Le nom des partis politiques, une simple question de branding ?

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Alors que le Front national va devenir le Rassemblement national, cet article s’interroge sur le nom des partis politiques et leur manière de créer de l’adhésion par la dénomination.

Analyser le nom des partis politiques, c’est un peu en faire l’histoire. Ainsi, le Rassemblement pour la République (RPR) – crée en 1976 – est devenu l’Union pour la Majorité Présidentielle en 2002 (UMP), dont le sigle a été conservé pour être renommé au courant de la même année : Union pour un Mouvement Populaire. En 2015, les trois consonnes disparaissent et le parti devient Les Républicains (LR). Ainsi et en quarante ans, dont dix-sept au pouvoir, l’un des principaux partis politiques français aura eu trois noms. Mais pourquoi un parti change-t-il de nom ? Mieux, c’est quoi avoir un nom en politique ?

Branding politique

Nomen est omen , dit-on (« Le nom est présage ».) La locution latine n’est pas totalement en faux puisque, avant même de connaître ses idées, ses propositions, voire son l’identité, les électeurs et électrices se décident pour un parti, un homme ou une femme politique  sur la première information dont il dispose : son nom, ou celui d’une personne qui l’incarne. Si la politique est question de dénominations des forces en présence, elle est aussi sujette au branding.

Avant de répondre à la question qui forme le titre de cet article, une courte définition du branding s’impose. Ce terme se rapporte au mot anglais brand (marque), pouvant alors être traduit par «marquage». Ainsi, par branding,  on entend l’ensemble des pratiques qui rentrent en ligne de compte dans le but de valoriser une marque. Parmi les divers aspects du branding, cet article mettra l’accent sur le plus populaire d’entre eux ; à savoir le nom de la marque politique.

Pour ce qui est des politiciens et des politiciennes, il est difficile de faire du branding en considération des difficultés associés aux changements patronymiques (du moins, en France et au Québec, pour les autres contextes je ne saurai trop dire). Pourtant, certains noms seront parfois réduits, voire simplifiés, puisque jugés trop longs, trop complexes, voire trop étranger à l’exemple d’un Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa qui – en devenant Nicolas Sarkozy – perd la transcription hongroise de son nom, sa particule et le domaine nobiliaire de ses origines. Quant au prénom ? Idem… Au Québec, l’ex-Premier ministre John James Charest est devenu Jean Charest : moins polémique, car moins anglophone. Inversement, il existe des noms trop communs, lesquels ne parviennent pas aux individus de se démarquer. C’est le cas du président du parti Debout la République. Né Nicolas Dupont, celui-ci a associé à son nom le nom de sa mère : Aignant, afin de se différencier. Si les exemples ne manquent pas, ils demeurent – du moins, la plupart du temps – des initiatives personnelles, en cela rarement motivées par un processus de branding.

Les noms des partis

Il en va différemment pour les noms de parti politique, lesquels doivent «marquer» suffisamment l’électeur et l’électrice pour influer sur leur choix. Après avoir compilé plusieurs dizaines de noms de partis, tant en France qu’à l’étranger, j’ai créé plusieurs catégories.

1- Le nom idéologique :

Le nom idéologique fait référence à idéologie comme le communisme, le socialisme, l’écologisme, le libéralisme, le conservatisme, etc., qu’un parti politique s’accapare. Ce nom peut être explicitement (Parti socialiste) ou plus implicitement (Labour Party ou « Parti travailliste ») idéologique; l’important étant de renvoyer une référence forte.

Le nom idéologique a cet avantage de créer une adhésion sur des valeurs qui dépassent de loin la seule formation qui s’en revendique, de même que la formation exerce un monopole sur l’idéologie à laquelle elle s’associe. Toutefois, cette congruence peut être problématique. En effet, la référence nécessite un minimum de politisation des électeurs et électrices pour qu’ils votent en fonction de représentations idéologiques. De même, elle peut être clivante. En cela, elle peut à la fois attirer ou bien repousser des individus à la seule évocation de l’idéologie. Plus encore, elle a tendance à créer un canevas doctrinaire qui oblige le parti à fournir des gages idéologiques pour continuer à s’en revendiquer, ou réinterpréter la référence pour continuer à l’utiliser.

2- Le nom situé :

Il existe plusieurs partis dont l’appellation fait référence à une population ou à un lieu.

