Québec 2018 #3 – Le moment populiste

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Image de l’événement de Québec Solidaire, appelant à la démission de Gaétan Barrette

Si la campagne électorale est belle et bien lancée avec son lot d’investitures, de grands et de petits coups politiques, le scrutin d’octobre semble encore bien éloigné des préoccupations des Québécoises et des Québécois. Et puis, comme tous les commentateurs répètent que le débat portera sur l’économie, l’enthousiasme pour celui-ci est quelque peu … timoré.

En effet,  ce sont de profondes questions de société qui ont harangué les foules lors des deux derniers scrutins : la Charte des valeurs québécoises en 2014,  le Printemps érable en 2012. Puisque le taux de chômage est bas, les impôts demeurent faibles, reste cette question en suspens : faut-il que l’État se désengage des services publics, ou inversement ?

À cette question, le Parti libéral du Québec (PLQ) semble vouloir s’inspirer de l’ordo-libéralisme ; c’est-à-dire déployer des politiques interventionnistes afin de garantir la libre-concurrence sur le marché intérieur et à préserver l’intérêt local sur le marché extérieur. Par cette doctrine, les services publics sont réduits a minima.

Inversement, le Parti québécois (PQ) souhaite un « État fort », prônant un nationalisme économique qui cherche à sanctuariser le marché intérieur et à conquérir des marchés extérieurs. Il en retourne un souci de maintenir le modèle de l’État-providence qui profite aux seul-e-s Québécoises et Québécois.

Québec solidaire (QS) s’inscrit également dans la perspective développée par le PQ, mais cette formation diverge toutefois dans les moyens comme dans les finalités. En effet, QS ambitionne la création d’un État social qui passerait par une collectivisation des biens publics et une généralisation de l’offre de service public (en d’autres termes, la gratuité).

Quant à la Coalition avenir Québec (CAQ), elle adopte une doctrine inspirée du néoconservatisme car, d’une part, il y a cette volonté de réduire l’imposition des particuliers et des entreprises  et, d’autre part, l’ambition de créer des services publics compétents. Face à cette contradiction évidente, la CAQ propose de réduire à peau de chagrin la bureaucratie pour réinvestir l’argent dans les charges utiles aux missions de service public. Sauf que la CAQ souhaite aussi faire des investissements… Mais cette fois, pour les financer, elle convoque des revenus d’un deus ex-machina : la croissance économique, laquelle aurait forcément le vent en poupe dans ce Québec gagnant dirigé par François Legault.

Nous y voilà….

En soi, les propositions de la CAQ sont bien plus libérales, bien plus à droite, que celles du PLQ puisque la Coalition propose une casse en règle des services publics, leur libéralisation et des investissements supportés par le secteur privé. Sauf que les choses ne sont jamais présentées de la sorte…   Aussi, et dès qu’une question cherche à détailler les mesures de la CAQ selon la doctrine économique, la Coalition avance sa carotte : 1000$ en moins d’impôt ! Et puisque c’est Noël avant l’heure, François Legault offre immédiatement une boule à neige qui – à la manière de ces villes miniatures mises sous un dôme de verre que l’on agite dans les magasins de souvenir – présente un Québec parfait, un Québec de toujours, sans que rien d’extérieur ne puisse l’altérer. Mais lorsque certains ne se contemplent pas dans ce tableau idyllique, la CAQ leur rétorque immédiatement : nous sommes le peuple.

Mais quel peuple ? Ce qui est intriguant dans le populisme de la CAQ, c’est qu’il n’est pas anti-élitaire. Au contraire, il a une vision très hiérarchisée de la société où les élites – pourvu qu’elles soient méritantes – dominent « naturellement » les autres. Non, son populisme est davantage celui qui oppose la périphérie au centre. Autrement dit, Québec, les régions et les banlieues face à la mégalopole : Montréal. Je ne le qualifierai donc pas de xénophobe ou de raciste, bien qu’il entretienne un nationalisme conservateur qui accentue la différence ethnoculturelle, mais ne l’exacerbe qu’utilement.

