Où en est la gauche québécoise?

photo_p_166_33

Affiche électorale de Fred Rose, ancien député (fédéral) communiste élu au Québec 

Si l’on en croit les différents sondages, Québec solidaire (QS) – formation chevillée à gauche sur l’échiquier politique provincial – se porterait plutôt bien, affichant entre 12 à 14 % d’intentions de voix. Certes, pas de quoi obtenir le pouvoir aux prochaines élections à l’automne 2018, mais cette bonne santé sondagière laisse entrevoir la possibilité pour cette formation d’obtenir plus de député(e)s qu’à présent et, donc, peser sur les rapports de force. Mais réduire la gauche à QS serait, quelque part, laisser à cette formation souverainiste le monopole d’idéaux dont elle n’est pas l’unique dépositaire.

Petit tour d’horizon de la gauche québécoise.

Québec solidaire, héritier de la social-démocratie

Si vous êtes parmi les lecteurs et les lectrices assidu(e)s de Politisme, vous devez connaître ma thèse voulant que le clivage souverainisme/fédéralisme tend à s’amoindrir au profit d’un clivage plus classique : le clivage gauche/droite (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018).

Ce truchement opère une repositionnement des partis politiques : tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) s’agrippe au centre, le Parti québécois (PQ) glisse à droite et la Coalition avenir Québec (CAQ) s’assume de plus en plus comme le parti conservateur à l’échelon provincial.

Il existe donc un espace béant laissé à gauche de l’échiquier politique, guère menacé par les positions controversées de Jean-François Lisée quant aux questions identitaires et nationales et par le néolibéralisme assumé de Philippe Couillard en matière économique. Le succès actuel de QS tient donc plus de la désertion du PQ et du PLQ pour ce qui faisait la social-démocratie québécoise, plus que d’un renouvellement des idées de gauche ou d’une conviction nouvelle de l’électorat pour celles-ci.

D’ailleurs, QS – par sa fusion avec la très indépendantiste Option nationale (ON) – est de plus en plus l’héritier de cette ligne social-démocrate et souverainiste qu’était celle du PQ. Certes, il insiste sur d’autres enjeux comme la lutte contre le racisme systémique, la reconnaissance des LGBT+, l’émancipation des nations autochtones, la perspective écologiste, etc., mais ceux-ci préexistaient au sein du PQ.

Vers une gauche fédéraliste ?

La fusion avec ON aura peut-être pour conséquence d’additionner les efforts militants de ces deux formations, mais aussi – et surtout – de positionner encore plus nettement QS comme un parti souverainiste. Or, celles et ceux qui n’adhèrent pas en l’idée d’une indépendance du Québec mais qui se satisfaisaient de la modération de QS sur la question nationale avant la fusion,  reconsidéreront peut-être leur soutien.

Dans le champ politique québécois, il existe en effet un vide partisan : celui de la gauche fédéraliste. Ce vide s’explique pour des raisons historiques qui tiennent de la structuration du mouvement social au Québec, mais aussi pour des raisons idéologiques. En effet, la gauche québécoise n’est pas (ou à de rares exceptions, à l’instar de groupuscules qui gravitent à son extrême) internationaliste. Aussi, elle est circonspecte sur le principe de fédération, associé au nationalisme concurrent : le nationalisme canadien.

Il existe toutefois une exception : le Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPDQ). Faisant un retour quelque peu timoré sur la scène provincial, le NPDQ n’avait pas présenté de candidats en 2014, ni aux (trop) nombreuses élections partielles depuis cette date. Il aura fallu attendre 2017 pour que le NPDQ présente Denis Blanchette à  Louis-Hébert. Le «grand» retour a toutefois été gâché, vu le score plus qu’anecdotique du candidat avec 1,35% des suffrages.

D’ailleurs, la course à la chefferie de cette formation ne semble pas créer d’enthousiasme, laissant donc les potentiels électeurs d’un parti de gauche fédéraliste sur leur faim. Il y a donc quelque chose qui grippe…

Quelle gauche au Québec ?

