Malaise entre les médias et l’administration Coderre

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Capture d’écran du compte Twitter de Denis Coderre

Une enquête de Thomas Gerbet pour Radio-Canada détaille la communication de Denis Coderre, ou plus précisément le verrou médiatique que le maire de Montréal cherche à imposer, entre intimidation de journalistes, censure de fonctionnaires et contrôle de la parole des élus.

Cet article intervient à un moment bien particulier de la campagne où les élites culturelles et économiques commencent à se positionner en faveur du maire sortant ou de sa concurrente : Valérie Plante. Si Valérie Plante jouit de plus en plus d’une image positive, celle de Denis Coderre inversement se ternit.

Plus précisément, le maire de Montréal n’a jamais été porté dans le cœur des journalistes.

Certes, les journalistes n’ont pas à se montrer complaisants avec le pouvoir, mais il existe toutefois un écart entre complaisance et partisanerie. Parce que les journalistes politiques admettent rarement qu’ils font oeuvre de subjectivité, c’est donc en filigrane – le choix des sujets traités, l’angle qui a été pris, le lexique employé, etc. – que l’on détecte celle-ci. Parfois, certains journalistes font preuve de franchise, tel que Patrick Lagacé qui avouait :

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Extraits de l’article de Patrick Lagacé – La Presse

 

Si Lagacé promet dans ce même article qu’il ne haït plus Coderre, ce genre de préjugés peuvent être facilement ceux de nombreux journalistes.

Il faut reconnaître que  Coderre –  et ce, que le personnage fascine ou révulse, que sa politique crée l’adhésion ou, inversement, la répulsion – a un style bien à lui. Il appartient à ces rares politiciens qui ont une passion débordante pour la politique. Celle-ci intrigue, voire inquiète, dans une Amérique du Nord (même francophone) marquée par un utilitarisme qui restreint la chose publique au pragmatisme ; et par un conformisme qui apprécie très modérément des personnalités divergeantes, à l’instar de celle de Coderre.

En plus de ce biais cognitif, Coderre ne fait rien pour se montrer bienveillant avec les journalistes.

D’où un étrange avant-dernier paragraphe dans l’article de Thomas Gerbet. Dans celle-ci, il détaille le «style» Coderre, ici sa manière de communiquer qui consiste – grosso modo – dans l’occupation de l’espace médiatique en confisquant la parole publique. Ce qui est étonnant dans ce paragraphe, c’est que les « témoins » appelés à réagir estiment que ce style de communication est … normal :

(…) c’est normal qu’il y ait des frictions entre un cabinet politique et des journalistes.

Un ancien cadre de Projet Montréal abonde dans le même sens : « C’est ça qu’il faut en politique (…) »

À vrai dire, c’est bel et bien le paragraphe en conclusion de cet article qui témoigne du malaise entre l’administration municipale et des médias, évoquant l’insatisfaction de la profession, questionnant la démocratie, appelant à la transparence et enjoignant la fin des intimidations.

Pour qu’un article à charge comme celui-ci, provenant de ce médium assez peu politisé qu’est Radio-Canada, me fait dire que Coderre est en train de jouer à un jeu dangereux. S’il provoquait déjà par mal d’hostilité en 2013, alors que sa communication était bien plus lisse, bien plus maîtrisée, le maire sortant compte présenter sa défiance à l’égard des médias comme de l’expression d’une proximité à l’endroit de l’électeur «normal», du quidam. Twitter faisant le pont entre lui et le grand public. Une stratégie à la Trump, donc…

Or, cette stratégie a été mise en place car, soit Coderre croit en son étoile, soit il se sent acculé. Si tout pari comporte un risque, le gain ou la perte dépend uniquement de la mise. Et sur quoi mise Coderre ? C’est là, toute la question…

 

Comment faire un buzz politique ?

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Dans ce tutoriel, Politisme.com vous apprend à générer un gros buzz pour un media cover optimal. Que vous soyez élu ou staffer, cet article est fait pour vous.

 

1. Prenez un bon stéréotype

La subtilité ? C’est tellement 2016 ! Avec le Brexit, la victoire de Trump ou  celle de Macron, l’important en politique de nos jours c’est la customer experience. Pas besoin de programmes et encore moins d’idées, il faut savoir transmettre des émotions… Et quelle meilleure émotion que le souvenir d’un grand-père râleur ? Prenez un stéréotype, débarrassez de son côté un peu raciste, mais gardez l’authenticité du mépris et un petit côté subversif.

