Le nationalisme ethnique de la CAQ

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Image de propagande de la CAQ

La polémique a débuté il y a une semaine quand le quotidien Montreal Gazette rapportait les propos du ministre des finances Carlos Leitão, prononcés devant un parterre de représentants anglophones :

« (…) the kind of nationalism the CAQ proposes is, in my opinion, an ethnic based nationalism. I’m not afraid of the words. This is what it is. They view the French majority as being under attack from all those foreigners out there.”

Montreal Gazette, 14 mars 2018

François Legault s’en est offusqué, percevant dans l’opinion du ministre une accusation de racisme. Car le Parti libéral du Québec (PLQ) s’emploie depuis plusieurs mois à présenter la Coalition avenir Québec (CAQ), lui prêtant des accointances avec les populismes d’extrême-droite, ce devait en effet l’intention de Carlos Leitão.

Mais sans ces sous-entendus, la CAQ sombre-t-elle dans un nationalisme ethnique ?

Évidemment, plusieurs intellectuels de renom tels que Jacques Beauchemin et Lucien Bouchard sont intervenus afin de disculper la CAQ de tout nationalisme ethnique. Non par sympathie pour la CAQ ou – inversement – par antipathie pour le PLQ, mais parce qu’avouer le contraire les contraindrait à un exercice pénible de réflexivité. En effet, ces intellectuels devraient affirmer leurs propres accointances nationalistes, ce qui deviendrait scientifiquement délicat puisqu’ils deviendraient juges et parties.

En débutant l’exercice, il faut reconnaître que le nationalisme québécois – comme la plupart des nationalismes – contient des éléments ethniques qui le définissent ; à l’instar de la langue, de la culture et des mœurs québécois. «Ethnique» n’est pas nécessairement synonyme de «raciste» puisque l’ethnicité peut accepter des substrats multiples, être inclusive, être plurielle. Pareillement, le nationalisme québécois comme bon nombre de nationalismes intègre des éléments dits «civiques» – tels que le modèle social ou le cadre démocratique – qui concourent à le définir. De même que l’ethnicité, les éléments civiques du nationalisme peuvent être – selon les acteurs qui les mobilisent – pluralistes ou, inversement, monistes. C’est pourquoi,  il existe au sein du nationalisme québécois des conflits interprétatifs pour circonscrire les éléments d’importance, mais aussi également pour faire prévaloir des définitions plutôt que d’autres. Dès lors, il serait plus exact de parler des nationalismes québécois plutôt que d’un nationalisme québécois.

Parmi ces nationalismes, il  y a celui de la CAQ. Les discours, les propositions, les positions, les réactions des élus et des militants m’amènent à croire que ce parti défend un nationalisme conservateur basé sur des éléments ethniques, lesquels ont bien souvent un substrat unique, une définition exclusive et n’acceptent que peu d’allégeance multiple. Autrement dit, lorsque la CAQ proclame qu’il faille adhérer aux «valeurs québécoises», il ne s’agit de valeurs universalistes qui – par contingence ou par adhésion volontaire – se retrouveraient là, au Québec. Non, il s’agit bien de valeurs québécoises, héritières de l’ordre moral catholique, fondées sur des représentations nord-américaines de la société et nourries par une pensée de droite. C’est ce que dit en substance François Legault, différenciant les valeurs de la Charte des valeurs sur lesquelles il faudrait mettre l’emphase :

Nous, ce qu’on dit, c’est que plutôt que d’avoir une signature pour adhérer à des valeurs qui sont essentiellement les valeurs de la Charte québécoise des droits et libertés, nous on voudrait mettre un petit peu plus d’emphase en mettant un test pour s’assurer qu’on envoie un message clair. C’est un message qu’on envoie avec le test des valeurs de dire aux gens : apprenez les valeurs, connaissez-les, sachez bien dans quoi vous vous embarquez quand vous venez au Québec.

Radio-Canada. 21 mars 2018.

Remarquons que le propos ci-dessus reste équivoque, ne spécifiant jamais lesdites «valeurs».  Si je pense pas que la CAQ soit raciste, c’est justement cette propension à l’équivoque qui fait parfois douter de son discours, de ses intentions. Ainsi, le meilleur moyen pour la CAQ de ne plus être accuser de racisme, ce serait peut-être lutter activement contre toutes les formes de discriminations ; non de chercher éternellement à se disculper d’être raciste.

Peut-on critiquer Israël ?

