100 jours avant les élections

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Alors que les jours se décomptent avant le scrutin du 1er octobre, quels sont les enseignements que nous pouvons tirer à 100 jours du déclenchement des élections générales au Québec ? Voici trois éléments de réponse :

1) Des élections sans passion

Si la communication politique s’échine à créer des évènements avec des candidatures tonitruantes et à générer du débat par de petites – mais récurrentes – polémiques, cette élection ne semble pas passionner les Québécois-es. Les raisons de cet ennui généralisé sont multiples : le manque de leaders charismatiques, des anciens débats qui finissent par devenir redondant, une trop forte anticipation de l’agenda électoral par les acteurs du champ politique qui aura fini par lasser eux-mêmes et, surtout, une dépolitisation croissante de la population que les partis politiques ne cherchent pas à enrayer, bien au contraire. Quoi que le nombre d’indécis se réduit à 7% ; pour l’heure, aucun enjeu central n’aura été soulevé. S’il est fort probable que l’été endorme les passions autant qu’elle éveille les foules, on  peut espérer que la campagne s’accélère à la rentrée de septembre.

2) Un nouveau clivage

L’enjeu de cette élection n’est pas tant répondre aux fractures qui divisent la société québécoise, ni même aux défis futurs qui la préoccupent, mais que les rapports de forces partisans s’y expriment pour que se répartissent les rôles définis selon la nouvelle redéfinition des clivages. Si le clivage souverainisme-fédéralisme demeure structurant socialement, ses effets politiques tendent à s’amenuiser. Lorsque les intentions de votes donnent le Parti québécois (PQ) troisième avec seulement 5 sièges (sur 125) à l’Assemblée nationale, on pourrait être tenté de diagnostiquer que l’agonie de cette formation annonce la mort clinique de tout un mouvement. Sauf que cette conclusion est quelque peu hâtive puisque le souverainisme n’est finalement qu’une stratégie d’un nationalisme revendiqué partout et surtout ailleurs qu’au PQ. Souverainisme qui pourrait ainsi connaître de nouveaux avatars, peut-être même dans ce clivage qui se dessine peu à peu. Ce nouveau clivage oppose un centrisme multiculturel à un nationalisme conservateur. Si le PQ ne parvient pas à se positionner face à la Coalition avenir Québec (CAQ) qui monopolise la ligne conservatrice, il pourrait bien  disparaître  du champ politique.

3) Des libéraux perdants, mais pas vaincus

Malgré les défections dans les rangs du Parti libéral du Québec (PLQ) et les sondages qui n’augurent rien de bon pour la formation de Philippe Couillard, l’équipe du Premier ministre sortant se maintiendrait dans plusieurs circonscriptions.  Toutefois et à croire les sondages, le PLQ serait  principalement sauver par les populations non-francophones  sur l’île de Montréal, territorialisant ainsi le clivage mentionné plus haut. En effet, le gouffre déjà existant entre Montréal et ses banlieues, Montréal et les régions, se creuse de plus en plus. Un gouvernement majoritaire de la CAQ serait probablement aussi un gouvernement sans aucun appui dans la métropole, générant une forme d’incompréhension, voire de l’amertume, entre Montréal et le reste du Québec. In fine, on peut craindre que la territorialisation du clivage ne soit qu’un paramètre oeuvrant à une ethnicisation des politiques provinciales.

Conclusion :

En dépit de ce faux rythme, la campagne 2018 est passionnante pour qui veut l’observer en fonction des tendances lourdes de la politique québécoise. Je déplore seulement que seul ce blog, avec son audience bien modeste, aborde ces problématiques. Bien des articles auraient pu être écrits s’il existait une littérature politique au-delà des banalités,  des opinions faciles ou des simples descriptions qui ne décryptent rien puisqu’elles n’écornent pas grand chose. Ne faisant pas profession de mes écrits, je me contenterai alors de regretter cet état de fait qui semble contenter tout le monde. En attendant la rentrée et des annonces pour ce blog qui connaîtra sa deuxième saison, je me mets en vacances de la vie politique québécoise.

 

La fin du clivage fédéralisme / souverainisme ?

