Faut-il enterrer le souverainisme québécois ?

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Le souverainisme québécois – devenu synonyme d’indépendantisme – est-il mort ? Avec les sondages en berne pour le Parti québécois sur le plan provincial et un Bloc québécois qui se déchire sur le plan fédéral, on pourrait conclure que cette option est de moins en moins viable puisque de moins en moins représentée politiquement. Sauf que la réalité est quelque peu plus complexe.

À la suite d’un conflit interne, 7 des 10 députés du Bloc Québécois (ou «Bloc») ont déserté leur caucus. Parmi les reproches qu’ils adressent à leur cheffe, Martine Ouellet, ces derniers relèvent un conflit stratégique. Pour tenter de l’exposer brièvement, les «déserteurs» conçoivent le Bloc comme un parti nationaliste servant à la défense des intérêts du Québec, tandis que Martine Ouellet et consorts se le représentent comme l’instrument de promotion de l’indépendance sur le champ politique fédéral.  Si ces deux positions partagent une frontière ténue, il faut croire que celle-ci est suffisamment large pour alimenter un conflit.  Sauf que ce conflit qui n’occupe que 10 députés du Bloc (sur les 78 sièges réservé au Québec) semble tout de suite d’importance moindre.

Il faut dire que le souverainisme québécois se porte plutôt mal.

Et c’est au coeur même de la vie politique québécoise qu’il tachycarde puisque, sur le plan provincial, le Parti québécois (PQ) a obtenu un score historiquement bas aux élections de 2014, ne gagnant que 30 sièges (sur 125). Si on cumule avec les sièges de Québec solidaire (QS) – autre formation souverainiste -, on atteint les 34 sièges. Selon toutes les projections, ça risque d’être pire encore pour les élections de 2018. D’après Too Close to Call, le PQ obtiendrait un petit 23,5%, conservant difficilement 27 sièges aux élections 2018. QS pourrait – quant à lui – en obtenir 5 pour 13,5%. Soit un score cumulé de 27% pour le mouvement souverainiste.

Faisant un tout petit mieux que les partis politiques, l’option souverainiste oscillerait entre 35 et 40% dans les sondages d’opinion. Autrement dit, elle n’est pas vraiment populaire.

Face à ces chiffres, il serait aisé de conclure que le souverainisme québécois est passé d’époque, passé de mode. On argumenterait alors que l’évolution du PQ vers un nationalisme conservateur (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018) n’est que la réaction d’une idéologie devenue anachronique qui se crispe avant de disparaître. À mon sens, ces explications oublient que le souverainisme n’est qu’une tendance du nationalisme et que, au sein même de cette tendance, il existe plusieurs acceptions du souverainisme.

Plutôt que disparaître, ces mêmes tendances se reformulent. Elles se reformulent justement parce qu’elles agonisent. Sauf que ce processus est extrêmement lent et la conséquence immédiate est la captation de l’électorat du Bloc et du PQ. Ainsi, et bien qu’elle se défende d’être souverainiste, la Coalition avenir Québec (CAQ) a un discours au nationalisme appuyé, ferme, lequel véhicule la défense des intérêts québécois, la volonté de réaliser un projet de société propre au Québec, proposant une forme floue d’indépendance au sein de la fédération. Une partie de l’électorat souverainiste – plus sensible à la question ethnolinguistique qu’à l’opposition avec le Canada, mais aussi plus libérale sur le plan économique – se porte donc vers la CAQ.

Sauf que si le Bloc et le PQ ne régissent pas très vite, sans se hasarder à cette facilité intellectuelle et destinée à l’échec qui consiste à  singer la formation rivale, ils risqueront de disparaître. Le souverainisme leur survivra peut-être, mais dans une forme altérée.

Les 5 meilleurs articles sur Politisme en 2017

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En quatre mois d’activité, vous êtes 811 à avoir visiter Politisme. Majoritairement, depuis le Canada (61%), la France (24%) et les États-Unis (8%) ; le reste du monde représentant un petit 7%. C’est probablement cette sur-représentation de Canadiens qui explique ce top 5 des meilleurs articles publiés sur Politisme :

  1. Coderre vs. Plante – 2nd débat
  2. La ligne rose
  3. Pourquoi il n’existe pas d’extrême-droite au Québec ?
  4. Coderre vs. Plante – 1er débat
  5. Et si la Catalogne devenait indépendante ?

Sur quel(s) sujet(s) souhaitez-vous que je compose pour 2018 ?

