Québec 2018 #4 – Les libéraux peuvent-ils encore gagner ?

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Bas, très bas dans les enquêtes d’opinion, le Parti libéral du Québec (PLQ) cherche à remonter la pente. Mais le PLQ peut-il encore gagner les élections d’octobre qui s’annoncent compliquées ? Analyse. 

Gagner des élections en contexte hostile est un art complexe et délicat. S’il y a plusieurs manières de procéder, celle pour laquelle PLQ semble avoir opté est celle de la carotte et du bâton. Sauf que cette stratégie – si elle a fait ses preuves par le passé – semble de plus en plus inopérante face aux populismes.

La stratégie de la carotte et du bâton pourrait être elle-même assimilée à du populisme si elle n’était pas si mécanique, si peu passionnelle. Elle consiste à alterner – selon les contingences – la rétribution et la punition.

D’une part, le PLQ tend la carotte en espérant que l’on y morde. En la circonstance, la carotte consiste en une série d’engagements de redistributions, par une multiplication de chantiers infrastructuraux, sectoriels et industriels à venir. Elle est une promesse de prospérité offerte aux Québécoises et aux Québécois pour susciter leur adhésion malgré des réticences objectives. Quoi que l’on puisse objecter sur la méthode, elle est possible uniquement lorsque le parti au pouvoir peut se prévaloir de l’embellie économie. En d’autres mots, il est plus délicat de proposer les fruits (ou les légumineuses, pour reprendre notre allégorie) de la croissance lorsqu’ils sont inexistants.

D’autre part, le PLQ agite le bâton pour écarter les formations rivales. Dès lors, il articule une communication véhémente, composée de déclarations tonitruantes de Philippe Couillard qui ne manque pas de comparer la Coalition avenir Québec (CAQ) à un parti d’extrême-droite, investie massivement dans les médias et sur les réseaux sociaux. On pourrait se demander pourquoi tant d’efforts, alors que le PLQ gouverne la province et jouit donc d’une couverture médiatique proportionnellement plus importante que celle de ces rivaux ? Trois raisons expliquent ce phénomène. Premièrement, et à l’exception d’un interlude de moins de deux ans, le PLQ gouverne le Québec depuis 2003. Il accuse une usure du pouvoir de plus en plus problématique puisqu’il essuie de fortes critiques. Sans relais d’opinion suffisamment puissant pour se faire entendre, il est donc dans une position quasi-équivalente à celle d’un outsider. Pour se faire entendre, il est donc obliger de donner de la voix. Deuxièmement, le PLQ doit reconquérir des espaces qu’il a laissé à l’abandon, notamment les réseaux sociaux. Puisque ces espaces se nourrissent de polémiques, il lui faut y être agressif pour ne pas être immédiatement agressé. Troisièmement, le moment populiste oblige un durcissement du propos afin que le PLQ puisse attaquer frontalement ses adversaires.

Il est bien trop tôt pour savoir si la carotte et le bâton ramèneront ces électrices et électeurs qui se laissent tenter par la CAQ ou celles et ceux qui – sans choisir le parti de François Legault – désertent le PLQ choisi autrefois par défaut et désormais quitté par dégoût à la suite des différents scandales de corruption et collusion, les années d’austérité économique, etc. Faire le choix de rejoindre ces deux publics – qui sont sociologiquement et politiquement différents – n’est pas une mauvaise tactique, mais la stratégie en cours n’est peut-être pas la meilleure à cet effet.

Je m’explique.