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Si l’on devait résumer à grands traits la situation politique au Québec depuis la Révolution tranquille, on pourrait l’observer comme une opposition entre deux forces : l’une réputée «fédéraliste» et l’autre «souverainiste». S’il a l’avantage de décrire une tendance lourde de la vie politique locale, ce clivage est fortement problématique. D’une part, car il est réducteur. D’autre part, car il a cessé de dominer le débat politique.

Évidemment, opposer fédéralistes et souverainistes est là une réduction du politique à sa plus simple expression, puisque nul clivage – aussi dominant soit-il – ne saurait être unique. Il recoupe d’autres polarités comme les oppositions entre centre et périphérie, État et Église, propriété et travail, ruralité et urbanité, monisme et pluralisme, etc.

À analyser les intentions de vote pour le Parti libéral du Québec (PLQ) ou la Coalition avenir Québéc (CAQ) réputés «fédéralistes» et le Parti québécois (PQ) ou Québec solidaire (QS) ouvertement «souverainistes», les sociologies électorales coïncident avec ces clivages. On peut même aller plus loin en faisant l’hypothèse que, si environ 62 % des non-francophones (lesquels vivent à 95% dans l’agglomération de Montréal) soutiennent le Parti libéral du Québec (PLQ) ce n’est pas tant parce que celui-ci est simplement fédéraliste mais parce qu’il est le parti du centre, de l’urbanité, du travail, de l’immigration, du multiculturalisme, etc.

Autrement dit, les non-francophones optent aussi pour le PLQ en fonction de démarcations autres que celle de l’indépendance ou non du Québec. À mesure du temps, cette question a su habiller d’autres conflits sociaux sous-jacents, mais qui nullement réductibles à la seule souveraineté.  Bien sûr, on opposera à cette assertion qu’il existe des non-francophones souverainistes, mais également des francophones qui ne le sont pas. Ce qui est entièrement exact, mais qui démontre une fois de plus le poids des déterminismes sociaux puisque les francophones fédéralistes et les non-francophones souverainistes correspondent à des sociologies distinctes puisque la classe d’âge, le capital culturel, le capital social, le rapport au centre et à la périphérie, etc. ; tout cela joue sur les accointances des uns et des autres.

Et justement, la question nationale ne semble plus au goût du jour. On peut expliquer ce phénomène selon trois causes que je pense concomitantes.

Premièrement, il y a cette prise de conscience des élites souverainistes que les nations minoritaires (c’est-à-dire le Québec, mais également la Catalogne et l’Écosse) ne parviennent pas à obtenir leur souveraineté par le processus démocratique. L’optique d’un référendum est donc repoussée pour mettre en oeuvre une future pédagogie ; propos bien déclaratoire puisqu’il suffirait que la société civile s’y évertue.

Deuxièmement, et cette cause est liée à la dernière, le PQ à l’échelon provincial et le Bloc québécois (BQ) à l’échelon fédéral se rendent compte d’un essoufflement électoral. Si l’on prend les récents suffrages, au fédéral le BQ avait 49 députés en 2008, 4 en 2011, puis 10 en 2015. Au niveau provincial, le PQ obtient 45 députés en 2003, 54 en 2012, puis 30 en 2014. Si l’on compare les deux échelons, on ne vote donc plus un parti souverainiste pour la souveraineté, mais bien parce qu’une sociologie électorale y invite ou non.

Troisièmement, dans le quasi-État du Québec, l’enjeu n’est plus tant la distinction déjà actée avec le Canada anglais, mais bien la définition de la communauté nationale en soi et pour soi ; c’est-à-dire, en fonction d’autres altérités. Si le PLQ et QS reproduisent un multiculturalisme canadien et l’attellent à une vision politique qui oscille entre social-démocratie et libéralisme, le PQ et la CAQ éprouvent un certain malaise. Un malaise qui ne dépend donc pas du positionnement fédéralisme / souverainisme, mais davantage du pluralisme tel qu’il conçut politiquement. Il est plus difficile pour une perspective républicaine (et donc moniste) comme celle du PQ d’envisager le pluralisme, de même pour le nationalisme conservateur de la CAQ.

