentiels électeurs d’un parti de gauche fédéraliste sur leur faim. Il y a donc quelque chose qui grippe…

Quelle gauche au Québec ?

Peut-être ce qui grippe réside dans le manque patent de proposition de la gauche fédéraliste. Non pas qu’elle soit illégitime sur la scène provinciale, mais peut-être que son positionnement ne suffit plus pour faire la différence. Autrement dit, il faut trouver d’autres aspirations que mimer le Nouveau Parti Démocrate (NPD) fédéral en contexte québécois. Plus généralement, c’est ce défaut doctrinal qui fait en sorte que l’échiquier politique, malgré des décennies de social-démocratie latente, glisse de plus en plus à droite.

Pourtant, il existerait bien des pistes pour que la gauche québécoise se renouvelle. Comme toutes les gauches démocratiques, elle est confrontée à trois catégories d’enjeux : la première est «prolétarienne», c’est-à-dire les enjeux relatifs au sort des travailleur et travailleuses, et à la pérennité du modèle sociale ; la seconde est identitaire, focalisée sur le désir d’émancipation de la société en son ensemble et la reconnaissance de certaines de ses couches ; la troisième est idéologique, dans une redéfinition constante face aux évolutions environnementales et technologiques.

Si QS incarne parfaitement la deuxième catégorie d’enjeux, il tarde à développer une ligne idéologique pour les deux autres. On assiste davantage à une recontextualisation des propositions émises par le NPD ou par l’organisation Democratic Socialists of America (DSA) – galvanisée par sa proximité avec Bernie Sanders. Si QS aimerait se comparer à Syriza, à Podemos ou à la France Insoumise, son poids politique et son influence idéologique sont relativement faibles.

C’est justement que la gauche québécoise n’a pas besoin d’une identification partisane forte. En cela, il existe une nébuleuse d’organisations dans la société civile qui participent à faire vibrer les idéaux de gauche sans nécessairement qu’ils pénètrent le champ politique. Quoi que QS demeure réceptif, le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois – auréolé de sa capital symbolique du «printemps» québécois – n’est pas tant la traduction de leurs demandes dans le champ politique, mais davantage la modernisation de la social-démocratie vieillissante du PQ.

C’est justement dans cette mutation que se jouera l’avenir de la gauche québécoise. Un avenir prometteur, puisque Projet Montréal a su incarner à l’échelon municipal une forme de progressisme non doctrinal, mais délicat car – en toute logique – le PLQ cherchera à développer ce type de discours pour contrecarrer la CAQ.