Des exemples ?

  • Les fonctionnaires, c’est tous feignasses !
  • Nos impôts servent à nourrir les immigrés !
  • Un prof, c’est un gauchiste toujours en vacances !

 

2. Attaquez-vous à une institution

Les first influenceurs, ce sont souvent les gens. Si vous voulez faire le buzz et que votre organisation n’a pas beaucoup de relais puisque vous avez seulement quelques bénévoles, un ou deux stagiaires et des directeurs bien trop occupés pour jouer aux twittos, attaquez-vous à une institution. Fonction publique, classe sociale ou même ethnie ? Mais attention, ne risquez pas un procès et évitez l’insulte (mais remplacez la par du mépris, c’est permis !).

Les 4 caractéristiques d’un groupe parfait :

  1. Le groupe doit être connu,
  2. assez désorganisé,
  3. avec une masse critique,
  4. avec des gens impliqués.

 

3. Faites vos visuels sur Paint 

Achetez une licence à des geeks quelque part en Californie ou payez un «artiste» pour faire vos memes ? Pas besoin ! Il vous suffit d’ouvrir Paint, de tracer un rectangle et d’écrire votre stéréotype au milieu, en gros. Utilisez une police d’écriture dégueulasse, genre Comic sans MS, pour que ce soit pornographique. Un logo, et le tour est joué !

De l’inspiration ?

Le gros stéréotype sans une once de subtilité, le coup de pied à l’éducation nationale et le design avec son clipart sur gauche, on a A-DO-RÉ !

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BONUS 

Et si jamais vous rencontrez quelques difficultés à la suite à votre buzz, virez le directeur de la communication après lui avoir publiquement fait porter le chapeau. De toute manière, vous savez faire son travail vu qu’il vous suffit de pondre n’importe quoi et de savoir ouvrir Paint !

 

Montréal 2017 – De l’intérêt d’avoir (parfois) des communicants en politique (locale)

Je débute cette série consacrée aux élections municipales à Montréal, par une question à l’attention des candidats : pour quelle(s) raison(s) pensez-vous que les électeurs se désintéresser des enjeux locaux ?

Probablement, mais ce n’est là qu’un angle qui en exclut nullement d’autres, car votre communication est mauvaise. À quoi tient une «bonne» communication politique, me rétorquerez-vous ?

Répondons à cette question complexe par la négative, et ce avec un exemple de «mauvaise» communication politique : la page Facebook de Jean-François Parenteau, candidat de l’Équipe Coderre à Verdun.

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À première vue, cette page respecte toutes les normes d’une communication efficace. Sauf que, à y regarder de plus près …. elle produit l’effet inverse. Regardez les avis, dont la moyenne vertigineuse est de 2/5 (dont 24/32 avis avec 1 étoile). Une « bonne » communication commençant par une maîtrise du discours et de l’image publique. Ces avis fortement négatifs créent ainsi l’effet inverse. En quoi le(s) communicant(s) sont-ils responsables ? Et bien, les avis ça s’enlève, surtout lorsqu’ils convergent dans ce sens…

D’autres critiques pourraient être émises sur la page de Jean-François Parenteau, notamment quant à son animation. Une «bonne» communication politique n’est pas de produire une coquille vide, sans quoi le marketing du moment nuit à l’implentation à long terme. Néanmoins, mon objectif n’est pas de clouer au pilori les communicants de l’Équipe Coderre ou ceux du candidat en passant en revue toutes leurs erreurs, mais bien de démontrer que c’est la division du travail politique qui, parfois, connaît des râtés.

Pour ceux qui ignorent son fonctionnement, tous les partis (fédéraux, provinciaux et municipaux) ont des équipes de permanents qui assurent diverses fonctions, dont la communication. Durant la campagne et après l’élection, la permanence coanime avec le candidat, l’élu et/ou son propre équipe la communication. Sauf qu’il existe des candidats plus ou moins habiles à cet exercice, comme des équipes plus ou moins compétentes.

L’enjeu dans des élections fortement impopulaires comme peuvent l’être les municipales est donc la maîtrise de la communication, et ce afin de générer de l’intérêt et – in fine – de mobiliser les électeurs le jour du vote. La communication des uns et des autres est donc un merveilleux indicateur stratégique, et parfois aux dépends de ceux qui la négligent…

Vous avez des exemples pires que celui-ci ? Donnez les liens dans les commentaires.