Peut-être ce qui grippe réside dans le manque patent de proposition de la gauche fédéraliste. Non pas qu’elle soit illégitime sur la scène provinciale, mais peut-être que son positionnement ne suffit plus pour faire la différence. Autrement dit, il faut trouver d’autres aspirations que mimer le Nouveau Parti Démocrate (NPD) fédéral en contexte québécois. Plus généralement, c’est ce défaut doctrinal qui fait en sorte que l’échiquier politique, malgré des décennies de social-démocratie latente, glisse de plus en plus à droite.

Pourtant, il existerait bien des pistes pour que la gauche québécoise se renouvelle. Comme toutes les gauches démocratiques, elle est confrontée à trois catégories d’enjeux : la première est «prolétarienne», c’est-à-dire les enjeux relatifs au sort des travailleur et travailleuses, et à la pérennité du modèle sociale ; la seconde est identitaire, focalisée sur le désir d’émancipation de la société en son ensemble et la reconnaissance de certaines de ses couches ; la troisième est idéologique, dans une redéfinition constante face aux évolutions environnementales et technologiques.

Si QS incarne parfaitement la deuxième catégorie d’enjeux, il tarde à développer une ligne idéologique pour les deux autres. On assiste davantage à une recontextualisation des propositions émises par le NPD ou par l’organisation Democratic Socialists of America (DSA) – galvanisée par sa proximité avec Bernie Sanders. Si QS aimerait se comparer à Syriza, à Podemos ou à la France Insoumise, son poids politique et son influence idéologique sont relativement faibles.

C’est justement que la gauche québécoise n’a pas besoin d’une identification partisane forte. En cela, il existe une nébuleuse d’organisations dans la société civile qui participent à faire vibrer les idéaux de gauche sans nécessairement qu’ils pénètrent le champ politique. Quoi que QS demeure réceptif, le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois – auréolé de sa capital symbolique du «printemps» québécois – n’est pas tant la traduction de leurs demandes dans le champ politique, mais davantage la modernisation de la social-démocratie vieillissante du PQ.

C’est justement dans cette mutation que se jouera l’avenir de la gauche québécoise. Un avenir prometteur, puisque Projet Montréal a su incarner à l’échelon municipal une forme de progressisme non doctrinal, mais délicat car – en toute logique – le PLQ cherchera à développer ce type de discours pour contrecarrer la CAQ.

Un front «tout sauf la CAQ» ?

anticaq

La bonne santé sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) et son chef François Legault provoque de petites secousses politiques, que certains perçoivent déjà comme les signes annonciateurs d’une victoire future de cette formation aux élections générales de 2018.

Ces petites secousses sont provoquées par une front officieux dont le slogan pour être «tout sauf la CAQ». Un front qui réunit le  Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), mais auquel il manque une composante déterminante : le Parti québécois (PQ).

Florilège :

plqcaq

qscaq.png

Pourtant, le PQ est loin d’être l’allié objectif de la CAQ ! Bien au contraire, il est son premier concurrent puisque Jean-François Lisée cherche à lui reprendre les classes moyennes péri-urbaines qui – par crainte de la mondialisation – votent massivement pour la formation de François Legault.

À vrai dire, cette désertion du front «tout sauf la CAQ» par le PQ est tactique. C’est d’ailleurs exactement la même tactique qu’empruntait jusqu’à peu le PLQ : minimiser le phénomène pour le décrédibiliser. Si le PLQ est revenu de cette stratégie puisqu’elle n’a pas su freiner l’engouement à l’égard de la CAQ, pourquoi le PQ embraie dans cette voie ? Peut-être parce qu’il n’a pas le choix… Rallier le front serait un aveu d’un échec car le PQ collaborerait – du moins tacitement – avec son rival de toujours : le PLQ, et avec sa gauche perdue : QS, mais surtout un aveu de faiblesse concédé à la CAQ.

L’absence remarquée et remarquable du PQ dans le front anti-CAQ m’amène à penser que le clivage gauche-droite s’accentue et se substitue de plus en plus au clivage souverainisme-fédéralisme. Le PQ a plus qu’amorcé sa mue conservatrice depuis la victoire de Jean-François Lisée : il n’est pas prêt à abandonner cette orientation en dépit de tout et surtout de sa mauvaise santé sondagière. Il se murmure que – plutôt que changer le fond, il va soigner la forme en recrutant la même agence de relations publiques qui a contribué à la bonne campagne de Valérie Plante.

