Les 5 meilleurs articles sur Politisme en 2017

top5

En quatre mois d’activité, vous êtes 811 à avoir visiter Politisme. Majoritairement, depuis le Canada (61%), la France (24%) et les États-Unis (8%) ; le reste du monde représentant un petit 7%. C’est probablement cette sur-représentation de Canadiens qui explique ce top 5 des meilleurs articles publiés sur Politisme :

  1. Coderre vs. Plante – 2nd débat
  2. La ligne rose
  3. Pourquoi il n’existe pas d’extrême-droite au Québec ?
  4. Coderre vs. Plante – 1er débat
  5. Et si la Catalogne devenait indépendante ?

Sur quel(s) sujet(s) souhaitez-vous que je compose pour 2018 ?

N’hésitez pas à me contacter ou à écrire un commentaire pour me donner des idées.

 

Les brèves – L’Hebdo #1

Au programme de cet hebdo : les élections en Allemagne et celles en France; le référendum au Kurdistan et celui en Catalogne ; la victoire Jagmeet Singh, nouveau leader du NPD.

 

Élections fédérales en Allemagne

sieges_bild

À mon sens, ces élections sont un bon exemple quant au décalage de plus en plus croissant entre certains commentateurs du politique et la vie politique en tant que telle.  Il ne s’agit pas là du décalage entre desdites «élites» face à une «masse» insondable, mais bien celui des commentateurs face à leur objet: c’est-à-dire la politique. Ces journalistes, ces intellectuels, sont devenus des agents d’une industrie de divertissement et, à force de tronquer la réalité pour en servir les intérêts, ils s’aveuglent eux-mêmes.

La preuve en est que, selon eux, Angela Merkel devait gagner haut la main face à face à un Martin Schulz dont le SPD (Parti social-démocrate allemand) a été l’allié complaisant de la CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) et dont le charisme ne faisait pas leur bagou. Certes, Angela Merkel a gagner, mais sa victoire est entachée de celle du parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) – devenu troisième force politique à l’échelon fédéral. À vrai dire, tous les petits partis ont bénéficié de l’échec conjoint de la CDU et du SPD.

La participation n’est pas vraiment la responsable de cette déroute, vu qu’elle a atteint un bon 76,2 % ; soit le meilleur score depuis les trois dernières éditions. Non, ces élections fédérales allemandes sentent la fin d’une époque, et avec elle vient cette peur qui a installé au Bundestag un nouveau joueur : populiste, europhobe, xénophobe. Il sonne le glas du début de la fin de l’ère dont Merkel était la parfaite incarnation.

 

Élections sénatoriales en France

800px-Hemicycle_Senat_France

Les élections sénatoriales en France se déroulent au scrutin indirect ; c’est-à-dire que des collèges de grands électeurs – soit les édiles républicains – désignent qui parmi leurs petits copains va devenir sénateurs. Cette dimension aristocratique des institutions m’exaspère et c’est pour ça que je préfère ne pas rentrer dans des détails qui fleurent bon l’anachronisme et les ronds de chapeau.

Par contre, j’insiste sur le fait que les commentateurs, après avoir révérés Emmanuel Macron, avoir été subjugués par les happy few de La République En Marche (LREM) lors des législatives, minimisent l’échec de ce parti aux sénatoriales.

Pour faire vite puisque c’est une brève, certains sénateurs du PS (Parti socialiste) ou LR (Les Républicains) avaient d’ores et déjà rejoint LREM avant les élections. Le groupe comptait 29 sénateurs. Après ces élections, il n’en compte plus que 28. Autrement dit, il n’y a pas de casse, mais il n’y a pas de gain. Pis encore, le « renouvellement de la classe politique » promis par Macron s’arrête aux marches du Palais du Luxembourg. Le problème de tout marketing, c’est qu’il faut un jour livrer le produit.

 

Référendum au Kurdistan

Kurdistan

J’invite à la prudence celles et à ceux qui, comparant à peu près tout et surtout n’importe quoi, font déjà un parallèle entre la Catalogne et le Kurdistan.  Si la coïncidence des calendriers n’est pas une preuve recevable, pas plus que votre horoscope est un motif d’excuse pour rester au lit le lundi matin, il suffit de comprendre pourquoi le Kurdistan déclenche maintenant son référendum afin comprendre que certaines comparaisons n’ont pas lieu d’être.