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Pascal Boniface vient de faire paraître aux éditions Max Milo son dernier livre, intitulé : Antisémite, dans lequel il cherche à décortiquer les rouages amenant à l’opprobre publique : l’accusation d’antisémitisme qui viserait celles et ceux qui seraient trop critiques à l’égard d’Israël. N’ayant pas lu cet ouvrage, mon article ne saurait être une réponse au livre de Boniface. Tout juste, il reprend la question initiale posée par le directeur de l’IRIS : peut-on critiquer Israël sans être taxé d’antisémitisme ?

Quelle(s) critique(s) ?

Si l’on pourrait être tenté de répondre d’emblée « oui » en prétextant que la liberté d’expression et le pluralisme des opinions nous en donnent le droit, ce genre d’arguments confortent toutes autres paroles, toutes formes d’idéologies qui pourtant s’opposent à la cause palestinienne, mais plus encore au vivre-ensemble puisque discriminatoires, liberticides, haineuses. La liberté d’expression a pour limites la liberté des autres, leur intégrité physique et morale.

Puisque que toutes les critiques ne se valent pas, il faut donc ainsi distinguer plusieurs catégories critiques. Dans une tentative d’être suffisamment exhaustif, en voici cinq :

  1. Les critiques historiques interrogent les causes et les circonstances historiques qui ont œuvré à la création de l’État d’Israël.
  2. Les critiques juridiques reviennent sur la légitimité intrinsèque du mouvement sioniste et/ou de la communauté internationale à fonder/à reconnaître un État.
  3. Les critiques théologiques remettent en cause le rapport entre l’État d’Israël et le judaïsme. Notons toutefois que ces critiques prennent des angles différents selon la confession : les critiques chrétiennes et musulmans contestant la légitimité du peuple juif sur la Terre sainte puisque le judaïsme ne serait pas la religion «véritable» ; tandis que les critiques juives estiment que l’État moderne est soit une perversion laïque puisque dirigée selon une loi autre que la Torah, soit une ineptie puisque seul Dieu peut décider du retour en Terre promise.
  4. Les critiques politiques visent les politiques structurelles et/ou conjoncturelles de l’État hébreu. Parmi ces critiques, je distingue sept grandes sous-catégories :
    • Les critiques de gauche relèvent le capitalisme/libéralisme de l’État israélien.
    • Les critiques de droites critiquent les éléments de collectivisme hérités du sionisme.
    • Les critiques post-nationales indexent le nationalisme de la société israélienne.
    • Les critiques nationalistes (palestinienne et/ou minoritaires) établissent la primauté de la nation palestinienne sur la nation israélienne.
    • Les critiques anticolonialistes visent le colonialisme sous-jacent au projet sioniste.
    • Les critiques différentialistes mettent en exergue la «faiblesse identitaire» ou le «cosmopolitisme» d’Israël puisque sa société est binationale, sa démocratie permet l’expression des arabes israéliens, etc.
    • Les critiques antimondialistes indexent les solidarités effectives entre Israël et les communautés juives de diaspora.
  5. Les critiques philosophiques qui, à l’inverse des critiques théologiques, postulent de la religiosité excessive d’Israël puisque – de sa justification comme État des Juifs jusque dans ses symboles, dans son droit ou dans ses structures sociales et politiques – cet État a une dimension religieuse.

En soi, toutes ces critiques sont recevables car elles émanent d’une problématique, mais faut-il comprendre par quoi elles sont motivées et qui les tient.

Qui et pourquoi critique-t-on Israël ?

Dans un conflit excessivement clivant comme celui qui oppose Israël à la Palestine, on peut s’attendre à des critiques subjectives et partiales. Forcément, lorsque celles-ci sont tenues par des individus qui se déclarent membre d’une groupe aux accointances ou à l’antisémitisme déclaré, on arrive vite à la conclusion de cet article : toute critique d’Israël n’est pas nécessairement une bonne critique et certaines d’entre elles sont motivées par de l’antisémitisme, parfois assumé, parfois latent.