Le populisme anti-élitaire est davantage utilisé dans cette campagne par QS. Tout comme la CAQ, QS est mal à l’aise lorsqu’il s’agit de présenter son programme économique. Non qu’il veuille se présenter moins à gauche qu’il n’est, mais ses militants se sont peut-être rendus compte que, instruire la population à l’économie sociale, est chose de compliqué durant une campagne. Et puisque ce parti s’imagine comme l’équivalent québécois du Democratic Socialists of America (DSA) de Bernie Sanders ou de la France Insoumise (FI) de Jean-Luc Mélenchon, il s’emploie de plus en plus à opposer les élites à la masse, dans un « dégagisme » inspiré par l’une et l’autre de ces formations.  Dès lors, le site DehorsBarette.com (redirigeant vers l’événement Facebook, lequel invite à une manifestation pour réclamer la démission du ministre de la santé) est en plein cette ligne dégagiste

En comparaison avec d’autres contextes électoraux, ce moment populiste n’est pas prêt à perdre de la vitesse. Bien au contraire, tous les signaux concordent pour qu’il s’accélère, tant dans les échanges qu’en intensité.  Si certains partis pourraient être tentés par une dénonciation de la démagogie, mais il faudrait que la raison ait du cœur là où, justement, le coeur a ses raisons. C’est donc une lutte compliquée et douloureuse qui s’annonce, à moins que ce moment populiste ne fut qu’évanescence.

Ce que ne disent pas les sondages

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Scores très équilibrés quant à la popularité de Politisme sur les internets

Chaque jour, abondent des sondages pour savoir quel parti est susceptible de l’emporter aux prochaines échéances, quelle personnalité politique est la préférée de la population, quelle est la côte de popularité de celles et ceux qui nous gouvernent. Une fois le tableau de l’opinion dressé, on peut se demander si celle-ci est conforme à la réalité.

Dans les démocraties représentatives, ce n’est pas le peuple qui gouverne directement. Des femmes et des hommes politiques impopulaires peuvent le rester durant tout leur mandat sans que les sondages n’y fassent quoi que ce soit. Pis, malgré une impopularité crasse, elles ou ils risquent d’être réélu-e-s. Par ailleurs, nombreuses prédictions jugées sérieuses quant à la méthode employée ou la tendance observée se sont avérées non-fondées.

La scientificité précaire des sondages

Pour comprendre pourquoi les sondages échouent à dresser un portrait fidèle de l’opinion, il faut comprendre la méthode sur laquelle ils se basent.

Généralement, il est dit que les sondages mesurent l’opinion à un moment donné, qu’ils établissent une tendance à plus ou moins long terme, qu’ils prédisent plus ou moins les résultats d’une élection, voire qu’ils l’influencent puisque ces mêmes prédictions orientent les électrices et électeurs dans leurs choix, les politiciennes et politiciens dans leurs positionnements, etc. Si toutes ses assertions se vérifient rapidement par des exemples, elles peuvent être infirmées par d’autres et avec la même célérité. Où est donc la vérité ?

À vrai dire, la vérité importe peu puisqu’un sondage n’a de véracité que celle qu’on veut bien lui prêter. En soi, un sondage n’est pas la réalité du champ politique, pas même un extrait de celle-ci, mais un échantillon plus ou moins représentatif d’individus déterminé en fonction de critère arbritairement fixés . Le choix politique de ces individus est par ailleurs réifié, réduit, parfois discriminé lorsqu’il exprime des opinions trop complexes ou fort marginales, des sentiments ambivalents. Ce nivelement par le bas favorise la quantification de certitudes simples. Autrement dit, les sondages ne sont pas des probabilités qui cherchent à représenter une situation dans sa complexité, mais des pronostics sur des préférences. De plus, tout sondage – et même lorsqu’il est associé avec d’autres – ne peut être qu’une tendance faussée puisque sa temporalité n’est pas déterminée sur des critères scientifiques, mais provient des demandes de clients et de la proportion des prestataires à répondre à celles-ci.