En effet, le Kurdistan irakien est dans une situation rêvée pour déclarer son indépendance puisque la Turquie est fortement délégitimée aux yeux de l’occident à cause du régime établi par Erdogan, parce l’Irak ne parvient à se remettre de sa guerre civile et, surtout, parce que la lutte héroïque des différentes milices kurdes contre Daesh attire sur elles une sympathie internationale. Autrement dit, les Kurdes espèrent que leur alliance militaire et stratégique avec les occidentaux se concrétise par la reconnaissance de leur indépendance.

Outre la situation géopolitique positive, le référendum intervient dans contexte local qui est, lui, particulièrement délétère. Il se joue à Erbil le maintien au pouvoir du Président Massoud Barzani, accusé de despotisme dans la mesure où son mandat s’est officiellement terminé le 19 août et que ce dernier l’a prolongé aux marges de légalité. De plus, le bilan de Barzani n’est pas bon car on lui reproche d’avoir failli sur la question de Kirkouk (ville revendiquée par les kurdes, dont les ressources pétrolifères importantes assureraient une viabilité économique au Kurdistan irakien). Bref, il obtiendrait une légitimité renouvelée pour avoir été le premier à créer l’État kurde moderne.

 

Violences durant le référendum en Catalogne

Pour reprendre la comparaison, si les Catalans ont souffert du franquisme et souffrent encore de l’hégémonie culturelle castillane, ils n’ont jamais été des citoyens de seconde zone ; ils n’ont pas subi un génocide à l’arme chimique ; ils n’ont pas pour voisins des pays ou des groupes terroristes hostiles ; et le conflit avec l’Espagne – malgré ces tensions – a largement été contenu dans l’arène politique.

Sauf que la situation s’est dégradée dimanche, car elle a débordé en-dehors du cadre politique. Et puisque la politique concède sa défaite dès qu’elle use du pouvoir de police, elle a échoué aux yeux de tous. En l’absence de politique, il reste plus que les moralistes de tous bords, lesquels la réduisent utilement dans cette dichotomie abominable qui oppose l’ami et l’ennemi.

Je pense que l’on peut être ami de la Catalogne et favorable à son indépendance, tout en faisant remarquer – comme j’ai pu le faire dans l’article Troubles en Catalogne – que le procédé engagé relève d’une stratégie politique qui accroît opiniâtrement les tensions. Si je suis d’avis qu’il n’existe parfois pas d’autres choix que le conflit, les belligérants ont toujours le choix des armes. Celle qu’a brandi Barcelone est irresponsable, celle qu’a utilisé Madrid est abjecte pour avoir causé 90 blessés.

À mon humble avis, il serait sage qu’une médiation départage les uns et les autres. Une médiation qui serait, d’ailleurs, plus profitable à l’Espagne qu’à la Catalogne. S’il ne fait plus aucun doute que cette dernière a gagné la bataille de l’opinion, l’Espagne aurait tout à perdre que le conflit dégénère.

 

Victoire de Jagmeet Singh, nouveau leader du NPD

22104702_1483791598323707_1595999168507640860_o

Pour avoir écrit un article : Le débat du NPD (Nouveau Parti-Démocrate) lors de la course au leadership et avoir couvert sur Twitter les différentes polémiques qui ont émaillé la campagne, il me fallait souligner la victoire de Jagmeet Singh.

Comme le titrait très justement The Guardian, il est le premier homme politique non-blanc à devenir le leader d’un parti canadien et – derechef – le premier sikh. Mais Singh est plus qu’un turban, une barbe et un kirpan, c’est un stratège qui a parfaitement compris comment gagner l’électorat néo-démocrate.

Le NPD est divisé entre le centrisme timide de Thomas Muclair et une orientation plus à gauche, inspirée des luttes des communautés culturelles, des ersatz du mouvement Occupy et des différentes grèves étudiantes. Singh a réalisé la synthèse entre ces deux polarités, tout en cherchant à les consolider en recourant à mémoire de Jack Layton, devenu une véritable figure totémique.

Le victoire de Singh va redistribuer les cartes au sein du parti, et plus encore dans sa composante québécoise qui semble ne pas avoir digérée la victoire du nouveau leader.