Mais qu’est-ce qu’une bonne critique ? Une bonne critique n’est pas utilement objective et impartiale, tout comme une mauvaise critique n’est pas nécessairement subjective et partiale. Non, une bonne critique d’Israël – ou cet article par ailleurs – est celle qui s’affère à discerner un problème en vue d’un dénouement qui ne lèse aucune des parties en présence. Autrement dit, une bonne critique participe à l’entendement. Pour ce faire, elle ne peut pas reposer sur des prédicats du mal et du bien, du juste et l’injuste, puisque ces mêmes prédicats opposent des réalités contestables et concurrentes. En d’autres termes, une critique qui affirme : «vous êtes le mal et je suis le bien», est totalement stérile et bien souvent contre-indiquée car elle exacerbe les tensions. Ces critiques – lorsqu’elles se concentrent sur Israël – sont généralement motivées par une cause, fusse-t-elle celle de la Palestine.

Parce que oui, bien souvent le soutien à la Palestine est bien souvent un prétexte à autre chose. Israël est devenue pour le point de cristallisation de toutes les luttes, incarnant selon les individus : l’Occident, la démocratie, le nationalisme, le militarisme, le colonialisme, l’oppression, la domination, la mondialisation, l’impérialisme, la religion, l’étranger, l’apartheid, etc. Et même en faisant d’Israël le bouc-émissaire de tous malheurs du monde puisque tous les substantifs cités précédemment connaissent leur point d’orgue dans des contextes qui, bien souvent, désintéressent totalement ceux mêmes qui critiquent Israël, je continue à croire que cette motivation n’est pas antisémite. Elle est à la congruence de plusieurs facteurs, dont la durée du conflit, la géopolitique de celui-ci, le nombre impressionnant d’acteurs qui y prennent part, la couverture médiatique intense, etc., mais ne reflète pas une haine – même infime – du juif.

De même, soutenir la Palestine n’a rien d’antisémite. L’antisémitisme dans la critique d’Israël réside lorsque sa motivation est de nier, de contredire ou de relativiser au peuple juif son droit d’être et de subsister en terre d’Israël. Je ne dis pas qu’une critique de la légitimité de l’État d’Israël soit antisémite, pas plus qu’une critique de son gouvernement, de la société israélienne, du sionisme dans la théorie ou dans la pratique. On peut même envisager des critiques de la religion juive, mais celle de l’intentionnalité du judaïsme qui est celle de l’existence d’un peuple récipiendaire de traditions dans le contexte de la terre d’Israël revient à nier son droit d’être juif.

Conclusion :

Le débat public en France – mais j’ai l’intuition qu’on peut généraliser ce propos à d’autres contextes – n’en est pas un. Il est une polémique, souvent entretenue entre deux visions du monde stéréotypées, souvent simplifiées à l’extrême pour faciliter le travail des médias, rendues irréconciliables pour les impératifs du spectacle. Dans ce contexte délétère, la critique d’Israël est souvent simple, simpliste et donc forcément blessant. J’en tiens ces raccourcis intellectuels qui comparent Israël à l’Allemagne nazi ou au régime d’apartheid en Afrique du Sud. En réponse à celle-ci, les figures publiques et les instances du judaïsme français – et c’est pareil au Québec, là où je réside – reproduisent les mêmes procédés en réduisant bien souvent les critiques justifiées à de l’antisémitisme.

Pourtant, ces critiques émanent parfois de Juifs, voire mieux : de Juifs israéliens qui ont servi sous les drapeaux. S’ils ne sont pas accusés de «haine de soi», l’insulte qui revient le plus souvent dans la bouche des soutiens déclarés du Likoud – voire autres partis classés à l’extrême-droite – est celle de «gauchisme». Car, voilà, autant certains instrumentalisent la cause palestinienne et stigmatisent Israël pour leur propre intérêt, autant d’autres font de la défense irraisonnée d’Israël celle de leur idéologie politique. C’est donc une bataille de partisans qui s’engage, aux dépends des Israéliens et des Palestiniens dont les sociétés pourraient être perfectibles si l’intelligence collective le souhaitait.

Où en est la gauche québécoise?

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Affiche électorale de Fred Rose, ancien député (fédéral) communiste élu au Québec 

Si l’on en croit les différents sondages, Québec solidaire (QS) – formation chevillée à gauche sur l’échiquier politique provincial – se porterait plutôt bien, affichant entre 12 à 14 % d’intentions de voix. Certes, pas de quoi obtenir le pouvoir aux prochaines élections à l’automne 2018, mais cette bonne santé sondagière laisse entrevoir la possibilité pour cette formation d’obtenir plus de député(e)s qu’à présent et, donc, peser sur les rapports de force. Mais réduire la gauche à QS serait, quelque part, laisser à cette formation souverainiste le monopole d’idéaux dont elle n’est pas l’unique dépositaire.