La stratégie de la carotte et du bâton revient à se montrer attractif, tout en agitant l’épouvantail du populisme. Or, cette stratégie présente quatre difficultés. Premièrement, le message risque de ne pas être reçu par les intéressé-e-s puisqu’il fait appel à deux sentiments contradictoires : l’attraction et la répulsion.  Elle risque donc d’être perçue comme une campagne de dénigrement ou, inversement, comme un appel au clientélisme. Deuxièmement, elle subodore que la CAQ sera conforme à elle-même ; c’est-à-dire qu’elle fasse campagne en s’opposant à l’État-providence et en attisant les peurs. Si c’est amplement dans ses cordes, la Coalition a démontré par le passé qu’elle sait prendre ses adversaires par revers. Autrement dit, il ne faut pas minimiser l’intelligence stratégique de ses dirigeants et la souplesse idéologique des électrices et électeurs caquistes. Troisièmement, cette stratégie anticipe que le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) seront plutôt passifs, ou tout simplement inoffensifs. C’est là un pari extrêmement dangereux, puisque le PQ s’aligne sur la CAQ et QS cherche à se légitimer comme le seul parti social-démocrate. Quatrièmement, cette stratégie expose les faiblesses du PLQ à ses adversaires, lesquelles deviennent facilement exploitables. Il suffit donc de développer des procédés contradictoires pour affaiblir le PLQ, chose aisée pour qui a un minimum d’intelligence stratégique.

Bien évidemment, le PLQ est en mesure de gagner son pari avec sa stratégie, mais il faudrait alors que la CAQ perde le sien et que le PQ s’enlise définitivement dans les conflits internes au souverainisme. Le plus sage serait de réviser la stratégie lorsque la campagne s’accélérera, soit en la réduisant à un seul et unique angle d’attaque, soit en la complexifiant afin de la rendre d’une redoutable efficacité. Il y aurait également d’autres voies envisageables, mais – si la stratégie contribue à la victoire – faut-il encore que ceux qui l’espèrent s’en donnent les moyens.

 

5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique

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En cherchant à analyser des stratégies politiques, il m’est arrivé de qualifier certaines d’entre elles de «bonnes» et d’autres de «mauvaises». Bien que l’utilisation d’un prédicat soit une forme de paresse intellectuelle, une «bonne» stratégie est utilement une stratégie qui répond de manière optimale aux objectifs qu’elle s’est fixée.

Voici donc 5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique.

1- Bien analyser le contexte

Avant même de penser à l’objectif que la stratégie est censée satisfaire, il importe de bien analyser le contexte dans laquelle elle se déploie. Cette analyse suppose d’avoir une connaissance globale des phénomènes structurels, mais aussi d’adapter son analyse aux phénomènes conjoncturels.

Savoir analyser un contexte ne signifie pas être objectif à l’égard de celui-ci, mais bien de s’abstenir de tout préjugé qui viendrait fausser l’analyse. Ainsi, l’erreur classique est de croire qu’on comprend bien une situation puisqu’on la vit ou, inversement, parce que l’on en est totalement extérieur à celle-ci. Or, c’est là deux préjugés : le premier est de croire que la connaissance est intrinsèque à l’expérience ; le second est de penser qu’elle est immanente à l’analyste.

Une analyse limpide du contexte exige donc de se placer dans ce milieu inconfortable où l’on est pas uniquement acteur, pas simplement observateur.

2- Opter pour une stratégie réaliste

«Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux», disait Socrate. Au-delà même du contexte politique, il importe de bien se connaître soi, le candidat ou la candidat(e) en lice, la formation politique, etc. Selon les forces et les faiblesses de la personne ou de l’institution, il vous appartiendra de définir une stratégie réaliste.

On ne parle pas ici de victoire ou de défaite future, ni même des différentes approches stratégiques, mais tout simplement de faire suivre les dépenses matérielles, humaines et/ou symboliques avec ses ressources. Sans quoi, votre stratégie – et à moins qu’elle ne résume à cela – risque de les consumer. Une stratégie réaliste signifie donc définir une stratégie en fonction de ce qui est à votre disposition.

S’il existe cette croyance populaire que les petits partis – souvent très chargés idéologiquement – feraient mieux ne pas participer aux échéances électorales d’ampleur puisqu’ils n’ont aucune chance de gagner, ces derniers – grâce à une stratégie réaliste – ne meurent jamais vraiment. Maintenant, pourquoi se présentent-ils ? Pour paraphraser une série culte : la vérité est ailleurs…

3- Définir des objectifs convergents et substituables

Ce n’est pas le tout de définir une série de petits objectifs en perspective de réaliser un GRAND objectif, mais il importe surtout de définir d’autres objectifs qui convergent et sont substituables à vos desseins initiaux.

Développons avec un exemple.