Finalement, le clivage fédéralisme / souverainisme est donc bien moins opérant pour définir les représentations actuelles qu’autrefois, mais c’est le champ politique lui-même – et plus spécifiquement les partis souverainistes – qui a décidé de déplacer ce clivage en arrière-plan. La fin du clivage est donc temporaire, circonstanciée aux nouvelles réalités sociologiques de la société québécoise et aux facultés de son champ politique d’y répondre. En annonçant cette fin temporaire du clivage, je ne commets donc pas la même faute que ceux qui lui accordent malgré tout et encore trop d’importance, je lui donne du temps.

Où en est la gauche québécoise?

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Affiche électorale de Fred Rose, ancien député (fédéral) communiste élu au Québec 

Si l’on en croit les différents sondages, Québec solidaire (QS) – formation chevillée à gauche sur l’échiquier politique provincial – se porterait plutôt bien, affichant entre 12 à 14 % d’intentions de voix. Certes, pas de quoi obtenir le pouvoir aux prochaines élections à l’automne 2018, mais cette bonne santé sondagière laisse entrevoir la possibilité pour cette formation d’obtenir plus de député(e)s qu’à présent et, donc, peser sur les rapports de force. Mais réduire la gauche à QS serait, quelque part, laisser à cette formation souverainiste le monopole d’idéaux dont elle n’est pas l’unique dépositaire.

Petit tour d’horizon de la gauche québécoise.

Québec solidaire, héritier de la social-démocratie

Si vous êtes parmi les lecteurs et les lectrices assidu(e)s de Politisme, vous devez connaître ma thèse voulant que le clivage souverainisme/fédéralisme tend à s’amoindrir au profit d’un clivage plus classique : le clivage gauche/droite (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018).

Ce truchement opère une repositionnement des partis politiques : tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) s’agrippe au centre, le Parti québécois (PQ) glisse à droite et la Coalition avenir Québec (CAQ) s’assume de plus en plus comme le parti conservateur à l’échelon provincial.

Il existe donc un espace béant laissé à gauche de l’échiquier politique, guère menacé par les positions controversées de Jean-François Lisée quant aux questions identitaires et nationales et par le néolibéralisme assumé de Philippe Couillard en matière économique. Le succès actuel de QS tient donc plus de la désertion du PQ et du PLQ pour ce qui faisait la social-démocratie québécoise, plus que d’un renouvellement des idées de gauche ou d’une conviction nouvelle de l’électorat pour celles-ci.

D’ailleurs, QS – par sa fusion avec la très indépendantiste Option nationale (ON) – est de plus en plus l’héritier de cette ligne social-démocrate et souverainiste qu’était celle du PQ. Certes, il insiste sur d’autres enjeux comme la lutte contre le racisme systémique, la reconnaissance des LGBT+, l’émancipation des nations autochtones, la perspective écologiste, etc., mais ceux-ci préexistaient au sein du PQ.

Vers une gauche fédéraliste ?

La fusion avec ON aura peut-être pour conséquence d’additionner les efforts militants de ces deux formations, mais aussi – et surtout – de positionner encore plus nettement QS comme un parti souverainiste. Or, celles et ceux qui n’adhèrent pas en l’idée d’une indépendance du Québec mais qui se satisfaisaient de la modération de QS sur la question nationale avant la fusion,  reconsidéreront peut-être leur soutien.

Dans le champ politique québécois, il existe en effet un vide partisan : celui de la gauche fédéraliste. Ce vide s’explique pour des raisons historiques qui tiennent de la structuration du mouvement social au Québec, mais aussi pour des raisons idéologiques. En effet, la gauche québécoise n’est pas (ou à de rares exceptions, à l’instar de groupuscules qui gravitent à son extrême) internationaliste. Aussi, elle est circonspecte sur le principe de fédération, associé au nationalisme concurrent : le nationalisme canadien.

Il existe toutefois une exception : le Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPDQ). Faisant un retour quelque peu timoré sur la scène provincial, le NPDQ n’avait pas présenté de candidats en 2014, ni aux (trop) nombreuses élections partielles depuis cette date. Il aura fallu attendre 2017 pour que le NPDQ présente Denis Blanchette à  Louis-Hébert. Le «grand» retour a toutefois été gâché, vu le score plus qu’anecdotique du candidat avec 1,35% des suffrages.