Petit tour d’horizon de la gauche québécoise.

Québec solidaire, héritier de la social-démocratie

Si vous êtes parmi les lecteurs et les lectrices assidu(e)s de Politisme, vous devez connaître ma thèse voulant que le clivage souverainisme/fédéralisme tend à s’amoindrir au profit d’un clivage plus classique : le clivage gauche/droite (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018).

Ce truchement opère une repositionnement des partis politiques : tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) s’agrippe au centre, le Parti québécois (PQ) glisse à droite et la Coalition avenir Québec (CAQ) s’assume de plus en plus comme le parti conservateur à l’échelon provincial.

Il existe donc un espace béant laissé à gauche de l’échiquier politique, guère menacé par les positions controversées de Jean-François Lisée quant aux questions identitaires et nationales et par le néolibéralisme assumé de Philippe Couillard en matière économique. Le succès actuel de QS tient donc plus de la désertion du PQ et du PLQ pour ce qui faisait la social-démocratie québécoise, plus que d’un renouvellement des idées de gauche ou d’une conviction nouvelle de l’électorat pour celles-ci.

D’ailleurs, QS – par sa fusion avec la très indépendantiste Option nationale (ON) – est de plus en plus l’héritier de cette ligne social-démocrate et souverainiste qu’était celle du PQ. Certes, il insiste sur d’autres enjeux comme la lutte contre le racisme systémique, la reconnaissance des LGBT+, l’émancipation des nations autochtones, la perspective écologiste, etc., mais ceux-ci préexistaient au sein du PQ.

Vers une gauche fédéraliste ?

La fusion avec ON aura peut-être pour conséquence d’additionner les efforts militants de ces deux formations, mais aussi – et surtout – de positionner encore plus nettement QS comme un parti souverainiste. Or, celles et ceux qui n’adhèrent pas en l’idée d’une indépendance du Québec mais qui se satisfaisaient de la modération de QS sur la question nationale avant la fusion,  reconsidéreront peut-être leur soutien.

Dans le champ politique québécois, il existe en effet un vide partisan : celui de la gauche fédéraliste. Ce vide s’explique pour des raisons historiques qui tiennent de la structuration du mouvement social au Québec, mais aussi pour des raisons idéologiques. En effet, la gauche québécoise n’est pas (ou à de rares exceptions, à l’instar de groupuscules qui gravitent à son extrême) internationaliste. Aussi, elle est circonspecte sur le principe de fédération, associé au nationalisme concurrent : le nationalisme canadien.

Il existe toutefois une exception : le Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPDQ). Faisant un retour quelque peu timoré sur la scène provincial, le NPDQ n’avait pas présenté de candidats en 2014, ni aux (trop) nombreuses élections partielles depuis cette date. Il aura fallu attendre 2017 pour que le NPDQ présente Denis Blanchette à  Louis-Hébert. Le «grand» retour a toutefois été gâché, vu le score plus qu’anecdotique du candidat avec 1,35% des suffrages.

D’ailleurs, la course à la chefferie de cette formation ne semble pas créer d’enthousiasme, laissant donc les potentiels électeurs d’un parti de gauche fédéraliste sur leur faim. Il y a donc quelque chose qui grippe…

Quelle gauche au Québec ?

Peut-être ce qui grippe réside dans le manque patent de proposition de la gauche fédéraliste. Non pas qu’elle soit illégitime sur la scène provinciale, mais peut-être que son positionnement ne suffit plus pour faire la différence. Autrement dit, il faut trouver d’autres aspirations que mimer le Nouveau Parti Démocrate (NPD) fédéral en contexte québécois. Plus généralement, c’est ce défaut doctrinal qui fait en sorte que l’échiquier politique, malgré des décennies de social-démocratie latente, glisse de plus en plus à droite.

Pourtant, il existerait bien des pistes pour que la gauche québécoise se renouvelle. Comme toutes les gauches démocratiques, elle est confrontée à trois catégories d’enjeux : la première est «prolétarienne», c’est-à-dire les enjeux relatifs au sort des travailleur et travailleuses, et à la pérennité du modèle sociale ; la seconde est identitaire, focalisée sur le désir d’émancipation de la société en son ensemble et la reconnaissance de certaines de ses couches ; la troisième est idéologique, dans une redéfinition constante face aux évolutions environnementales et technologiques.