Disons que le grand objectif (X) est de gagner une élection. Pour se faire, il importe de définir une série de petits objectifs à cette fin (x1, x2, x3, etc.). Félicitations, vous avez gagné ! Sauf que … vos adversaires se sont regroupés et disposent désormais d’une minorité de blocage au parlement. Votre victoire est donc sous-optimale.

Une bonne stratégie permet d’anticiper ce genre de désagréments en fixant des objectifs convergents (Y, Z, etc.), et ce afin de rendre votre victoire optimale. Par exemple, en ralliant une partie des adversaires pour empêcher que se forme la minorité de blocage. Mais ces objectifs ne doivent pas être seulement convergents, ils doivent aussi être substituables à l’objectif initial (YX’, ZX’, etc.). Imaginons que vous êtes élu(e) mais que votre formation est minoritaire. Votre défaite s’inversera si vous parvenez à rallier vos concurrents durant l’élection, et ce afin de déstabiliser celui ou celle qui semble l’emporter. Plus faible sera sa victoire, moins forte sera votre défaite.

4- Ne jamais divulguer sa stratégie (à moins que ce soit la stratégie)

Une stratégie ça ne se partage pas, pas même en parties. Cette règle connaît toutefois un exception si elle fait partie intégrante de votre stratégie.

En effet, il peut s’avérer extrêmement tactique de révéler des éléments de sa stratégie. Ces éléments n’ont pas nécessairement besoin spécialement faux, sauf pour induire en erreur vos adversaires. Néanmoins, il existe toujours une contre-indication au mensonge puisqu’il les renseigne sur vos faiblesses lorsqu’il est découvert. Quant aux éléments véritables, ils sont à répandre uniquement si vous souhaitez que vos adversaires revoient eux-mêmes leur stratégie.

C’est donc une véritable partie de poker qui s’engage si vous décidez de divulguer votre stratégie. Mathématiquement, le meilleur moyen pour ne pas perdre reste de ne pas jouer.

5- Se faire bien entourer

Il est certain que la question de l’équipe dépend étroitement de l’enjeu. Plus l’enjeu appelle à l’investissement massif de ressources, plus il contraint à s’entourer d’un nombre important de personnes pour couvrir le terrain, mais aussi de spécialistes pour répondre à des besoins de plus en plus techniques (droit électoral, communication politique, trésorerie, mobilisation des militants, etc.)

Le problème étant que ce nombre exponentiel de petites mains accroît le risque que les orientations stratégiques soient trahies par des inconnus à la loyauté bien relative et qu’elles échappent in fine à celles ou ceux qui les ont élaborées. Pour éviter les trahisons et autres turpitudes, vous pourriez être tenté(e) de concevoir seul(e) dans votre coin votre grande stratégie. Sauf qu’une stratégie ne s’arrête pas à son élaboration : elle doit être mise en oeuvre, adaptée, parfois même changée au cours des événements.

Savoir composer une équipe de personnes loyales et maîtresses de la situation est donc fondamentale. Si vous ne savez pas comment faire, et bien continuez à suivre ce blog puisque ça fait parti de sa stratégie éditoriale.

 

Congrès de la CAQ et du PLQ

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Ce week-end, la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) tenaient leur congrès, respectivement à Sherbrooke et à Québec. Généralement, après ces grands messes, les commentatrices et les commentateurs se contentent de relayer les grandes déclarations et les petites phrases. Suspectant les premières d’exister que pour brasser de l’air et les secondes de les polluer inutilement, je vous proposerai un nouveau souffle en m’intéressant plus spécifiquement à l’exercice qu’est un congrès et aux enjeux pour les deux formations.

Peut-être que votre journaliste préféré(e) ne s’en rend pas bien compte alors qu’il ou elle est escorté(e) par une armée de relationnistes, agitant son micro pour appâter une personnalité qui répondra à ses questions convenues ; probablement, le ou la député(e), qui a été élu(e) haut la main dans une circonscription verrouillée n’en a pas fait l’expérience ; pas plus que l’«expert » ou l’«experte» qui imagine la politique après obtenu(e) un doctorat sans avoir fait une minute de terrain ; mais un congrès c’est un travail titanesque.