Dans un premier cas de figure, ces références sont contextuelles, aux exemples du Sozialdemokratische Partei Deutschlands (ou « Parti social-démocrate d’Allemagne », SPD) et du Parti communiste français (PCF). La mention nationale peut soit identifier ou à transcrire une réalité nationale dans un plus vaste label, soit être synonymique du peuple comme aspiration populaire ou populiste.

Dans un tout autre cas de figure, la référence à la population et/ou à un lieu traduit une sensibilité nationalitaire (qu’elle soit autonomiste, indépendantiste, irrédentiste, etc.) au-delà des clivages. Il en va ainsi pour le Parti québécois (PQ) ou le Scottish National Party (SNP).  Mais attention ! Cet engagement nationaliste n’équivaut automatiquement à une adhésion aux thèses d’extrême-droite. Si l’extrême-droite et le nationalisme ne sont pas incompatibles, il faut toutefois distinguer la construction d’un nationalisme partisan en situation minoritaire d’un nationalisme partisan en situation majoritaire. Cette distinction est primordiale dans le choix du nom de la formation. Par exemple, le nationalisme en situation minoritaire fera en sorte que le parti opte pour un nom en langue minoritaire (Unser Land pour l’Alsace, Femu a Corsica pour la Corse, Sinn Féin pour l’Irlande du Nord, etc.).

3- Le nom concept :

Il existe certaines dénominations dont la référence n’est explicitement ou implicitement idéologique ou située, mais insiste sur un ou plusieurs concepts destinés à faire sens.

Voici une liste non-exhaustive des concepts utilisés :

  • Groupe : coalition, alliance, famille, union, unité, mouvement, rassemblement, etc.
  • Régime : démocratique, républicain, royal, etc.
  • Principes : justice, égalité, tradition, ordre, progrès, souveraineté, peuple, etc.
  • Programme : développement, croissance,  action, changement, agir, lutte, etc.
  • Statut : indépendant, autonome, nouveau, etc.

Le nom concept est mobilisé dans un cas de figure bien particulier :  dans l’union de  plusieurs formations ou plusieurs factions idéologiquement proches, mais dont l’objectif motivant l’alliance amenuise conséquemment la portée idéologique du message. Il  Il en va ainsi de La République En Marche (LREM), double proposition entre «La République» (réalité constitutionnelle) et «En Marche» (expression pour intimer le mouvement). Autrement dit, LREM est la dénomination d’un progrès au-delà des clivages. Il aurait été plus simple de regrouper les partisans d’Emmanuel Macron dans un «parti progressiste», mais la dénomination – bien qu’implicitement idéologique – aurait pu rebuter certains ou certaines qui ne revendiquent pas de ce label.

Conclusion

À vrai dire, les catégories mentionnées ci-dessus peuvent être trompeuses selon les représentations que cherchent à mobiliser les différents partis. Par exemple, si on prend «Québec» et son champ lexical, il se rattache autant au Parti libéral du Québec, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire, etc. Autrement dit,  tous les partis ayant une représentation politique ont ce substantif. Excepté le Parti québécois dont l’adjectif renvoie explicitement au nationalisme minoritaire, cette désignation ne fait que situer le Parti libéral dans la province tandis qu’il devient synonyme de «peuple» pour Québec solidaire. Si tout le monde comprend qu’il ne faille pas faire une généalogie partisane de «Québec», c’est justement qu’il n’y a plus de branding à faire avec ce concept. Il est devenu trop commun et trop fortement polysémique pour espérer en tirer quelque chose. Le branding sert davantage à créer de l’adhésion, soit dans le désir de représenter un ou des secteurs de la société, soit dans la volonté de parler au plus grand nombre.

Macronism: The ideology of Emmanuel Macron

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This article is a translation of the following French version : Qu’est-ce que le macronisme ?If you have comment to improve it, please contact me.

With the Emmanuel Macron’s victory to the French presidential election, I’ve wrote something like this:

With the rooster, France has a new emblem now: the weather vane.

Then, I have immediately deleted this little bit hostile tweet. Since, I has been tried to analyze objectivily the ideology under the « macronism » label, and I must confess that my tweet was not justified. This acknowledgement is not an endorsment of Emmanuel Macron politics, but the result of an analysis of the macronism as political ideology.