Si QS incarne parfaitement la deuxième catégorie d’enjeux, il tarde à développer une ligne idéologique pour les deux autres. On assiste davantage à une recontextualisation des propositions émises par le NPD ou par l’organisation Democratic Socialists of America (DSA) – galvanisée par sa proximité avec Bernie Sanders. Si QS aimerait se comparer à Syriza, à Podemos ou à la France Insoumise, son poids politique et son influence idéologique sont relativement faibles.

C’est justement que la gauche québécoise n’a pas besoin d’une identification partisane forte. En cela, il existe une nébuleuse d’organisations dans la société civile qui participent à faire vibrer les idéaux de gauche sans nécessairement qu’ils pénètrent le champ politique. Quoi que QS demeure réceptif, le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois – auréolé de sa capital symbolique du «printemps» québécois – n’est pas tant la traduction de leurs demandes dans le champ politique, mais davantage la modernisation de la social-démocratie vieillissante du PQ.

C’est justement dans cette mutation que se jouera l’avenir de la gauche québécoise. Un avenir prometteur, puisque Projet Montréal a su incarner à l’échelon municipal une forme de progressisme non doctrinal, mais délicat car – en toute logique – le PLQ cherchera à développer ce type de discours pour contrecarrer la CAQ.

Un front «tout sauf la CAQ» ?

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La bonne santé sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) et son chef François Legault provoque de petites secousses politiques, que certains perçoivent déjà comme les signes annonciateurs d’une victoire future de cette formation aux élections générales de 2018.

Ces petites secousses sont provoquées par une front officieux dont le slogan pour être «tout sauf la CAQ». Un front qui réunit le  Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), mais auquel il manque une composante déterminante : le Parti québécois (PQ).

Florilège :

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Pourtant, le PQ est loin d’être l’allié objectif de la CAQ ! Bien au contraire, il est son premier concurrent puisque Jean-François Lisée cherche à lui reprendre les classes moyennes péri-urbaines qui – par crainte de la mondialisation – votent massivement pour la formation de François Legault.

À vrai dire, cette désertion du front «tout sauf la CAQ» par le PQ est tactique. C’est d’ailleurs exactement la même tactique qu’empruntait jusqu’à peu le PLQ : minimiser le phénomène pour le décrédibiliser. Si le PLQ est revenu de cette stratégie puisqu’elle n’a pas su freiner l’engouement à l’égard de la CAQ, pourquoi le PQ embraie dans cette voie ? Peut-être parce qu’il n’a pas le choix… Rallier le front serait un aveu d’un échec car le PQ collaborerait – du moins tacitement – avec son rival de toujours : le PLQ, et avec sa gauche perdue : QS, mais surtout un aveu de faiblesse concédé à la CAQ.

L’absence remarquée et remarquable du PQ dans le front anti-CAQ m’amène à penser que le clivage gauche-droite s’accentue et se substitue de plus en plus au clivage souverainisme-fédéralisme. Le PQ a plus qu’amorcé sa mue conservatrice depuis la victoire de Jean-François Lisée : il n’est pas prêt à abandonner cette orientation en dépit de tout et surtout de sa mauvaise santé sondagière. Il se murmure que – plutôt que changer le fond, il va soigner la forme en recrutant la même agence de relations publiques qui a contribué à la bonne campagne de Valérie Plante.

Loin d’être anecdotique et quoi que le phénomène soit – pour l’heure – encore contenu, notons une forte de crispation de la campagne à quelques 300 jours du scrutin (ce qui est extrêmement long dans le temps politique). Les attaques ad hominem – créées ou en réponse à ce front – ne sont pas dans la tradition québécoise. Si le Québec ne connaît pas encore son moment populiste, l’ambiance délétère risque de le provoquer.

9 livres sur la politique (édition France)

Vous savez qui sont les ministres qui composent le gouvernement ? Vous savez comment sont élus les sénateurs ? Vous avez lu Tocqueville ? C’est déjà mieux que la plupart des étudiants en science politique ! Si vous souhaitez toutefois parfaire votre culture politique, voici 9 livres qui vous aideront à la développer.

1 – Le classique : Le Prince de Machiavel

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Souvent invoqué mais rarement lu, le Prince de Nicolas Machiavel ne se réduit pas en une leçon de cynisme. Si l’adjectif « machiavélique » se rapporte directement à cet ouvrage, il n’empêche que Machiavel demeure un grand théoricien de l’État moderne et un observateur lucide des pratiques politiques. S’il est vrai que ce livre peut être quelque peu suranné pour le lecteur au XXIe siècle, il comporte encore plusieurs constats encore très contemporains.