Montréal 2017 – Le parti des indécis

DKuPRdOXoAEXgFw

Le sondage (Mainstreet/Qc125) nous donne une petite idée des tendances actuelles, alors que la campagne électorale s’intensifie, que la course à la mairie se resserre. Si l’on peut observer que Projet Montréal (25%) talonne l’Équipe Coderre (30%), le véritable parti est bien celui des indécis. C’est d’autant plus préoccupant car ce chiffre connaît une nette progression, comme le démontre Qc125 :

2017-09-27-graph

Si l’on recoupe les chiffres, 3 raisons expliquent cette forte indécision à un peu plus d’un mois du scrutin :

1. Le mauvais timing et la faible couverture médiatique

Si l’indécision progresse de 34% à 41% de juin à septembre, c’est probablement car la campagne – éloignée du centre des préoccupations quand l’été s’en vient – ne pénètre toujours pas les consciences alors que l’été s’en va. D’autant plus que la campagne municipale rivalise avec d’autres rentrées : celle de l’Assemblée nationale au niveau provincial et celle de la Chambre des communes au niveau fédéral. Bien qu’il existe des journalistes attitrés aux affaires municipales, il leur est difficile dans ce contexte de tirer la couverture médiatique sur des enjeux plus politiques.

2. Une élection impopulaire

D’une manière générale, les enjeux municipaux occupent très peu de place politique. Cette impopularité est due à des raisons structurelles, notamment par la division du travail politique poussée à l’extrême au Canada où les partis se spécialisent selon que le niveau de gouvernement (fédéral, provincial et municipal). Cette spécialisation de la politique par niveau a tendance à accroître l’autonomisation des champs politiques, avec finalement que peu de ponts pour les relier. Pas étonnant que l’indécision soit donc plus marquée dans les populations moins intégrées politiquement : les jeunes (43%) et les non-francophones (53%).

3. La faiblesse de l’offre politique

L’impopularité tient finalement à une très faible politisation des enjeux municipaux, puisqu’il est difficile de les relier avec une offre exprimée en fonction de clivages idéologiques (gauche/droite) ou nationaux (souverainisme/fédéralisme). Pourtant, les quatre partis en lice (et non trois comme le sondage l’indique) : Projet Montréal, L’Équipe Denis Coderre, le Vrai Changement Pour Montréal et Coalition Montréal, incarnent chacun une position identifiable :

champmtl.png

Sauf que la ligne entre «municipalisme» (ville à dimension humaine) et «mégalopolisme»  (ville à dimension mondiale) n’intéresse que les personnes d’ores et déjà réceptives aux enjeux municipaux. L’offre politique est faible puisqu’elle ne parvient pas à intéresser une vaste partie de la population montréalaise.

Si elle veut gagner, Valérie Plante (Projet Montréal) a donc intérêt d’insister sur les enjeux municipaux pour rejoindre les indécis, Jean Fortier (Coalition Montréal) est bien obligé de donner un coup de pied dans la fourmilière en critiquant le «marchandage» s’il veut exister, tandis que Denis Coderre (L’Équipe Denis Coderre) doit maintenir son cap.  Pour ce qui est de Justine McIntyre (Vrai Changement Pour Montréal), elle a eu raison de se concentrer sur une stratégie d’arrondissements, mais elle disparaît alors de la game.

Montréal 2017 – De l’intérêt d’avoir (parfois) des communicants en politique (locale)

Je débute cette série consacrée aux élections municipales à Montréal, par une question à l’attention des candidats : pour quelle(s) raison(s) pensez-vous que les électeurs se désintéresser des enjeux locaux ?

Probablement, mais ce n’est là qu’un angle qui en exclut nullement d’autres, car votre communication est mauvaise. À quoi tient une «bonne» communication politique, me rétorquerez-vous ?

Répondons à cette question complexe par la négative, et ce avec un exemple de «mauvaise» communication politique : la page Facebook de Jean-François Parenteau, candidat de l’Équipe Coderre à Verdun.

verdun

À première vue, cette page respecte toutes les normes d’une communication efficace. Sauf que, à y regarder de plus près …. elle produit l’effet inverse. Regardez les avis, dont la moyenne vertigineuse est de 2/5 (dont 24/32 avis avec 1 étoile). Une « bonne » communication commençant par une maîtrise du discours et de l’image publique. Ces avis fortement négatifs créent ainsi l’effet inverse. En quoi le(s) communicant(s) sont-ils responsables ? Et bien, les avis ça s’enlève, surtout lorsqu’ils convergent dans ce sens…

D’autres critiques pourraient être émises sur la page de Jean-François Parenteau, notamment quant à son animation. Une «bonne» communication politique n’est pas de produire une coquille vide, sans quoi le marketing du moment nuit à l’implentation à long terme. Néanmoins, mon objectif n’est pas de clouer au pilori les communicants de l’Équipe Coderre ou ceux du candidat en passant en revue toutes leurs erreurs, mais bien de démontrer que c’est la division du travail politique qui, parfois, connaît des râtés.

