Coderre vs. Plante – 1er débat

Denis Coderre et Valérie Plante ont croisé le fer en prime time, dans l’émission Tout le monde en parle.

Pour mes lecteurs hors Québec, il me faut préciser que cette émission hebdomadaire a une audience évaluée à 1,1 millions de téléspectateurs (2016). Pour une province de 8 millions d’habitants, dont 6,5 millions de francophones, autant dire que c’est le rendez-vous incontestable du dimanche soir.

Si cette grand messe cathodique participe au débat public, celui-ci y est fortement aseptisé par un jovialisme qui contraint à la superficialité des échanges et par un montage qui réduit le propos au format discuté entre les producteurs de l’émission et les participants. C’est donc un débat convenu et contenu, autrement dit : formaté, qui a opposé deux candidats extrêmement préparés.

Aussi, je n’ai pas à dire grand chose du débat en tant que tel si ce n’est affirmer l’évidence : il n’a fait qu’éclairer la stratégie des différents candidats,

Celle de Coderre consiste à tabler sur la dimension internationale de Montréal, donnant au maire sortant la posture d’un gestionnaire doublé d’un visionnaire. D’où sa posture calme et inspirée, privilégiant la réplique à la proposition. Coderre était assez à l’aise dans cet exercice, arrondissant les angles grâce à sa bonhomie.

Inversement, Plante tente d’orienter la campagne sur la gestion municipale, l’accessibilité, l’urbanisme, les transports collectifs, etc. Il s’agit ici d’une communication qui se veut davantage rationnelle et innovatrice. Ce qui nécessite à la fois du mordant et de la pédagogie, qualités que Plante maîtrise parfaitement.

Bref, match nul entre les deux prétendants à la mairie de Montréal sur la forme. Maintenant, reste à savoir quelle stratégie convaincra le plus les montréalais(es) sur le fond.

Le débat du NPD

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Avec ce débat à Montréal, la campagne pour le leadership du NPD (Nouveau Parti-Démocrate) tient toutes ses promesses.

Si les médias font déjà leurs choux gras sur la question de la laïcité au Québec , je privilégie pour ma part un autre angle d’appréciation du débat que le commentaire sur les petits drames provinciaux. Il faut dire que cet exercice est une merveilleuse opportunité d’analyser les positionnements des candidats.

En préambule, soulignons que le débat s’est tenu majoritairement en français. À cet exercice linguistique, Guy Caron part avantagé, Niki Ashton rétorque fort bien car elle manie toutes les subtilités de la langue, tandis que Jagmeet Singh et Charlie Angus sont un peu plus hésitants, mais n’en démordent pas. Pour un public majoritairement francophone, la maîtrise du français peut être un critère d’appréciation important. Le critère linguistique appartient aux nombres des déterminismes sociologiques – comme la classe sociale, la culture, la génération, le niveau d’éducation, le sexe, etc. – qui contraindront les uns à opter plus tel ou tel candidat. À ce titre, peut-être que les femmes auront tendance à opter plus pour Ashton, les minorités culturelles pour Singh, les anglophones pour Angus ou les francophones pour Caron. Cependant, les déterminismes jouent un rôle moindre lors d’une campagne pour le leadership d’un parti.

En effet, votent des personnes extrêmement politisées qui prennent également en considération dans leur choix final d’autres critères, comme le positionnement idéologique et tactique. Idéologiquement, il est difficile de départager les différents candidat. On navigue à vue dans cette social-démocratie un peu invocatoire. Il me semble toutefois qu’Ashton soit plus à gauche, les trois autres candidats variant sur l’échelle du progressisme selon leurs sujets de prédilection. Tactiquement, Caron veut d’ancrer le NPD au Québec pour espérer que le Parti Libéral du Canada (PLC) se fasse déborder par le Parti Conservateur du Canada (PCC) ; Singh espère incarner la diversité face à Justin Trudeau ; Angus poursuit le souvenir du feu Jack Layton, figure tutélaire du parti ; Ashton appelle au renouvellement, à la fois représentatif et idéologique.

C’est pourquoi les uns et les autres ont travaillé leur communication pour affirmer habillement leur positionnement idéologique et tactique. S’il est plutôt sain que des candidats d’un même parti puissent exprimer des positions contradictoires afin de les trancher, quelles positions semblent s’être imposées sur d’autres ? Dit autrement et sans passer par quatre chemins, qui « gagné » le débat ? Si on en juge par les applaudissement de fin, ce serait Niki Ashton. Il faut ben admettre qu’elle a marqué de nombreux points car elle sait parfaitement s’adresser aux militants québécois par une vision, par des préoccupations et – même si c’est moindre – par une langue qui sont les leurs.

Néanmoins, je pense que Singh a bien plus gagné qu’Ashton avec ce débat, et ce parce qu’il a réussi à établir une relation avec les Québécois comparable avec celle qu’ils entretiennent avec Trudeau ; c’est-à-dire une étrange alchimie entre l’attraction et la répulsion créant leur curiosité, ne les rendant surtout pas indifférents.

À suivre…