D’ailleurs, la course à la chefferie de cette formation ne semble pas créer d’enthousiasme, laissant donc les potentiels électeurs d’un parti de gauche fédéraliste sur leur faim. Il y a donc quelque chose qui grippe…

Quelle gauche au Québec ?

Peut-être ce qui grippe réside dans le manque patent de proposition de la gauche fédéraliste. Non pas qu’elle soit illégitime sur la scène provinciale, mais peut-être que son positionnement ne suffit plus pour faire la différence. Autrement dit, il faut trouver d’autres aspirations que mimer le Nouveau Parti Démocrate (NPD) fédéral en contexte québécois. Plus généralement, c’est ce défaut doctrinal qui fait en sorte que l’échiquier politique, malgré des décennies de social-démocratie latente, glisse de plus en plus à droite.

Pourtant, il existerait bien des pistes pour que la gauche québécoise se renouvelle. Comme toutes les gauches démocratiques, elle est confrontée à trois catégories d’enjeux : la première est «prolétarienne», c’est-à-dire les enjeux relatifs au sort des travailleur et travailleuses, et à la pérennité du modèle sociale ; la seconde est identitaire, focalisée sur le désir d’émancipation de la société en son ensemble et la reconnaissance de certaines de ses couches ; la troisième est idéologique, dans une redéfinition constante face aux évolutions environnementales et technologiques.

Si QS incarne parfaitement la deuxième catégorie d’enjeux, il tarde à développer une ligne idéologique pour les deux autres. On assiste davantage à une recontextualisation des propositions émises par le NPD ou par l’organisation Democratic Socialists of America (DSA) – galvanisée par sa proximité avec Bernie Sanders. Si QS aimerait se comparer à Syriza, à Podemos ou à la France Insoumise, son poids politique et son influence idéologique sont relativement faibles.

C’est justement que la gauche québécoise n’a pas besoin d’une identification partisane forte. En cela, il existe une nébuleuse d’organisations dans la société civile qui participent à faire vibrer les idéaux de gauche sans nécessairement qu’ils pénètrent le champ politique. Quoi que QS demeure réceptif, le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois – auréolé de sa capital symbolique du «printemps» québécois – n’est pas tant la traduction de leurs demandes dans le champ politique, mais davantage la modernisation de la social-démocratie vieillissante du PQ.

C’est justement dans cette mutation que se jouera l’avenir de la gauche québécoise. Un avenir prometteur, puisque Projet Montréal a su incarner à l’échelon municipal une forme de progressisme non doctrinal, mais délicat car – en toute logique – le PLQ cherchera à développer ce type de discours pour contrecarrer la CAQ.

Un front «tout sauf la CAQ» ?

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La bonne santé sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) et son chef François Legault provoque de petites secousses politiques, que certains perçoivent déjà comme les signes annonciateurs d’une victoire future de cette formation aux élections générales de 2018.

Ces petites secousses sont provoquées par une front officieux dont le slogan pour être «tout sauf la CAQ». Un front qui réunit le  Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), mais auquel il manque une composante déterminante : le Parti québécois (PQ).

Florilège :

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Pourtant, le PQ est loin d’être l’allié objectif de la CAQ ! Bien au contraire, il est son premier concurrent puisque Jean-François Lisée cherche à lui reprendre les classes moyennes péri-urbaines qui – par crainte de la mondialisation – votent massivement pour la formation de François Legault.

À vrai dire, cette désertion du front «tout sauf la CAQ» par le PQ est tactique. C’est d’ailleurs exactement la même tactique qu’empruntait jusqu’à peu le PLQ : minimiser le phénomène pour le décrédibiliser. Si le PLQ est revenu de cette stratégie puisqu’elle n’a pas su freiner l’engouement à l’égard de la CAQ, pourquoi le PQ embraie dans cette voie ? Peut-être parce qu’il n’a pas le choix… Rallier le front serait un aveu d’un échec car le PQ collaborerait – du moins tacitement – avec son rival de toujours : le PLQ, et avec sa gauche perdue : QS, mais surtout un aveu de faiblesse concédé à la CAQ.

