9 livres sur la politique (édition France)

Vous savez qui sont les ministres qui composent le gouvernement ? Vous savez comment sont élus les sénateurs ? Vous avez lu Tocqueville ? C’est déjà mieux que la plupart des étudiants en science politique ! Si vous souhaitez toutefois parfaire votre culture politique, voici 9 livres qui vous aideront à la développer.

1 – Le classique : Le Prince de Machiavel

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Souvent invoqué mais rarement lu, le Prince de Nicolas Machiavel ne se réduit pas en une leçon de cynisme. Si l’adjectif « machiavélique » se rapporte directement à cet ouvrage, il n’empêche que Machiavel demeure un grand théoricien de l’État moderne et un observateur lucide des pratiques politiques. S’il est vrai que ce livre peut être quelque peu suranné pour le lecteur au XXIe siècle, il comporte encore plusieurs constats encore très contemporains.

2 – La boussole : Nouveau manuel de science politique d’Antonin Cohen et Al.

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Manuel de l’étudiant-e en première année de science politique, ce livre collectif est parfait pour savoir un peu tout sur à peu près tout ce qui a trait au politique. D’ailleurs, il y a un glossaire des définitions et un index des thématiques très efficaces. Le Nouveau manuel de science politique est une bonne introduction à la discipline. Pour m’en être servi durant mes études, je vous le conseille vivement.

3 – Pour comprendre la gauche : Les gauches françaises de Jacques Julliard

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Il est difficile de cerner ce que peut être  « gauche », cette notion ayant de multiples sources, évoluant dans le temps et changeant d’acceptation selon le contexte. Le travail entrepris par Jacques Julliard sur les gauches françaises présente très bien les forces en présence, leur construction idéologique, leurs luttes historiques et leurs positions actuelles. C’est un livre à se procurer, qu’importe votre affiliation !

4 – Pour comprendre la droite : Histoire des droites en France de Gilles Richard

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Rares sont les ouvrages qui actualisent le travail de René Rémond (celui qui a conceptualisé l’existence de trois droites historiques en France). Cherchant à préciser cette tripartition, Gilles Richard analyse avec brio les droites depuis 1815 jusqu’à  nos jours. Il observe ainsi de nouvelles divisions, comme celles entre une droite néolibérale et mondialiste face à une droite mercantile et souverainiste. Une fois de plus, lecture recommandée que votre cœur soit à gauche ou à droite.

5 – Pour l’apprenti politicien : Être radical : Manuel pragmatique pour radicaux réalistes de Saul Alinsky

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Véritable classique chez les « strategists » américains, l’ouvrage de Saul Alinsky a désormais une traduction en français ! À la base, il se destinait à donner des outils de résistance aux activistes et aux catégories sociales dominées. Toutefois, il a également influencé les partisans du Tea Party, et plus généralement de l’Alt-Right. Véritable guide de stratégie politique, certains observent même un peu d’Alinsky chez Donald Trump…

6 – Pour briller en société : Le temps présent de Claude Lefort

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Marx ? C’est vieux… Bourdieu ? Éculé… Il vous faut un nouvel auteur pour briller en société ? Essayez Claude Lefort ! Il est un des rares philosophes français de ce début de XXIe siècle dont l’oeuvre a été traduite en anglais.  Spécialiste de Machiavel, de la démocratie et du totalitarisme, Lefort a influencé des générations entières de philosophes et saura assurément impressionné dans vos dîners en ville. Commencez donc en vous procurant son dernier : Le temps présent.

7 – Pour comprendre le monde : L’état du monde de Bertrand Badie et Dominique Vidal

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Pointures des relations internationales, Bertrand Badie et Dominique Vidal décrivent dans leur série L’état du monde ce qui fait l’international. Ce n’est donc pas un ouvrage en tant que telle, mais plusieurs qu’il faut se procurer pour comprendre ce qui fait la marche du monde. L’édition 2018 est intitulée : En quête d’alternative. Si ça ne vous dira pas comment fonctionne sur le Fonds monétaire international (FMI), vous comprendrez pourquoi cette institution existe !

8 – Pour changer le monde : Vers la libération de Herbert Marcuse

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Il y a plus actuel que ce livre daté de 1969, bien plus utopique que celui-ci, voire plus «utile» face aux défis contemporains. Pourtant, Herbert Marcuse fait dans ce le livre quelque chose que j’ai rarement lu chez d’autres : à la fois le constat d’échec de l’utopie révolutionnaire, et son dépassement par une réinterprétation. Ce livre de Marcuse figure dans le classement des livres qui m’ont bouleversé par leur intelligence.