Évidemment, il existe des enquêtes d’opinion qui reflètent plus fidèlement les disparités du champ politique, la pluralité des opinions, lesquelles sont menées sur un espace et une temporalité déterminés scientifiquement. Un sondage peut donc être bien fait, très bien fait, et ma critique ne vise aucunement la méthode quantitative, mais l’industrie du sondage qui travestit la scientificité avec une pseudo-science servant à ses intérêts premiers.

Le marché de l’opinion

Si le sondage ne décrit pas une réalité, il transmet un message : l’opinion est un marché concurrentiel sur lequel il est nécessaire d’investir pour exister.

Un marché concurrentiel puisque les formations ou les personnalités politiques se partagent des parts d’opinion en rivalisant les unes envers les autres. Ce qui est déjà là un point de vue très problématique puisque le sondage présente l’électorat comme une masse informe qui se contracte, qui convulse ou se montre volatile à la réaction du moinde fait, dont la politisation est nécessairement partisane, les partis eux-mêmes s’articulant sous la figure du chef ou de quelques personnalités «nationales». Les individus, les idéologies et les tendances – stéréotypées à l’extrême – ne sont finalement que des marques.

Et puisqu’il s’agit de marques, les entreprises proposent à leurs clients les mêmes instruments de branding que dans le monde de l’entreprise (j’y consacrerai prochainement un article). Et puis, il y a cette rivalité instrumentalisée. Si nul ne conteste son existence, tout conflit ne réduit pas à la confrontation à mort. À tel point que les sondages nous font croire que le travail politique est celui de quelques uns, minimisant les coopérations effectives qui font – par exemple – qu’une loi appelle souvent au travail de l’opposition et à une légion d’acteurs non-politiques.

L’idée sous-tendu par le marché de l’opinion que régulent les entreprises de sondages est que, tous les acteurs, s’ils veulent participer à l’opinion, doivent investir sur le marché. Investir sur le marché permet à un journal qui commande un sondage de proposer à ses lecteurs un spectacle politique sous forme de pronostics (similaire en cela aux courses hippiques), qui va faire de lui le producteur momentané et exclusif d’une information sur laquelle il compte capitaliser. De même, un parti politique paye un sondage pour exister sur le marché de l’opinion, sans quoi il se peut que sa marque disparaisse du débat public. On parlera ainsi du «parti X», de «monsieur Y», de «madame Z», le temps de commenter leurs résultats.

Les logiques économiques ont donc remplacé la prétention démocratique de l’industrie de représenter le panorama de la volonté populaire. Résultat, les sondages que vous observez ne proviennent plus ou que trop rarement d’instituts scientifiques, mais bien d’entreprises dont les bénéfices avoisinent des dizaines de millions de dollars/d’euros par an.

Des erreurs lucratives

Malgré la bonne santé économique de cette industrie, il lui arrive de commettre des erreurs. Ces erreurs tiennent au peu de scientificité déjà rapporté, mais pas seulement : les sondages ont acquis un rôle social du fait de leur généralisation. Pour reprendre la métaphore hippique, ils permettent de coter des formations politiques, des personnalités et/ou leurs actions. Évidemment, ces cotes sont un indice instable, mais sur lequel les acteurs parient.

D’autres variables plus stables permettraient d’amoindrir les risques, puisqu’il suffirait d’étudier les structures partisanes, la politisation des sympathisants et des militants, les représentations individuelles et collectives, les dynamiques locales, etc., pour corriger les écueils sondagiers. Sauf qu’il existe des raisons structurelles qui écartent ce genre d’analyse.

La première raison structurelle tient à la monopolisation du marché de l’opinion par l’industrie. Une monopolisation facilitée par les sommes colossales engendrées par ces compagnies. Logiquement, elles ne veulent pas que leur modèle économique soit concurrencé par d’autres.