Le rendez-vous n’est donc pas anodin. Préparé à l’extrême, celui-ci a trois objectifs :

1- Mobiliser les militants et les militantes :

En politique, le nerf de la guerre ce n’est pas l’argent, pas vraiment l’électorat, mais bien les militants et les militantes. Certes, bon nombre de politiciennes et de politiciens versés dans le cynisme semblent l’avoir oublier, autant que le militantisme est à la croisée des chemins, se transformant autant l’engagement décroît. Néanmoins, il reste  que, sans ces forces vives, point d’argent pour mener des campagnes, pas de petites mains pour participer à celles-ci, donc un vote difficile à sortir des urnes (même avec le talent d’un ou une leader charismatique). C’est pourquoi, un congrès est rarement organisé par des bénévoles, mais d’avantage par le personnel politique. Outre des questions financières et légales, la grand messe est justement là pour susciter une émulation chez eux. Et il faut dire que la CAQ et le PLQ en ont bien besoin. Si la première stagne en nombre de membres (environ 11 000) puisque sa démocratie interne n’exige pas de «faire des cartes», le PLQ connaît une chute vertigineuse des adhésions chaque année. Ce désengagement mérite bien des rendez-vous un peu plus festifs, comme le sont les congrès. Et puis. il y a l’effet de la socialisation qu’ils procurent, facilitant – entre autre – l’établissement d’un lien d’appartenance et la confiance réciproque entre personnes destinées à travailler ensemble.

2- Définir des orientations et les rôles :

Bien sûr, les grandes orientations sont définies en amont du congrès. Néanmoins, il ne faut pas totalement dénigrer l’exercice de la démocratie partisane, bien que cette dernière soit imparfaite ou illusoire ; dépendamment du parti. Les orientations qui se définissent dans ces événements de grande envergure sont peut-être moins formelles qu’une position partisane ou une ligne de la plateforme électorale, mais elles ont une forte importance puisqu’elles se couplent à la définition des rôles puisqu’s élections internes voient le renouvellement de tout l’appareil partisan. Couplées les orientations et les rôles permettent aux dirigeants de sonder la qualité des membres qui composent le parti, mais aussi de mettre en exergue les équilibres internes qui le régissent. Par exemple, il est certain que la commission-jeunesse du PLQ (CJPLQ) a démontré son poids sur les instances, voire même parfois son opposition, en devenant force de proposition. Inversement, la relève de la CAQ n’a pas vraiment le même rôle…

3- Préparer le(s) prochain(s) rendez-vous :

Après mobilisé les militants et les militantes, avoir défini les orientations et les rôles, un congrès sert aussi à préparer les prochains rendez-vous. Et c’est précisément sur ce point que mon article se conjugue au conditionnel.  À vrai dire, de ce que j’ai pu lire ou voir, je ne sais pas trop à quoi se préparent la CAQ et le PLQ… D’une manière superficielle, on pourrait penser que la CAQ capitalise sur sa bonne santé sondagière en se donnant une image lisse, avec un discours offensive et confiant. Le congrès devrait serait alors une démonstration de force autour de la personnalité de François Legault. Sauf que … la couverture média est mauvaise. Et les attaques ne sont pas celle d’un médium orienté, mais tous les médias à l’exemple du Journal de Québec :

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… ou de Radio Canada :

En fait, le but de l’opération est clair. On voudrait aller chercher le vote des jeunes familles avec une politique nataliste, et le vote identitaire en baissant le nombre d’immigrants.

Quand on essaie de faire un lien entre les deux, on voit que c’est une autre politique improvisée de la CAQ, sans que l’ensemble donne un programme de gouvernement qui peut être cohérent.

Michel C. Auger

Certes, la couverture médias n’est pas terrible pour le PLQ, mais faut-il vraiment comparer le parti qui connaît l’usure du pouvoir au parti à qui on prédit le pouvoir (je ne m’inclus pas dans le «on», refusant de participer à ce jeu) ? La question n’est qu’oratoire… Dans la réalité, le Phillipe Couillard s’est montré davantage offensif que la CAQ, tandis que celle-ci a présenté publiquement ses outils, sa stratégie et ses orientations à 10 mois des élections. C’est quelque peu périlleux … surtout, s’il n’y a pas de plan B.