Inspired by Michel Freeden work, I define ideology like a set of concepts configure itselves arround one or more core concepts which is (are) decontest – i.e. substract of interpretative conflict on public sphere – by a social movement that claims those core concept(s) to and for its political orientation.

With this definition, macronism looks like a « particular ideology » as well as Emmanuel Macron is a singular leader. But to be honest… nothing of that is original. I think that every theorist who have perceived Emmanuel Macron as an emanation of a certain rawlsian liberalism or, on the contrary, like the incarnation of a bureaucratic populism make are partialy right, partialy wrong. The macronism is a synthesis of these both ideologies, but mainly the political denomination of the French managerialism (or managerial ideology).

By managerialism, I do not described an approach of management but an ideation by which management is a substitutable phenomenon for all decision-making practices and certain human interactions. Among them, managerialism pursues the idea that social determinisms or political passions distort the « good » public decision. Thus, the managerial ideology is characterized by several concepts, including the effectiveness of the decision.

Managerialism can be observed in macronism by its conceptual weakness. I don’t doubt that people can be sincerly « macronists », in a very similar way that people are thatcherists or reaganist. Nevertheless, these « macronists » people express their alligiance with words that have a low conceptual level. The issue is not a question to make history or having charism. Every ideology – even ideologies where a name is a core concept – adds automatically others concepts to precize the core(s) concept(s). For macronism, these adjacents concepts are cosmopolitism, europeanism, liberalism, alternativism, and … that’s all!

It is not very exhaustive, but it is not the main problem. These adjacent concepts are defined in a piecemeal way : Macron’s cosmopolitanism is not really tied to post-nationalism; his europeanism rarely invokes the federalist project; his progressivism is societal, but with limits like the no-recognition of cultural or regional minorities or the surragocy forbiden; his liberalism is narrowed to the economic sphere; and the pseudo-political alternation has promoted the same social elites.

There is a gap between representations and the political existence of macronism. This discrepancy is explained by a phenomenon which is quite common to particular ideologies the « legitimation ointment ». The legitimation ointment consists to cover the conceptual weakness of an ideology X by the concepts X’ – i.e. periphical concepts, often symbolical, ever simple – in order to increase the supporters. For example, Nicolas Sarkozy before the presidential election in 2007 was a right-wing liberal « à la française » who conceived that an economic and societal liberalism must be counterbalanced by a republicanism. To increase his supporters he tooked a peripheral concept of the right-wing republicanism: Caesarism, that carries itself several peripherical concepts as a centralized, strong and monistic state. The objective was to design an ideology competitive toward le Front national, the far-right party. Did this legitimation ointment made Nicolas Sarkozy a far-right tyrant ? Not more François Mitterrand became a communist…

Without this ointment, managerial ideology appears in every single statement of Emmanuel Macron. By example, Macron argues his right to govern with ordinances to because they allow to « accelerate the debate ». Facing accusation of autocracy, he said  that he wanted to use the ordinances only for fundamental reforms, such as labor law because only this tool is enable to reduce the expression of political passions and accelerate the debate to maximize the decision-making process. This quest of effectiveness and usuefulness  is the core of management ideology. Of course, Macron tries to apply an ideological ointment like « revolution », « progress » or other.

If it is so obvious, why a large part of French media, artists and intellectuals, and people with a political culture believe in the ointment rather than the ideology’s bases? In fact, nobody have been abused. They believe that Macron generates a renewal of political representation with a certain continuity. They hope that Macron will accelerate the end of the « old » politics and its eternal divisions. They define themselves as liberal in the board sense. In brief, they  endorsed the macronist managerial ideology without any doubt. The mistake about Macron has comitted by the same people who regret about their prodigy who  – once he had the suprem power – betrayed his intellectual references. But an ideology is not an intellectual pedigree, it is a set of representations and practices. And these representations and practices reflect more the management theory taught at the École nationale d’administration (ENA), in business schools and the concern of the management practiced everywhere rather than some expectations of high-normative theorists.

Macron is therefore not a weather vane, nor a a mere marketing phenomenon. The macronism is the doctrine of a fringe of the French elite which is despairing of politics but it still persuades that some « positive » values ​​transcend it, such as European integration, social progress, national union, etc. But these beliefs remain ancillary in comparison with the prospect of a « good » public management seen necessary among every policies, which one advocates utility and efficiency in the decision-making.