La deuxième raison est liée à la conservation et la reproduction des positions dominantes dans le champ politique. En effet, parmi les critiques les plus virulentes des sondages, il y a des formations politiques qui sont loin d’être marginales politiquement puisqu’elles ont des élu-e-s et des finances prospères. Ce qui leur permettent d’apparaître dans ces sondages et, parfois même, être commanditaires de certains d’entre eux.

La troisième raison est la conséquence de la division du travail politique. Dans les cabinets, il y a cette tendance lourde à vouloir remplacer le ou la stratège avec un profil recherche par le ou la communicant-e avec un profil marketing. La même tendance s’observe dans la professionnalisation des fonctions partisanes ou associatives. Dans ce cas, il est difficile d’avoir d’autres analyses de la situation si on vire les seul-e-s qui pouvaient en fournir.

La quatrième raison se base sur l’efficacité supposée des sondages. Car le temps politique se réduit, l’action publique se limite et la communication prend des formats lapidaires pour rester aux normes des médias dominants, le sondage est jugé comme la ressource idéale puisque il est chiffré, court et imagé. Il fait donc office d’argument savant, sans cette science longue et complexe, qu’il faut en plus comprendre avec de l’expliquer.

La cinquième raison est sensiblement la même que la troisième, mais cette fois-ci se déplace dans les champs adjacents au politique que sont les champs médiatiques et académiques. En effet, les médias se composent de plus en plus de journalistes-éditeurs, lesquels produisent de moins en moins du contenus longs. Les entreprise de sondages – qui offrent leur expertise moyennant (peu de) finances – pallient à cette situation. L’académisme amorce, quant à lui, son tournant quantitatif dans le domaine des sciences sociales, achète sa mathématisation en économie et, s’il existe une fois de plus des scientifiques sérieux, reprendre les chiffres fournis par les entreprises de sondage va tout de même plus vite que de récolter, vérifier et contre-balancer les données soi-même. C’est là une conséquence du «publish or perish» .

Conclusion

Ce que ne disent pas les sondages, c’est comment se structure la société politique. Certes, les analyses structurelles échouent à prédire le résultat des élections. Il en va de même pour ces méthodes excessivement complexes qui allient les faits objectifs aux subjectivités individuelles. Puisque toutes les approches méthodologies parviennent que difficilement à décrire les phénomènes existants, les phénomènes futurs se hasardent souvent à des exercices de politique fiction.

9 livres sur la politique (édition France)

Vous savez qui sont les ministres qui composent le gouvernement ? Vous savez comment sont élus les sénateurs ? Vous avez lu Tocqueville ? C’est déjà mieux que la plupart des étudiants en science politique ! Si vous souhaitez toutefois parfaire votre culture politique, voici 9 livres qui vous aideront à la développer.

1 – Le classique : Le Prince de Machiavel

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Souvent invoqué mais rarement lu, le Prince de Nicolas Machiavel ne se réduit pas en une leçon de cynisme. Si l’adjectif « machiavélique » se rapporte directement à cet ouvrage, il n’empêche que Machiavel demeure un grand théoricien de l’État moderne et un observateur lucide des pratiques politiques. S’il est vrai que ce livre peut être quelque peu suranné pour le lecteur au XXIe siècle, il comporte encore plusieurs constats encore très contemporains.

2 – La boussole : Nouveau manuel de science politique d’Antonin Cohen et Al.

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Manuel de l’étudiant-e en première année de science politique, ce livre collectif est parfait pour savoir un peu tout sur à peu près tout ce qui a trait au politique. D’ailleurs, il y a un glossaire des définitions et un index des thématiques très efficaces. Le Nouveau manuel de science politique est une bonne introduction à la discipline. Pour m’en être servi durant mes études, je vous le conseille vivement.