Le bon, la brute et le truand : un reboot québécois

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Pour galvaniser l’action politique, rien de mieux qu’une petite « tweet war». Ça fait jaser les journalistes, ça occupe les communicants et puis, surtout, ça permet de tâter le terrain.

Étonnement, c’est le Premier ministre en exercice – Philippe Couillard – qui a décidé de dégainer le premier, prenant alors François Legault pour cible.

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Au ton Western de ce tweet (« Je donne 24h »), François Legault a préféré manier la rhétorique (critique > constat > non-proposition > tautologie) :

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Mais alors que tout portait à croire qu’on allait sombrer dans un débat économique qui ne passionne guère les foules, un pistolero qui n’a pas été convié : Jean-François Lisée, a décidé de mettre le feu aux poudres en usant cette ironie qu’on lui connaît :

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Si je ne saurai dire qui des trois protagonistes incarnent le bon, la brute et le truand, ce reboot québécois donne quelques indices sur la stratégie des différents candidats:

  • Couillard :

L’attaque frontale démontre une certaine fébrilité du Parti libéral du Québec (PLQ) de Couillard face à la montée sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) de Legault. Mais une fébrilité qui ne va pas sans une stratégie mûrement pensée (quoi qu’un peu trop évidente à mon goût), puisque Couillard porte la polémique sur le terrain de prédilection de Legault : l’économie. Les stratèges du PLQ tablent sur le fait que la situation du Québec n’a jamais été aussi bonne que sous le gouvernement libéral afin de décrédibiliser cet adversaire prompte à la critique, peu à la solution.

  • Legault :

L’art discursif n’est vraiment pas le fort du chef de la CAQ, et son invitation à la technicité ne lui donne pas le dessus dans ce genre de joute où sa rhétorique semble … ampoulée. Pire, elle le rend maladroit. Bien que la CAQ ait des armées de communicants, elle reste toutefois sur la défensive et privilégie la réaction de ses militants (pour le dire poliment) plutôt que la parole de son chef. C’est à mon sens une erreur stratégique qui accentue l’écart entre Legault et les Québécois-es. Il lui faudra peut-être arrêter de parler d’économie pour bousculer le PLQ et gagner l’aplomb qui lui manque pour gagner les élections.

  • Lisée :

Si l’intervention de Lisée est plutôt réussie sur la forme, elle est toutefois maladroite sur le font puisqu’elle révèle à ses adversaires qu’il suit le débat sans parvenir ni à le créer, ni à lui intimer une autre direction. Cela est d’autant plus limpide que Lisée est intervenu sans y avoir été convié. Aussi, parfois il est préférable de ne pas agir et attendre de relancer le jeu après qu’il eut été bloqué (on a appelle ce mouvement aux échecs le zeitnot). Le grand problème des stratèges du Parti québécois (PQ) est justement leur analyse biaisée de la situation, laquelle ne leur permet pas d’en cadrer au mieux l’action bien qu’il y ait cette créativité et ce bouillonnement politique au sein du PQ.

En route pour les élections provinciales de 2018

 

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Puisque que Claude Castonguay annonce dans la Presse Plus le début du «marathon électoral» menant jusqu’aux élections provinciales de l’automne 2018, il me fallait réagir à cette présentation – que je qualifierai d’orientée – de la ligne de départ.

Parti libéral du Québec (PLQ)

Castonguay estime que le PLQ de Philippe Couillard a succédé à celui de Jean Charest sans l’avoir assaini, renouvelé et réorienté. S’il est certain que le PLQ semble quelque peu immobile, le postulat de départ est à nuancer. Il faut bien différencier deux choses : 1) l’héritage partisan ; 2) le lègue du pouvoir. Couillard n’a pas récupéré le pouvoir de Charest, mais seulement le parti. Après quoi, il a conquis sans grand effort le pouvoir. et ce suite l’interlude du Parti québécois. Dès lors, Couillard n’est pas dans une position de continuateur de Charest, ni même dans celle d’outsider. D’où l’immobilisme qui caractérise son mandat. C’est important de remettre en perspective ces éléments car, en 2018 (et sauf coup de théâtre), Couillard aspirera à se succéder à lui-même. Il deviendra donc l’homme d’un passé qu’il ne peut plus réduire aux actions de ses prédécesseurs. Il lui faudra donc inspirer du mouvement, créer ce renouvellement puisque la stabilité n’est plus un argument politique vendeur. Sans quoi, Philippe Couillard expérimentera un peu ce que Denis Coderre a vécu aux dernières municipales…