9 – Le livre pour faire débat : De quoi Total est-elle la somme ? d’Alain Deneault

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Cette enquête d’Alain Deneault sur l’entreprise transnationale Totale décrit une autre forme de totalitarisme, celui des corporations qui passent pour être au-dessus de toute loi, contraintes par rien si ce n’est la logique de l’argent-roi. Ce livre choque et révolte, et c’est précisément ça qu’on en attend. Actuel et transcendent, ce livre fait et continuera à faire débat.

Des suggestions de livres ? Écrivez-les dans les commentaires et je reprendrai celles-ci pour un article ultérieur.

Le Capital de Karl Marx fête ses 150 ans

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Le Capital de Karl Marx a été publié il y a 150 ans .

Avec comme sous-titre éloquent : Critique de l’économie politique, Le Capital est l’un des ouvrages majeurs du XIXe siècle et des siècles suivants.

Si on lui doit certains développements conceptuels importants, dont celui de plus-value et d’accumulation du capital, il reste surtout l’une des premières critiques contemporaines du capitalisme comme système socio-économique.

Profitant de la fête, Politisme  vous annonce que nous consacrerons bientôt une série sur Marx et ses successeurs. Petite particularité, nous abandonnerons momentanément le format texte pour la format audio/vidéo.

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Jeux vidéos et politique

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À la fin de cet article, je vous propose un top 3 des meilleurs jeux vidéos politiques. Si vous souhaiter sauter la théorie pour la pratique, rendez-vous ici.

La plupart des chercheurs en sciences cognitives sont d’avis que le jeu vidéo est l’un des meilleurs moyens quant à l’acquisition de connaissances. Mais peut-on politiser par l’intermédiaire du jeu vidéo ?

Cette question pourraient sembler saugrenue pour celles ou ceux qui cultivent cet a priori selon lequel le jeu vidéo est un loisir d’adolescents attardés. Peut-être ces braves gens poursuivront-ils la lecture de cet article par l’exposition de ces faits :

  1. L’expérience vidéo-ludique est un phénomène de divertissement généralisé, puisqu’elle se décline désormais sur la totalité des supports : smartphone, tablette, ordinateur et télévision.
  2. L’industrie du jeu vidéo pèse pour quelques 108,9 milliards ($ US) en 2017.
  3. Le jeu vidéo est d’ores et déjà un outil de formation, notamment par le biais des simulateurs, des logiciels d’apprentissage, mais aussi des « serious games ».
  4. Cette question est un sujet d’études pour les universitaires américains depuis plusieurs décennies.

Pour écrire cet article, je me suis moi-même appuyé sur trois livres : The Civic Potential of Video Games de Joseph Kahne, Ellen Middaugh et Chris Even ; Half-Real. Video Games between Real Rules and Fictional World de Jesper Juul ; Games of Empire. Global Capitalism and Video Games de Nick Dyer-Witheford et Greg de Peuter.

Que disent donc ces éminents spécialistes quant à la politisation par le jeu vidéo ?

Selon Nick Dyer-Witheford et Greg de Peuter, le jeu vidéo suit les mêmes tendances que tous les autres divertissements. En cela, il se départage entre une industrie capitalistique qui en reproduit le modèle, le système et les valeurs (ludocapitalism), un crypto-fascisme  (militainment) et la somme de toutes les dissidences politiques envisageables (digital dissent).

Comme l’écrit fort bien Jesper Juul, si le jeu vidéo est susceptible d’orienter le joueur dans ses choix et dans ses actions politiques, c’est-à-dire de le politiser, il ne va pas nécessairement les déterminer. Il faut donc bien différencier l’influence politique tacite qu’exerce un jeu de la prise de position politique dans le fait de jouer à un jeu.

Tacitement, il est certain que, plus un modèle social et politique est hégémonique, plus les messages qu’il cherche à transposer dans l’univers cognitif du joueur par l’entremise de représentations et de pratiques vidéo-ludiques ont une chance de l’influencer. Par exemple, un jeu comme Sims – où l’acquisition de biens obéit à un échange monétaire en fonction de revenus acquis par le travail – aura tendance à conforter le modèle du salariat auprès du joueur.