2 – La boussole : Nouveau manuel de science politique d’Antonin Cohen et Al.

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Manuel de l’étudiant-e en première année de science politique, ce livre collectif est parfait pour savoir un peu tout sur à peu près tout ce qui a trait au politique. D’ailleurs, il y a un glossaire des définitions et un index des thématiques très efficaces. Le Nouveau manuel de science politique est une bonne introduction à la discipline. Pour m’en être servi durant mes études, je vous le conseille vivement.

3 – Pour comprendre la gauche : Les gauches françaises de Jacques Julliard

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Il est difficile de cerner ce que peut être  « gauche », cette notion ayant de multiples sources, évoluant dans le temps et changeant d’acceptation selon le contexte. Le travail entrepris par Jacques Julliard sur les gauches françaises présente très bien les forces en présence, leur construction idéologique, leurs luttes historiques et leurs positions actuelles. C’est un livre à se procurer, qu’importe votre affiliation !

4 – Pour comprendre la droite : Histoire des droites en France de Gilles Richard

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Rares sont les ouvrages qui actualisent le travail de René Rémond (celui qui a conceptualisé l’existence de trois droites historiques en France). Cherchant à préciser cette tripartition, Gilles Richard analyse avec brio les droites depuis 1815 jusqu’à  nos jours. Il observe ainsi de nouvelles divisions, comme celles entre une droite néolibérale et mondialiste face à une droite mercantile et souverainiste. Une fois de plus, lecture recommandée que votre cœur soit à gauche ou à droite.

5 – Pour l’apprenti politicien : Être radical : Manuel pragmatique pour radicaux réalistes de Saul Alinsky

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Véritable classique chez les « strategists » américains, l’ouvrage de Saul Alinsky a désormais une traduction en français ! À la base, il se destinait à donner des outils de résistance aux activistes et aux catégories sociales dominées. Toutefois, il a également influencé les partisans du Tea Party, et plus généralement de l’Alt-Right. Véritable guide de stratégie politique, certains observent même un peu d’Alinsky chez Donald Trump…

6 – Pour briller en société : Le temps présent de Claude Lefort

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Marx ? C’est vieux… Bourdieu ? Éculé… Il vous faut un nouvel auteur pour briller en société ? Essayez Claude Lefort ! Il est un des rares philosophes français de ce début de XXIe siècle dont l’oeuvre a été traduite en anglais.  Spécialiste de Machiavel, de la démocratie et du totalitarisme, Lefort a influencé des générations entières de philosophes et saura assurément impressionné dans vos dîners en ville. Commencez donc en vous procurant son dernier : Le temps présent.

7 – Pour comprendre le monde : L’état du monde de Bertrand Badie et Dominique Vidal

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Pointures des relations internationales, Bertrand Badie et Dominique Vidal décrivent dans leur série L’état du monde ce qui fait l’international. Ce n’est donc pas un ouvrage en tant que telle, mais plusieurs qu’il faut se procurer pour comprendre ce qui fait la marche du monde. L’édition 2018 est intitulée : En quête d’alternative. Si ça ne vous dira pas comment fonctionne sur le Fonds monétaire international (FMI), vous comprendrez pourquoi cette institution existe !

8 – Pour changer le monde : Vers la libération de Herbert Marcuse

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Il y a plus actuel que ce livre daté de 1969, bien plus utopique que celui-ci, voire plus «utile» face aux défis contemporains. Pourtant, Herbert Marcuse fait dans ce le livre quelque chose que j’ai rarement lu chez d’autres : à la fois le constat d’échec de l’utopie révolutionnaire, et son dépassement par une réinterprétation. Ce livre de Marcuse figure dans le classement des livres qui m’ont bouleversé par leur intelligence.

9 – Le livre pour faire débat : De quoi Total est-elle la somme ? d’Alain Deneault

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Cette enquête d’Alain Deneault sur l’entreprise transnationale Totale décrit une autre forme de totalitarisme, celui des corporations qui passent pour être au-dessus de toute loi, contraintes par rien si ce n’est la logique de l’argent-roi. Ce livre choque et révolte, et c’est précisément ça qu’on en attend. Actuel et transcendent, ce livre fait et continuera à faire débat.

Des suggestions de livres ? Écrivez-les dans les commentaires et je reprendrai celles-ci pour un article ultérieur.