Loin d’être anecdotique et quoi que le phénomène soit – pour l’heure – encore contenu, notons une forte de crispation de la campagne à quelques 300 jours du scrutin (ce qui est extrêmement long dans le temps politique). Les attaques ad hominem – créées ou en réponse à ce front – ne sont pas dans la tradition québécoise. Si le Québec ne connaît pas encore son moment populiste, l’ambiance délétère risque de le provoquer.

Le bon, la brute et le truand : un reboot québécois

117

Pour galvaniser l’action politique, rien de mieux qu’une petite « tweet war». Ça fait jaser les journalistes, ça occupe les communicants et puis, surtout, ça permet de tâter le terrain.

Étonnement, c’est le Premier ministre en exercice – Philippe Couillard – qui a décidé de dégainer le premier, prenant alors François Legault pour cible.

couillard.png

Au ton Western de ce tweet (« Je donne 24h »), François Legault a préféré manier la rhétorique (critique > constat > non-proposition > tautologie) :

legault.png

Mais alors que tout portait à croire qu’on allait sombrer dans un débat économique qui ne passionne guère les foules, un pistolero qui n’a pas été convié : Jean-François Lisée, a décidé de mettre le feu aux poudres en usant cette ironie qu’on lui connaît :

lisee

Si je ne saurai dire qui des trois protagonistes incarnent le bon, la brute et le truand, ce reboot québécois donne quelques indices sur la stratégie des différents candidats:

  • Couillard :

L’attaque frontale démontre une certaine fébrilité du Parti libéral du Québec (PLQ) de Couillard face à la montée sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) de Legault. Mais une fébrilité qui ne va pas sans une stratégie mûrement pensée (quoi qu’un peu trop évidente à mon goût), puisque Couillard porte la polémique sur le terrain de prédilection de Legault : l’économie. Les stratèges du PLQ tablent sur le fait que la situation du Québec n’a jamais été aussi bonne que sous le gouvernement libéral afin de décrédibiliser cet adversaire prompte à la critique, peu à la solution.

  • Legault :

L’art discursif n’est vraiment pas le fort du chef de la CAQ, et son invitation à la technicité ne lui donne pas le dessus dans ce genre de joute où sa rhétorique semble … ampoulée. Pire, elle le rend maladroit. Bien que la CAQ ait des armées de communicants, elle reste toutefois sur la défensive et privilégie la réaction de ses militants (pour le dire poliment) plutôt que la parole de son chef. C’est à mon sens une erreur stratégique qui accentue l’écart entre Legault et les Québécois-es. Il lui faudra peut-être arrêter de parler d’économie pour bousculer le PLQ et gagner l’aplomb qui lui manque pour gagner les élections.

  • Lisée :

Si l’intervention de Lisée est plutôt réussie sur la forme, elle est toutefois maladroite sur le font puisqu’elle révèle à ses adversaires qu’il suit le débat sans parvenir ni à le créer, ni à lui intimer une autre direction. Cela est d’autant plus limpide que Lisée est intervenu sans y avoir été convié. Aussi, parfois il est préférable de ne pas agir et attendre de relancer le jeu après qu’il eut été bloqué (on a appelle ce mouvement aux échecs le zeitnot). Le grand problème des stratèges du Parti québécois (PQ) est justement leur analyse biaisée de la situation, laquelle ne leur permet pas d’en cadrer au mieux l’action bien qu’il y ait cette créativité et ce bouillonnement politique au sein du PQ.

En route pour les élections provinciales de 2018

 

4976494944_29f8defb4a_b

Puisque que Claude Castonguay annonce dans la Presse Plus le début du «marathon électoral» menant jusqu’aux élections provinciales de l’automne 2018, il me fallait réagir à cette présentation – que je qualifierai d’orientée – de la ligne de départ.