N’hésitez pas à me contacter ou à écrire un commentaire pour me donner des idées.

 

Les brèves – L’Hebdo #1

Au programme de cet hebdo : les élections en Allemagne et celles en France; le référendum au Kurdistan et celui en Catalogne ; la victoire Jagmeet Singh, nouveau leader du NPD.

 

Élections fédérales en Allemagne

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À mon sens, ces élections sont un bon exemple quant au décalage de plus en plus croissant entre certains commentateurs du politique et la vie politique en tant que telle.  Il ne s’agit pas là du décalage entre desdites «élites» face à une «masse» insondable, mais bien celui des commentateurs face à leur objet: c’est-à-dire la politique. Ces journalistes, ces intellectuels, sont devenus des agents d’une industrie de divertissement et, à force de tronquer la réalité pour en servir les intérêts, ils s’aveuglent eux-mêmes.

La preuve en est que, selon eux, Angela Merkel devait gagner haut la main face à face à un Martin Schulz dont le SPD (Parti social-démocrate allemand) a été l’allié complaisant de la CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) et dont le charisme ne faisait pas leur bagou. Certes, Angela Merkel a gagner, mais sa victoire est entachée de celle du parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) – devenu troisième force politique à l’échelon fédéral. À vrai dire, tous les petits partis ont bénéficié de l’échec conjoint de la CDU et du SPD.

La participation n’est pas vraiment la responsable de cette déroute, vu qu’elle a atteint un bon 76,2 % ; soit le meilleur score depuis les trois dernières éditions. Non, ces élections fédérales allemandes sentent la fin d’une époque, et avec elle vient cette peur qui a installé au Bundestag un nouveau joueur : populiste, europhobe, xénophobe. Il sonne le glas du début de la fin de l’ère dont Merkel était la parfaite incarnation.

 

Élections sénatoriales en France

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Les élections sénatoriales en France se déroulent au scrutin indirect ; c’est-à-dire que des collèges de grands électeurs – soit les édiles républicains – désignent qui parmi leurs petits copains va devenir sénateurs. Cette dimension aristocratique des institutions m’exaspère et c’est pour ça que je préfère ne pas rentrer dans des détails qui fleurent bon l’anachronisme et les ronds de chapeau.

Par contre, j’insiste sur le fait que les commentateurs, après avoir révérés Emmanuel Macron, avoir été subjugués par les happy few de La République En Marche (LREM) lors des législatives, minimisent l’échec de ce parti aux sénatoriales.

Pour faire vite puisque c’est une brève, certains sénateurs du PS (Parti socialiste) ou LR (Les Républicains) avaient d’ores et déjà rejoint LREM avant les élections. Le groupe comptait 29 sénateurs. Après ces élections, il n’en compte plus que 28. Autrement dit, il n’y a pas de casse, mais il n’y a pas de gain. Pis encore, le « renouvellement de la classe politique » promis par Macron s’arrête aux marches du Palais du Luxembourg. Le problème de tout marketing, c’est qu’il faut un jour livrer le produit.

 

Référendum au Kurdistan

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J’invite à la prudence celles et à ceux qui, comparant à peu près tout et surtout n’importe quoi, font déjà un parallèle entre la Catalogne et le Kurdistan.  Si la coïncidence des calendriers n’est pas une preuve recevable, pas plus que votre horoscope est un motif d’excuse pour rester au lit le lundi matin, il suffit de comprendre pourquoi le Kurdistan déclenche maintenant son référendum afin comprendre que certaines comparaisons n’ont pas lieu d’être.

En effet, le Kurdistan irakien est dans une situation rêvée pour déclarer son indépendance puisque la Turquie est fortement délégitimée aux yeux de l’occident à cause du régime établi par Erdogan, parce l’Irak ne parvient à se remettre de sa guerre civile et, surtout, parce que la lutte héroïque des différentes milices kurdes contre Daesh attire sur elles une sympathie internationale. Autrement dit, les Kurdes espèrent que leur alliance militaire et stratégique avec les occidentaux se concrétise par la reconnaissance de leur indépendance.

Outre la situation géopolitique positive, le référendum intervient dans contexte local qui est, lui, particulièrement délétère. Il se joue à Erbil le maintien au pouvoir du Président Massoud Barzani, accusé de despotisme dans la mesure où son mandat s’est officiellement terminé le 19 août et que ce dernier l’a prolongé aux marges de légalité. De plus, le bilan de Barzani n’est pas bon car on lui reproche d’avoir failli sur la question de Kirkouk (ville revendiquée par les kurdes, dont les ressources pétrolifères importantes assureraient une viabilité économique au Kurdistan irakien). Bref, il obtiendrait une légitimité renouvelée pour avoir été le premier à créer l’État kurde moderne.