Parti québécois (PQ)

À l’inverse de ce qu’écrit Castonguay, je ne pense pas que le problème du PQ soit sa position sur le référendum. À l’exception de quelques extrémistes qui la déplorent et quelques cyniques qui la relèvent en permanence, le débat est clos depuis la course à la chefferie. Non, le terrain glissant est celui de l’évolution du clivage gauche-droite, entraînée par les  questions identitaires.  Il y a quelques mois, j’ai écrit un article : Où s’en va le Parti Québécois ? sur le repositionnement effectué par le PQ. Sans nouvel élément, je réitère donc ma conclusion :

Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui [le PQ]– qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ.

Cette confrontation avec la Coalition avenir Québec (CAQ) vise acquérir le vote des classes moyennes rurales ou péri-urbaines qui échappent au PQ. Celles-ci sont préoccupées par une mondialisation qu’elles jugent comme une concurrence déloyale, une force qui les pousse à l’acculturation. Le projet de pays, pour elles, s’éloigne face à le menace de la mondialisation. Pour les attirer, le positionnement du PQ est celui qui promeut un État fort avec une identité forte.

Québec solidaire (QS)

Je vais probablement réussir l’exploit d’attirer sur moi les critiques et des partisans et des opposants de QS en affirmant que cette formation n’a strictement rien de socialiste, pas plus qu’elle est – quoi que s’y maintiennent des pratiques autogestionnaires pour faire vivre le folklore – anarchiste. Si elle est certes de gauche, la plupart des mesures sociales qu’elle propose sont à destination des tranches de la population de classe moyenne, urbaine et éduquée, non pour le prolétariat. Je ne développerai pas plus en amont l’idéologie de QS car je vais produire (j’espère rapidement) quelque chose de plus consistant et de plus documenté à ce sujet. En attendant, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que QS récupère utilement ce que le PQ abandonne alors qu’il se dirige vers le nationalisme conservateur : le projet de construire un État social-démocrate et francophone en Amérique du Nord.

Coalition Avenir Québec (CAQ)

Il me faudra également écrire un article plus complet sur la CAQ, puisque bien des commentateurs de la vie politique analyse fort mal cette formation à l’exemple de Castonguay. Qui plus est, ce dernier semble persuadé que le vote des «anglophones» est interchangeable pourvu que le parti pour lequel ils optent ne soutienne pas la souveraineté du Québec. S’il est certain que les partis qui plaident pour la souveraineté du Québec conduisent au veto pour bon nombre d’anglophones et d’allophones (j’insiste sur l’omission), ce n’est pas pour autant qu’ils voteront pour un parti qui tiendrait des positions très à droite. Si l’offre politique proposée par la CAQ contredit d’autres principes de ces populations, comme de vivre dans une société libérale et multiculturelle, ils s’abstiendront ou voteront pour le PLQ en dépit des affaires. En effet, la CAQ ce n’est pas le PLQ en un peu plus plus nationaliste, c’est surtout un parti conservateur.

Conclusion

Une course électorale, c’est un marathon – comme l’a très bien écrit Claude Castonguay. Sauf que les coureurs ne partent pas au même endroit sur le parcours. Il faut donc se méfier de ce genre d’articles qui nient cette réalité, soit en présentant la situation comme courue d’avance, soit en concevant la course comme relativement ouverte. J’ouvre donc cette rubrique consacrée aux élections provinciales au Québec un peu précocement pour me donner le temps afin de bien analyser ces structures qui régissent le champ politique,  les stratégies qui les infléchissent, puis couvrir les grands et petits tremblements qui menacent de les détruire.