Parti libéral du Québec (PLQ)

Castonguay estime que le PLQ de Philippe Couillard a succédé à celui de Jean Charest sans l’avoir assaini, renouvelé et réorienté. S’il est certain que le PLQ semble quelque peu immobile, le postulat de départ est à nuancer. Il faut bien différencier deux choses : 1) l’héritage partisan ; 2) le lègue du pouvoir. Couillard n’a pas récupéré le pouvoir de Charest, mais seulement le parti. Après quoi, il a conquis sans grand effort le pouvoir. et ce suite l’interlude du Parti québécois. Dès lors, Couillard n’est pas dans une position de continuateur de Charest, ni même dans celle d’outsider. D’où l’immobilisme qui caractérise son mandat. C’est important de remettre en perspective ces éléments car, en 2018 (et sauf coup de théâtre), Couillard aspirera à se succéder à lui-même. Il deviendra donc l’homme d’un passé qu’il ne peut plus réduire aux actions de ses prédécesseurs. Il lui faudra donc inspirer du mouvement, créer ce renouvellement puisque la stabilité n’est plus un argument politique vendeur. Sans quoi, Philippe Couillard expérimentera un peu ce que Denis Coderre a vécu aux dernières municipales…

Parti québécois (PQ)

À l’inverse de ce qu’écrit Castonguay, je ne pense pas que le problème du PQ soit sa position sur le référendum. À l’exception de quelques extrémistes qui la déplorent et quelques cyniques qui la relèvent en permanence, le débat est clos depuis la course à la chefferie. Non, le terrain glissant est celui de l’évolution du clivage gauche-droite, entraînée par les  questions identitaires.  Il y a quelques mois, j’ai écrit un article : Où s’en va le Parti Québécois ? sur le repositionnement effectué par le PQ. Sans nouvel élément, je réitère donc ma conclusion :

Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui [le PQ]– qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ.

Cette confrontation avec la Coalition avenir Québec (CAQ) vise acquérir le vote des classes moyennes rurales ou péri-urbaines qui échappent au PQ. Celles-ci sont préoccupées par une mondialisation qu’elles jugent comme une concurrence déloyale, une force qui les pousse à l’acculturation. Le projet de pays, pour elles, s’éloigne face à le menace de la mondialisation. Pour les attirer, le positionnement du PQ est celui qui promeut un État fort avec une identité forte.

Québec solidaire (QS)

Je vais probablement réussir l’exploit d’attirer sur moi les critiques et des partisans et des opposants de QS en affirmant que cette formation n’a strictement rien de socialiste, pas plus qu’elle est – quoi que s’y maintiennent des pratiques autogestionnaires pour faire vivre le folklore – anarchiste. Si elle est certes de gauche, la plupart des mesures sociales qu’elle propose sont à destination des tranches de la population de classe moyenne, urbaine et éduquée, non pour le prolétariat. Je ne développerai pas plus en amont l’idéologie de QS car je vais produire (j’espère rapidement) quelque chose de plus consistant et de plus documenté à ce sujet. En attendant, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que QS récupère utilement ce que le PQ abandonne alors qu’il se dirige vers le nationalisme conservateur : le projet de construire un État social-démocrate et francophone en Amérique du Nord.

Coalition Avenir Québec (CAQ)

Il me faudra également écrire un article plus complet sur la CAQ, puisque bien des commentateurs de la vie politique analyse fort mal cette formation à l’exemple de Castonguay. Qui plus est, ce dernier semble persuadé que le vote des «anglophones» est interchangeable pourvu que le parti pour lequel ils optent ne soutienne pas la souveraineté du Québec. S’il est certain que les partis qui plaident pour la souveraineté du Québec conduisent au veto pour bon nombre d’anglophones et d’allophones (j’insiste sur l’omission), ce n’est pas pour autant qu’ils voteront pour un parti qui tiendrait des positions très à droite. Si l’offre politique proposée par la CAQ contredit d’autres principes de ces populations, comme de vivre dans une société libérale et multiculturelle, ils s’abstiendront ou voteront pour le PLQ en dépit des affaires. En effet, la CAQ ce n’est pas le PLQ en un peu plus plus nationaliste, c’est surtout un parti conservateur.

Conclusion

Une course électorale, c’est un marathon – comme l’a très bien écrit Claude Castonguay. Sauf que les coureurs ne partent pas au même endroit sur le parcours. Il faut donc se méfier de ce genre d’articles qui nient cette réalité, soit en présentant la situation comme courue d’avance, soit en concevant la course comme relativement ouverte. J’ouvre donc cette rubrique consacrée aux élections provinciales au Québec un peu précocement pour me donner le temps afin de bien analyser ces structures qui régissent le champ politique,  les stratégies qui les infléchissent, puis couvrir les grands et petits tremblements qui menacent de les détruire.