 

Violences durant le référendum en Catalogne

Pour reprendre la comparaison, si les Catalans ont souffert du franquisme et souffrent encore de l’hégémonie culturelle castillane, ils n’ont jamais été des citoyens de seconde zone ; ils n’ont pas subi un génocide à l’arme chimique ; ils n’ont pas pour voisins des pays ou des groupes terroristes hostiles ; et le conflit avec l’Espagne – malgré ces tensions – a largement été contenu dans l’arène politique.

Sauf que la situation s’est dégradée dimanche, car elle a débordé en-dehors du cadre politique. Et puisque la politique concède sa défaite dès qu’elle use du pouvoir de police, elle a échoué aux yeux de tous. En l’absence de politique, il reste plus que les moralistes de tous bords, lesquels la réduisent utilement dans cette dichotomie abominable qui oppose l’ami et l’ennemi.

Je pense que l’on peut être ami de la Catalogne et favorable à son indépendance, tout en faisant remarquer – comme j’ai pu le faire dans l’article Troubles en Catalogne – que le procédé engagé relève d’une stratégie politique qui accroît opiniâtrement les tensions. Si je suis d’avis qu’il n’existe parfois pas d’autres choix que le conflit, les belligérants ont toujours le choix des armes. Celle qu’a brandi Barcelone est irresponsable, celle qu’a utilisé Madrid est abjecte pour avoir causé 90 blessés.

À mon humble avis, il serait sage qu’une médiation départage les uns et les autres. Une médiation qui serait, d’ailleurs, plus profitable à l’Espagne qu’à la Catalogne. S’il ne fait plus aucun doute que cette dernière a gagné la bataille de l’opinion, l’Espagne aurait tout à perdre que le conflit dégénère.

 

Victoire de Jagmeet Singh, nouveau leader du NPD

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Pour avoir écrit un article : Le débat du NPD (Nouveau Parti-Démocrate) lors de la course au leadership et avoir couvert sur Twitter les différentes polémiques qui ont émaillé la campagne, il me fallait souligner la victoire de Jagmeet Singh.

Comme le titrait très justement The Guardian, il est le premier homme politique non-blanc à devenir le leader d’un parti canadien et – derechef – le premier sikh. Mais Singh est plus qu’un turban, une barbe et un kirpan, c’est un stratège qui a parfaitement compris comment gagner l’électorat néo-démocrate.

Le NPD est divisé entre le centrisme timide de Thomas Muclair et une orientation plus à gauche, inspirée des luttes des communautés culturelles, des ersatz du mouvement Occupy et des différentes grèves étudiantes. Singh a réalisé la synthèse entre ces deux polarités, tout en cherchant à les consolider en recourant à mémoire de Jack Layton, devenu une véritable figure totémique.

Le victoire de Singh va redistribuer les cartes au sein du parti, et plus encore dans sa composante québécoise qui semble ne pas avoir digérée la victoire du nouveau leader.

Montréal 2017 – Le parti des indécis

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Le sondage (Mainstreet/Qc125) nous donne une petite idée des tendances actuelles, alors que la campagne électorale s’intensifie, que la course à la mairie se resserre. Si l’on peut observer que Projet Montréal (25%) talonne l’Équipe Coderre (30%), le véritable parti est bien celui des indécis. C’est d’autant plus préoccupant car ce chiffre connaît une nette progression, comme le démontre Qc125 :

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Si l’on recoupe les chiffres, 3 raisons expliquent cette forte indécision à un peu plus d’un mois du scrutin :

1. Le mauvais timing et la faible couverture médiatique

Si l’indécision progresse de 34% à 41% de juin à septembre, c’est probablement car la campagne – éloignée du centre des préoccupations quand l’été s’en vient – ne pénètre toujours pas les consciences alors que l’été s’en va. D’autant plus que la campagne municipale rivalise avec d’autres rentrées : celle de l’Assemblée nationale au niveau provincial et celle de la Chambre des communes au niveau fédéral. Bien qu’il existe des journalistes attitrés aux affaires municipales, il leur est difficile dans ce contexte de tirer la couverture médiatique sur des enjeux plus politiques.