La prise de position politique encouragée par le jeu vidéo est probablement plus visible pour les expériences vidéo-ludiques lorsque le jeu vidéo se présente lui-même comme politique. En effet, il y a plus de chance qu’un joueur opte pour un jeu comme Orwell – lequel dénonce la surveillance informatique et les violations étatiques quant à la vie privée – s’il partage  des préoccupations similaires. C’est d’ailleurs à cette conclusion qu’arrivent  Joseph Kahne, Ellen Middaugh et Chris Even : plus l’engagement politique est fort, plus l’expérience vidéo-ludique sera vécue comme politique.

Mais nuançons le propos. Il existe des jeux qui se présentent comme politiques ou non, mais auxquels jouent des joueurs sans adhérer pour autant au message explicite ou implicite qu’ils contiennent. À titre de comparaison, lire Céline ne fait pas forcément du lecteur un antisémite ou le rend – par sa lecture – antisémite. La lecture relève parfois d’un intérêt thématique, de la volonté d’apprendre, de comprendre, de s’évader… Peut-être, tombe-t-il au hasard sur un de ses romans ? Jouer tous les jours à Counter Strike ne fera pas donc pas de vous un militariste en puissance, mais tout simplement un geek du FPS (First Person Shooter). Jesper Juul insiste sur le point suivant : le jeu vidéo crée un espace de socialisations qui n’est pas nécessairement coextensif à celui de la vie réelle.

Il faut donc prendre le potentiel du jeu vidéo à transmettre des messages politiques au même degré que n’importe quel autre medium. Si certains ont relevé que –  par son fonctionnement – il requiert une implication élevée du joueur, il n’accroît pas plus la porosité entre l’ordre du réel et l’ordre du fictionnel. C’est là un préjugé, aussi vrai que le futur est bariolé de couleurs fluo, que tout le monde porte des combinaisons et que l’on y écoute de la techno.

Par contre, on peut faire au jeu vidéo exactement la même critique que Walter Benjamin faisait au cinéma. Selon mon analyse, l’implication du joueur avec son medium ajoute deux effets supplémentaires.

Premièrement, le jeu vidéo contraint à une assimilation rapide de règles et des pratiques, lesquelles opèrent une séparation supplémentaire entre «initiés» et «profanes», constituant en quelque sorte un «capital spécifique» qui s’ajoute au capital culturel. Aussi, le jeu vidéo crée des hiérarchies sociales supplémentaires.

Deuxièmement, se forme une distanciation entre le joueur et le produit originel, dans la mesure où le premier lutte contre le scénario le plus couramment offert, c’est-à-dire contre le game over. Malgré le côté fortement immersif, le jeu vidéo implique un recentrage égoïste qui aura tendance à rendre le joueur cynique.

Ces aspects ont parfois plus d’incidence sur le message politique transmis au joueur que le message en lui-même. Imaginez un jeu où « la-démocratie-c’est-vachement-cool » dont les règles nécessitent un doctorat en économie pour sa prise en main et qui humilie le joueur à chaque interaction. Quels seraient les effets sur le joueur d’après vous ?

J’achève ici ma réflexion pour établir le top 3 de mes jeux politiques préférés :

1.Crusader Kings II

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Développé par Paradox Interactive, ce jeu de stratégie est le plus complet qui soit. Il vous propose d’incarner les membres d’une dynastie médiévale. Que vous choisissez d’incarner un duc normand, un émir fatimide ou un roi païen, il vous faudra avoir des héritiers, commercer, faire la guerre, lutter contre l’hérésie, gérer votre domaine, tempérer vos vassaux, etc. Le meilleur jeu politique d’après-moi car il vous permet d’évoluer dans plusieurs contextes socio-culturels sans perdre l’aspect stratégique.

2.Civilization VI

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Du génial Sid Meier, Civilization VI est le dernier d’une longue série de jeu qui vous permet de créer et de mener jusqu’à la victoire votre civilisation. Cette victoire peut être militaire. diplomatique, scientifique… qu’importe, tant que vous menez votre civilisation jusqu’à la légende !

3.Beholder

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Dans Beholder, vous incarnez le gardien d’un immeuble dans une dictature policière. En plus de répondre aux besoins de votre petite famille, vous êtes contraint d’enquêter sur vos locataires et livrer aux autorités ceux qui sont suspectés d’être des dissidents. Vous pouvez choisir d’être un agent zélé du régime ou un résistant, voire un peu des deux à la fois… Voici un jeu qui interroge la moralité de vos choix.