Où s’en va le Parti québécois?

pq

Les 8,9 et 10 septembre, le Parti québécois (PQ) organisait son congrès. Outre le score quasi-stalinien (92,8%) par lequel Jean-François Lisée a été reconduit dans ses fonctions de «chef» du premier parti d’opposition, que peut-on en retenir de l’événement?

Son sous-titre conquérant : «Le chemin des victoires», donne une première indication. Le PQ se met  donc en ordre de bataille pour les prochaines élections provinciales qui se profilent à l’horizon 2018. Reste à savoir quelle stratégie adoptée pour : 1) défaire le Parti libéral du Québec (PLQ), en tête dans les sondages (31%) ; 2) rattraper son retard sur la Coalition avenir Québec (CAQ), qui talonne le premier (29%) ; 3) ne pas se faire déborder sur la gauche par Québec solidaire (QS), de plus en plus populaire (15%, chiffres selon le sondage Léger-Le Devoir de juin) ?

Le casse-tête semble indépassable, d’autant plus qu’une nouvelle et large défaite sonnerait le glas de la formation souverainiste. Parmi les stratégies envisageables, il semblerait que celle, choisie par Lisée, opère un glissement à droite (tel que je le mentionnais dans un article précédent). Mais de quelle droite parle-t-on exactement ?

Comme tout théoricien du politique, la tendance ne me satisfait jamais et les déclarations me sont  toujours un peu suspicieuses. J’attendrai donc que l’une se confirme et que les autres se cristallisent avant de qualifier cette droite. Néanmoins, affirmons – pour l’instant – que ce positionnement à droite est plus tactique qu’idéologique. Ce positionnement – ou, plus exactement, ce glissement – sert à rallier les électeurs éventuels de la CAQ afin de concurrencer le PLQ ; tout en présentant QS sous son visage «d’extrême-gauche» pour espérer amoindrir sa progression chez les souverainistes modérés. Concernant les électeurs du PLQ, j’ai l’impression que Lisée fait l’impasse.

Se crée alors un double enjeu pour le PQ : d’une part, mobiliser des communautés culturelles réceptives à son message pour prendre les comtés qui ballottent entre PQ/PLQ ou PQ/CAQ ; d’autre part, reprendre à la CAQ le vote francophone, de classe moyenne et périurbain. Si ces clientèles peuvent avoir les mêmes attentes en terme d’éducation, de transports, de santé, d’infrastructures, etc., plusieurs luttes symboliques les départagent. Jusqu’alors, le PQ avait fait le choix de les réconcilier à l’aide d’un modèle d’État social, inspiré des social-démocraties scandinaves, œuvrant ainsi à établir les jalons de l’indépendance.

Sauf que ce modèle a vécu, d’une part car les communautés culturelles sont de plus en plus politisées, surtout avec les deuxièmes, voire les troisièmes générations, qui – malgré la maîtrise de la langue française et l’assimilation des codes culturels – sont toujours autant marginalisées dans la société québécoise. Les promesses de lendemains qui chantent ne les convainquent plus. D’autre part, car les populations francophones, péri-urbaines et appartenant à la classe moyenne, ressentent un décalage entre ce qu’elles pensent être la collectivité avec ce qu’elles accusent être la conséquence de sa perte d’identité : l’acculturation, la diversité ethnoculturelle, la concurrence territoriale, etc.

Car le nationalisme de cette frange de la population n’est plus qu’accessoirement politique pour être principalement identitaire, Lisée cherche à s’adapter. Si le but est de récupérer les souverainistes déçus de la tiédeur du PQ sur les thématiques identitaires, il n’abandonne pas modèle de l’État social, bien qu’il le «libéralise» en concédant plus de place à l’entreprise et le «nationalise» en affirmant une souveraineté économique. Une fois de plus, la manœuvre vise à rassurer les classes populaires, les classes moyennes, les petits propriétaires et les investisseurs locaux, préoccupées à la fois par la dépense publique et la viabilité économique du Québec.

Lisée, en fin stratège, se prépare donc à une élection qui, en 2018, sera marquée par les problématiques identitaires et économiques. Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui – qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ. Voilà où le PQ s’en va…