3 – Pour comprendre la gauche : Les gauches françaises de Jacques Julliard

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Il est difficile de cerner ce que peut être  « gauche », cette notion ayant de multiples sources, évoluant dans le temps et changeant d’acceptation selon le contexte. Le travail entrepris par Jacques Julliard sur les gauches françaises présente très bien les forces en présence, leur construction idéologique, leurs luttes historiques et leurs positions actuelles. C’est un livre à se procurer, qu’importe votre affiliation !

4 – Pour comprendre la droite : Histoire des droites en France de Gilles Richard

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Rares sont les ouvrages qui actualisent le travail de René Rémond (celui qui a conceptualisé l’existence de trois droites historiques en France). Cherchant à préciser cette tripartition, Gilles Richard analyse avec brio les droites depuis 1815 jusqu’à  nos jours. Il observe ainsi de nouvelles divisions, comme celles entre une droite néolibérale et mondialiste face à une droite mercantile et souverainiste. Une fois de plus, lecture recommandée que votre cœur soit à gauche ou à droite.

5 – Pour l’apprenti politicien : Être radical : Manuel pragmatique pour radicaux réalistes de Saul Alinsky

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Véritable classique chez les « strategists » américains, l’ouvrage de Saul Alinsky a désormais une traduction en français ! À la base, il se destinait à donner des outils de résistance aux activistes et aux catégories sociales dominées. Toutefois, il a également influencé les partisans du Tea Party, et plus généralement de l’Alt-Right. Véritable guide de stratégie politique, certains observent même un peu d’Alinsky chez Donald Trump…

6 – Pour briller en société : Le temps présent de Claude Lefort

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Marx ? C’est vieux… Bourdieu ? Éculé… Il vous faut un nouvel auteur pour briller en société ? Essayez Claude Lefort ! Il est un des rares philosophes français de ce début de XXIe siècle dont l’oeuvre a été traduite en anglais.  Spécialiste de Machiavel, de la démocratie et du totalitarisme, Lefort a influencé des générations entières de philosophes et saura assurément impressionné dans vos dîners en ville. Commencez donc en vous procurant son dernier : Le temps présent.

7 – Pour comprendre le monde : L’état du monde de Bertrand Badie et Dominique Vidal

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Pointures des relations internationales, Bertrand Badie et Dominique Vidal décrivent dans leur série L’état du monde ce qui fait l’international. Ce n’est donc pas un ouvrage en tant que telle, mais plusieurs qu’il faut se procurer pour comprendre ce qui fait la marche du monde. L’édition 2018 est intitulée : En quête d’alternative. Si ça ne vous dira pas comment fonctionne sur le Fonds monétaire international (FMI), vous comprendrez pourquoi cette institution existe !

8 – Pour changer le monde : Vers la libération de Herbert Marcuse

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Il y a plus actuel que ce livre daté de 1969, bien plus utopique que celui-ci, voire plus «utile» face aux défis contemporains. Pourtant, Herbert Marcuse fait dans ce le livre quelque chose que j’ai rarement lu chez d’autres : à la fois le constat d’échec de l’utopie révolutionnaire, et son dépassement par une réinterprétation. Ce livre de Marcuse figure dans le classement des livres qui m’ont bouleversé par leur intelligence.

9 – Le livre pour faire débat : De quoi Total est-elle la somme ? d’Alain Deneault

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Cette enquête d’Alain Deneault sur l’entreprise transnationale Totale décrit une autre forme de totalitarisme, celui des corporations qui passent pour être au-dessus de toute loi, contraintes par rien si ce n’est la logique de l’argent-roi. Ce livre choque et révolte, et c’est précisément ça qu’on en attend. Actuel et transcendent, ce livre fait et continuera à faire débat.

Des suggestions de livres ? Écrivez-les dans les commentaires et je reprendrai celles-ci pour un article ultérieur.

Le Capital de Karl Marx fête ses 150 ans

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Le Capital de Karl Marx a été publié il y a 150 ans .