L’absence remarquée et remarquable du PQ dans le front anti-CAQ m’amène à penser que le clivage gauche-droite s’accentue et se substitue de plus en plus au clivage souverainisme-fédéralisme. Le PQ a plus qu’amorcé sa mue conservatrice depuis la victoire de Jean-François Lisée : il n’est pas prêt à abandonner cette orientation en dépit de tout et surtout de sa mauvaise santé sondagière. Il se murmure que – plutôt que changer le fond, il va soigner la forme en recrutant la même agence de relations publiques qui a contribué à la bonne campagne de Valérie Plante.

Loin d’être anecdotique et quoi que le phénomène soit – pour l’heure – encore contenu, notons une forte de crispation de la campagne à quelques 300 jours du scrutin (ce qui est extrêmement long dans le temps politique). Les attaques ad hominem – créées ou en réponse à ce front – ne sont pas dans la tradition québécoise. Si le Québec ne connaît pas encore son moment populiste, l’ambiance délétère risque de le provoquer.

Montréal 2017 – Le parti des indécis

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Le sondage (Mainstreet/Qc125) nous donne une petite idée des tendances actuelles, alors que la campagne électorale s’intensifie, que la course à la mairie se resserre. Si l’on peut observer que Projet Montréal (25%) talonne l’Équipe Coderre (30%), le véritable parti est bien celui des indécis. C’est d’autant plus préoccupant car ce chiffre connaît une nette progression, comme le démontre Qc125 :

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Si l’on recoupe les chiffres, 3 raisons expliquent cette forte indécision à un peu plus d’un mois du scrutin :

1. Le mauvais timing et la faible couverture médiatique

Si l’indécision progresse de 34% à 41% de juin à septembre, c’est probablement car la campagne – éloignée du centre des préoccupations quand l’été s’en vient – ne pénètre toujours pas les consciences alors que l’été s’en va. D’autant plus que la campagne municipale rivalise avec d’autres rentrées : celle de l’Assemblée nationale au niveau provincial et celle de la Chambre des communes au niveau fédéral. Bien qu’il existe des journalistes attitrés aux affaires municipales, il leur est difficile dans ce contexte de tirer la couverture médiatique sur des enjeux plus politiques.

2. Une élection impopulaire

D’une manière générale, les enjeux municipaux occupent très peu de place politique. Cette impopularité est due à des raisons structurelles, notamment par la division du travail politique poussée à l’extrême au Canada où les partis se spécialisent selon que le niveau de gouvernement (fédéral, provincial et municipal). Cette spécialisation de la politique par niveau a tendance à accroître l’autonomisation des champs politiques, avec finalement que peu de ponts pour les relier. Pas étonnant que l’indécision soit donc plus marquée dans les populations moins intégrées politiquement : les jeunes (43%) et les non-francophones (53%).

3. La faiblesse de l’offre politique

L’impopularité tient finalement à une très faible politisation des enjeux municipaux, puisqu’il est difficile de les relier avec une offre exprimée en fonction de clivages idéologiques (gauche/droite) ou nationaux (souverainisme/fédéralisme). Pourtant, les quatre partis en lice (et non trois comme le sondage l’indique) : Projet Montréal, L’Équipe Denis Coderre, le Vrai Changement Pour Montréal et Coalition Montréal, incarnent chacun une position identifiable :

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Sauf que la ligne entre «municipalisme» (ville à dimension humaine) et «mégalopolisme»  (ville à dimension mondiale) n’intéresse que les personnes d’ores et déjà réceptives aux enjeux municipaux. L’offre politique est faible puisqu’elle ne parvient pas à intéresser une vaste partie de la population montréalaise.

Si elle veut gagner, Valérie Plante (Projet Montréal) a donc intérêt d’insister sur les enjeux municipaux pour rejoindre les indécis, Jean Fortier (Coalition Montréal) est bien obligé de donner un coup de pied dans la fourmilière en critiquant le «marchandage» s’il veut exister, tandis que Denis Coderre (L’Équipe Denis Coderre) doit maintenir son cap.  Pour ce qui est de Justine McIntyre (Vrai Changement Pour Montréal), elle a eu raison de se concentrer sur une stratégie d’arrondissements, mais elle disparaît alors de la game.