2. Une élection impopulaire

D’une manière générale, les enjeux municipaux occupent très peu de place politique. Cette impopularité est due à des raisons structurelles, notamment par la division du travail politique poussée à l’extrême au Canada où les partis se spécialisent selon que le niveau de gouvernement (fédéral, provincial et municipal). Cette spécialisation de la politique par niveau a tendance à accroître l’autonomisation des champs politiques, avec finalement que peu de ponts pour les relier. Pas étonnant que l’indécision soit donc plus marquée dans les populations moins intégrées politiquement : les jeunes (43%) et les non-francophones (53%).

3. La faiblesse de l’offre politique

L’impopularité tient finalement à une très faible politisation des enjeux municipaux, puisqu’il est difficile de les relier avec une offre exprimée en fonction de clivages idéologiques (gauche/droite) ou nationaux (souverainisme/fédéralisme). Pourtant, les quatre partis en lice (et non trois comme le sondage l’indique) : Projet Montréal, L’Équipe Denis Coderre, le Vrai Changement Pour Montréal et Coalition Montréal, incarnent chacun une position identifiable :

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Sauf que la ligne entre «municipalisme» (ville à dimension humaine) et «mégalopolisme»  (ville à dimension mondiale) n’intéresse que les personnes d’ores et déjà réceptives aux enjeux municipaux. L’offre politique est faible puisqu’elle ne parvient pas à intéresser une vaste partie de la population montréalaise.

Si elle veut gagner, Valérie Plante (Projet Montréal) a donc intérêt d’insister sur les enjeux municipaux pour rejoindre les indécis, Jean Fortier (Coalition Montréal) est bien obligé de donner un coup de pied dans la fourmilière en critiquant le «marchandage» s’il veut exister, tandis que Denis Coderre (L’Équipe Denis Coderre) doit maintenir son cap.  Pour ce qui est de Justine McIntyre (Vrai Changement Pour Montréal), elle a eu raison de se concentrer sur une stratégie d’arrondissements, mais elle disparaît alors de la game.

Montréal 2017 – De l’intérêt d’avoir (parfois) des communicants en politique (locale)

Je débute cette série consacrée aux élections municipales à Montréal, par une question à l’attention des candidats : pour quelle(s) raison(s) pensez-vous que les électeurs se désintéresser des enjeux locaux ?

Probablement, mais ce n’est là qu’un angle qui en exclut nullement d’autres, car votre communication est mauvaise. À quoi tient une «bonne» communication politique, me rétorquerez-vous ?

Répondons à cette question complexe par la négative, et ce avec un exemple de «mauvaise» communication politique : la page Facebook de Jean-François Parenteau, candidat de l’Équipe Coderre à Verdun.

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À première vue, cette page respecte toutes les normes d’une communication efficace. Sauf que, à y regarder de plus près …. elle produit l’effet inverse. Regardez les avis, dont la moyenne vertigineuse est de 2/5 (dont 24/32 avis avec 1 étoile). Une « bonne » communication commençant par une maîtrise du discours et de l’image publique. Ces avis fortement négatifs créent ainsi l’effet inverse. En quoi le(s) communicant(s) sont-ils responsables ? Et bien, les avis ça s’enlève, surtout lorsqu’ils convergent dans ce sens…

D’autres critiques pourraient être émises sur la page de Jean-François Parenteau, notamment quant à son animation. Une «bonne» communication politique n’est pas de produire une coquille vide, sans quoi le marketing du moment nuit à l’implentation à long terme. Néanmoins, mon objectif n’est pas de clouer au pilori les communicants de l’Équipe Coderre ou ceux du candidat en passant en revue toutes leurs erreurs, mais bien de démontrer que c’est la division du travail politique qui, parfois, connaît des râtés.

Pour ceux qui ignorent son fonctionnement, tous les partis (fédéraux, provinciaux et municipaux) ont des équipes de permanents qui assurent diverses fonctions, dont la communication. Durant la campagne et après l’élection, la permanence coanime avec le candidat, l’élu et/ou son propre équipe la communication. Sauf qu’il existe des candidats plus ou moins habiles à cet exercice, comme des équipes plus ou moins compétentes.

L’enjeu dans des élections fortement impopulaires comme peuvent l’être les municipales est donc la maîtrise de la communication, et ce afin de générer de l’intérêt et – in fine – de mobiliser les électeurs le jour du vote. La communication des uns et des autres est donc un merveilleux indicateur stratégique, et parfois aux dépends de ceux qui la négligent…

Vous avez des exemples pires que celui-ci ? Donnez les liens dans les commentaires.