Avec comme sous-titre éloquent : Critique de l’économie politique, Le Capital est l’un des ouvrages majeurs du XIXe siècle et des siècles suivants.

Si on lui doit certains développements conceptuels importants, dont celui de plus-value et d’accumulation du capital, il reste surtout l’une des premières critiques contemporaines du capitalisme comme système socio-économique.

Profitant de la fête, Politisme  vous annonce que nous consacrerons bientôt une série sur Marx et ses successeurs. Petite particularité, nous abandonnerons momentanément le format texte pour la format audio/vidéo.

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Jeux vidéos et politique

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À la fin de cet article, je vous propose un top 3 des meilleurs jeux vidéos politiques. Si vous souhaiter sauter la théorie pour la pratique, rendez-vous ici.

La plupart des chercheurs en sciences cognitives sont d’avis que le jeu vidéo est l’un des meilleurs moyens quant à l’acquisition de connaissances. Mais peut-on politiser par l’intermédiaire du jeu vidéo ?

Cette question pourraient sembler saugrenue pour celles ou ceux qui cultivent cet a priori selon lequel le jeu vidéo est un loisir d’adolescents attardés. Peut-être ces braves gens poursuivront-ils la lecture de cet article par l’exposition de ces faits :

  1. L’expérience vidéo-ludique est un phénomène de divertissement généralisé, puisqu’elle se décline désormais sur la totalité des supports : smartphone, tablette, ordinateur et télévision.
  2. L’industrie du jeu vidéo pèse pour quelques 108,9 milliards ($ US) en 2017.
  3. Le jeu vidéo est d’ores et déjà un outil de formation, notamment par le biais des simulateurs, des logiciels d’apprentissage, mais aussi des « serious games ».
  4. Cette question est un sujet d’études pour les universitaires américains depuis plusieurs décennies.

Pour écrire cet article, je me suis moi-même appuyé sur trois livres : The Civic Potential of Video Games de Joseph Kahne, Ellen Middaugh et Chris Even ; Half-Real. Video Games between Real Rules and Fictional World de Jesper Juul ; Games of Empire. Global Capitalism and Video Games de Nick Dyer-Witheford et Greg de Peuter.

Que disent donc ces éminents spécialistes quant à la politisation par le jeu vidéo ?

Selon Nick Dyer-Witheford et Greg de Peuter, le jeu vidéo suit les mêmes tendances que tous les autres divertissements. En cela, il se départage entre une industrie capitalistique qui en reproduit le modèle, le système et les valeurs (ludocapitalism), un crypto-fascisme  (militainment) et la somme de toutes les dissidences politiques envisageables (digital dissent).

Comme l’écrit fort bien Jesper Juul, si le jeu vidéo est susceptible d’orienter le joueur dans ses choix et dans ses actions politiques, c’est-à-dire de le politiser, il ne va pas nécessairement les déterminer. Il faut donc bien différencier l’influence politique tacite qu’exerce un jeu de la prise de position politique dans le fait de jouer à un jeu.

Tacitement, il est certain que, plus un modèle social et politique est hégémonique, plus les messages qu’il cherche à transposer dans l’univers cognitif du joueur par l’entremise de représentations et de pratiques vidéo-ludiques ont une chance de l’influencer. Par exemple, un jeu comme Sims – où l’acquisition de biens obéit à un échange monétaire en fonction de revenus acquis par le travail – aura tendance à conforter le modèle du salariat auprès du joueur.

La prise de position politique encouragée par le jeu vidéo est probablement plus visible pour les expériences vidéo-ludiques lorsque le jeu vidéo se présente lui-même comme politique. En effet, il y a plus de chance qu’un joueur opte pour un jeu comme Orwell – lequel dénonce la surveillance informatique et les violations étatiques quant à la vie privée – s’il partage  des préoccupations similaires. C’est d’ailleurs à cette conclusion qu’arrivent  Joseph Kahne, Ellen Middaugh et Chris Even : plus l’engagement politique est fort, plus l’expérience vidéo-ludique sera vécue comme politique.