Pour ceux qui ignorent son fonctionnement, tous les partis (fédéraux, provinciaux et municipaux) ont des équipes de permanents qui assurent diverses fonctions, dont la communication. Durant la campagne et après l’élection, la permanence coanime avec le candidat, l’élu et/ou son propre équipe la communication. Sauf qu’il existe des candidats plus ou moins habiles à cet exercice, comme des équipes plus ou moins compétentes.

L’enjeu dans des élections fortement impopulaires comme peuvent l’être les municipales est donc la maîtrise de la communication, et ce afin de générer de l’intérêt et – in fine – de mobiliser les électeurs le jour du vote. La communication des uns et des autres est donc un merveilleux indicateur stratégique, et parfois aux dépends de ceux qui la négligent…

Vous avez des exemples pires que celui-ci ? Donnez les liens dans les commentaires.

Le débat du NPD

npd

Avec ce débat à Montréal, la campagne pour le leadership du NPD (Nouveau Parti-Démocrate) tient toutes ses promesses.

Si les médias font déjà leurs choux gras sur la question de la laïcité au Québec , je privilégie pour ma part un autre angle d’appréciation du débat que le commentaire sur les petits drames provinciaux. Il faut dire que cet exercice est une merveilleuse opportunité d’analyser les positionnements des candidats.

En préambule, soulignons que le débat s’est tenu majoritairement en français. À cet exercice linguistique, Guy Caron part avantagé, Niki Ashton rétorque fort bien car elle manie toutes les subtilités de la langue, tandis que Jagmeet Singh et Charlie Angus sont un peu plus hésitants, mais n’en démordent pas. Pour un public majoritairement francophone, la maîtrise du français peut être un critère d’appréciation important. Le critère linguistique appartient aux nombres des déterminismes sociologiques – comme la classe sociale, la culture, la génération, le niveau d’éducation, le sexe, etc. – qui contraindront les uns à opter plus tel ou tel candidat. À ce titre, peut-être que les femmes auront tendance à opter plus pour Ashton, les minorités culturelles pour Singh, les anglophones pour Angus ou les francophones pour Caron. Cependant, les déterminismes jouent un rôle moindre lors d’une campagne pour le leadership d’un parti.

En effet, votent des personnes extrêmement politisées qui prennent également en considération dans leur choix final d’autres critères, comme le positionnement idéologique et tactique. Idéologiquement, il est difficile de départager les différents candidat. On navigue à vue dans cette social-démocratie un peu invocatoire. Il me semble toutefois qu’Ashton soit plus à gauche, les trois autres candidats variant sur l’échelle du progressisme selon leurs sujets de prédilection. Tactiquement, Caron veut d’ancrer le NPD au Québec pour espérer que le Parti Libéral du Canada (PLC) se fasse déborder par le Parti Conservateur du Canada (PCC) ; Singh espère incarner la diversité face à Justin Trudeau ; Angus poursuit le souvenir du feu Jack Layton, figure tutélaire du parti ; Ashton appelle au renouvellement, à la fois représentatif et idéologique.

C’est pourquoi les uns et les autres ont travaillé leur communication pour affirmer habillement leur positionnement idéologique et tactique. S’il est plutôt sain que des candidats d’un même parti puissent exprimer des positions contradictoires afin de les trancher, quelles positions semblent s’être imposées sur d’autres ? Dit autrement et sans passer par quatre chemins, qui « gagné » le débat ? Si on en juge par les applaudissement de fin, ce serait Niki Ashton. Il faut ben admettre qu’elle a marqué de nombreux points car elle sait parfaitement s’adresser aux militants québécois par une vision, par des préoccupations et – même si c’est moindre – par une langue qui sont les leurs.

Néanmoins, je pense que Singh a bien plus gagné qu’Ashton avec ce débat, et ce parce qu’il a réussi à établir une relation avec les Québécois comparable avec celle qu’ils entretiennent avec Trudeau ; c’est-à-dire une étrange alchimie entre l’attraction et la répulsion créant leur curiosité, ne les rendant surtout pas indifférents.

À suivre…