Mais nuançons le propos. Il existe des jeux qui se présentent comme politiques ou non, mais auxquels jouent des joueurs sans adhérer pour autant au message explicite ou implicite qu’ils contiennent. À titre de comparaison, lire Céline ne fait pas forcément du lecteur un antisémite ou le rend – par sa lecture – antisémite. La lecture relève parfois d’un intérêt thématique, de la volonté d’apprendre, de comprendre, de s’évader… Peut-être, tombe-t-il au hasard sur un de ses romans ? Jouer tous les jours à Counter Strike ne fera pas donc pas de vous un militariste en puissance, mais tout simplement un geek du FPS (First Person Shooter). Jesper Juul insiste sur le point suivant : le jeu vidéo crée un espace de socialisations qui n’est pas nécessairement coextensif à celui de la vie réelle.

Il faut donc prendre le potentiel du jeu vidéo à transmettre des messages politiques au même degré que n’importe quel autre medium. Si certains ont relevé que –  par son fonctionnement – il requiert une implication élevée du joueur, il n’accroît pas plus la porosité entre l’ordre du réel et l’ordre du fictionnel. C’est là un préjugé, aussi vrai que le futur est bariolé de couleurs fluo, que tout le monde porte des combinaisons et que l’on y écoute de la techno.

Par contre, on peut faire au jeu vidéo exactement la même critique que Walter Benjamin faisait au cinéma. Selon mon analyse, l’implication du joueur avec son medium ajoute deux effets supplémentaires.

Premièrement, le jeu vidéo contraint à une assimilation rapide de règles et des pratiques, lesquelles opèrent une séparation supplémentaire entre «initiés» et «profanes», constituant en quelque sorte un «capital spécifique» qui s’ajoute au capital culturel. Aussi, le jeu vidéo crée des hiérarchies sociales supplémentaires.

Deuxièmement, se forme une distanciation entre le joueur et le produit originel, dans la mesure où le premier lutte contre le scénario le plus couramment offert, c’est-à-dire contre le game over. Malgré le côté fortement immersif, le jeu vidéo implique un recentrage égoïste qui aura tendance à rendre le joueur cynique.

Ces aspects ont parfois plus d’incidence sur le message politique transmis au joueur que le message en lui-même. Imaginez un jeu où « la-démocratie-c’est-vachement-cool » dont les règles nécessitent un doctorat en économie pour sa prise en main et qui humilie le joueur à chaque interaction. Quels seraient les effets sur le joueur d’après vous ?

J’achève ici ma réflexion pour établir le top 3 de mes jeux politiques préférés :

1.Crusader Kings II

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Développé par Paradox Interactive, ce jeu de stratégie est le plus complet qui soit. Il vous propose d’incarner les membres d’une dynastie médiévale. Que vous choisissez d’incarner un duc normand, un émir fatimide ou un roi païen, il vous faudra avoir des héritiers, commercer, faire la guerre, lutter contre l’hérésie, gérer votre domaine, tempérer vos vassaux, etc. Le meilleur jeu politique d’après-moi car il vous permet d’évoluer dans plusieurs contextes socio-culturels sans perdre l’aspect stratégique.

2.Civilization VI

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Du génial Sid Meier, Civilization VI est le dernier d’une longue série de jeu qui vous permet de créer et de mener jusqu’à la victoire votre civilisation. Cette victoire peut être militaire. diplomatique, scientifique… qu’importe, tant que vous menez votre civilisation jusqu’à la légende !

3.Beholder

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Dans Beholder, vous incarnez le gardien d’un immeuble dans une dictature policière. En plus de répondre aux besoins de votre petite famille, vous êtes contraint d’enquêter sur vos locataires et livrer aux autorités ceux qui sont suspectés d’être des dissidents. Vous pouvez choisir d’être un agent zélé du régime ou un résistant, voire un peu des deux à la fois… Voici un jeu qui interroge la moralité de vos choix.