The rise of the Canadian populism

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With the Doug Ford’s victory in Ontario, the possibility that François Legault winning the next general election in Quebec, and the very right-wing positions of federal Conservatives leading by Andrew Scheer (a pro-christian and pro-choice advocate), Canada – at every level of governance – seems moving to populism. If the comparison of those political leaders with Donald Trump is tempting, this article postulates this populism is a local adaptation of a new conservatism’s world tendency.

Columnists are often traped by political discourses. In discourses, the French President  Emmanuel Macron pretends to be a liberal, a world citizen. Nevertheless, his recent immigration bill was voted with the far-right support, condamned as the most coercitive immigration law of French Republic history by academics, NGOs and refugees activists. This example tries to explain there is a gap between political discourses and political actions, not because « all politiciens are liars », neither political discourses are related to ideology whereas political actions depended of power experiment. This gap is the consequence of a simple but efficient catch-all communication strategy in which a political leader presents himself/herself with manifold faces. In fact, the French President doesn’t pretend be something, but – depending of few buzz words and a little bit of marketing – ideological and sociological biases of columnists rewrite his discourses as liberal ones, while other people listen it differently.

Thus, Politics is a question of interpretation : every part of population find in a single discourse its own moto.

Populism is not an ideology, but a political practice which constits to grow the gap between range of interpretations. Populists don’t speak to the people as whole or to a specific group of individuals, but speak about the people as whole for the exclusive benefit of a specific group of individuals. In other words, populism tries to monopolize the concept of « people » by reducing it in very few aspects depending of the specific group of individuals. Among them, some are parts of the system or elites. However, not sure that critique of the system and elites of Donald Trump, Doug Ford or François Legault targets capitalism or social hierarchies, but social-democracy and intellectual elites.  That’s the reason why every anti-system or anti-elite discourses are not populist, but populism is necessarly anti-system or anti-elite.

There are many common characteristics between Donald Trump, Doug Ford and François Legault : same profile, same style, same discourses about economics, political institutions, immigration, etc. Nevertheless, Canadian populist leaders adapt their political perspectives in a Canadian context of equal society, a society less violent than US, a society without racial conflicts. Immigration, identity of the majoritarian group and the Canadian social modele are serious and controversial stakes, but – once again – they are not so conflictual. Even Canadian populists are agreed of a minimum social protection or the necessity of immigrants for Canada economy. Obviously, their vision of society is rooted to conservative tradition, with sometimes a certain indulgence for far-right orientations.

In brief, Canadian populism is an evolution of Canadian conservatism. In my opinion, it reflects a new elective strategy rather than an ideological change. That’s the reason why not Doug Ford nor François Legault are outsiders like Trump, but insiders.

Trop de communication politique tue la politique

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Après des décennies de militantisme, un début de carrière dans le milieu politique et un doctorat dans la discipline, j’arrive au stade où la politique dans sa manière de communiquer au plus grand nombre – c’est-à-dans les médias – me provoque une réaction épidermique. Simple réflexe ou début d’un symptôme, je ne saurai dire. N’étant pas encore gagner à la lassitude collective, il me fallait établir un diagnostic de cette communication politique qui, d’après moi, nuit à la politique.

Un élément de contextualisation au préalable : je vis au Québec. Bien que la situation ici décrite ne se limite nullement à la Belle-Province, mon observation est induite par une observation de plusieurs semaines de la campagne électorale. Celle-ci emprunte un faux rythme, une forme de routine, qui conduit les événements à se dérouler comme sur du papier à musique : avec l’immanquable polémique, les annonces de candidats ou candidates vedettes, les «analyses» des médias sur des points souvent anecdotiques, le sondage d’opinion, etc. Cette même récurrence des faits,  la conformité des acteurs dans leur(s) rôle(s) et position(s), m’invitent à croire que les «stratèges» en communication ont tous été à la même école : celle du mainstream.

Il y a, dans le milieu politique, une confusion insidieuse entre la conformité et le conformisme du message. Je m’explique. Pour qu’un message soit entendu, compris et assimilé par le plus grand nombre, qu’il crée de l’adhésion, il lui faut être conforme à des normes culturelles et sociales, un certain registre et – évidemment – aux médias qui le véhiculeront. S’il est nécessaire de se conformer aux moyens de transmission dans l’émission du message politique, chose qui influence quelque peu son contenu, il ne faut pas faire non plus faire de cette conformité l’unique substance du message. De même, il faut parfois savoir jouer des marges de la conformité pour atteindre d’autres populations, transmettre un autre propos.

C’est donc un équilibre délicat qu’il faut entretenir. Et comme il est plus aisé de le rompre que d’y travailler, les spin doctors débordent de pratiques communicationnelles pour donner aux électrices et électeurs des artifices d’originalité. Dès lors, ils communiquent tout le temps, sur tout, n’important quand. L’important, c’est de parler… de parler encore… d’avoir une opinion sur tout, sur n’importe quoi. Mais à force de s’apostropher et de se répondre, les communicants de tous bords finissent par mettre leurs pratiques au diapason, par animer exactement de la même manière le débat public. LE message politique se réduit alors à sa communication … Ce qui, au mieux, crée de l’ennui au sein de la population ; au pire, la désintéresse totalement.

Ne croyez surtout pas que le désintérêt d’une population envers la politique démontre de son ignorance ou qu’elle est symptomatique de son désengagement. Non, il est une étape dans ce procédé qui conduit à l’abstentionnisme. Crée, entretenu, suggéré par l’élite au pouvoir, il lui permet d’exclure la plèbe du débat démocratique. Rendre la politique ennuyeuse comme un dimanche pluvieux ou, inversement, aussi décérébrée que ces shows télévisés braillards, c’est le plan de l’idéologie dominante pour accroître l’abstention. Après, ils viendront avec leur morale : «des gens sont morts pour ces droits», pour assujettir le peuple au choix dominant. Mais le mal sera fait : la communication politique finira par tuer la politique.

Les petits partis

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Visuel du Parti Pirate, qui pastiche la devise républicaine

Les démocraties représentatives – mais pas seulement ces dernières – s’articulent sur un système partisan. Outre les idéologies, les clivages sociaux, les modes et les degrés d’organisation, la forme légale, etc., les partis politiques se distinguent selon leur propension à détenir le pouvoir.

La distinction courante est celle entre le(s) parti(s) au pouvoir face à celui (ceux) dans l’opposition. Sauf que cette distinction sépare utilement les partis dominants (insiders) qui évoluent au sein des institutions, des partis prétendantes (outsiders) qui – sans responsabilité politique – n’en sont pas moins des acteurs du champ politique. Généralement, on parle de «petits» partis pour les formations avec peu ou proue d’élu-e-s.

Toutefois, accoler l’adjectif «petit» à un parti politique a un côté quelque peu dépréciatif. Évidemment, on pourrait estimer que, avec le nombre de militantes et militants,  les scores électoraux, les finances et autres, il existe des critères objectifs qui établissent une échelle au bout de laquelle il y aurait de «grands» partis politiques, et donc de «petits» à l’autre extrémité. Sauf que cette conception est un subterfuge. Un subterfuge crée par les  dominants pour se maintenir et consolider leur pouvoir.

À vrai dire, on peut percevoir le champ politique comme une guerre de positions. Une guerre toutefois «moralisée» puisqu’il existe des règles que tous les belligérant-e-s acceptent, même tacitement. Sauf que ces règles sont rarement neutres. Elles servent à réguler, voire à restreindre, la pratique du politique.

Évidemment, dans toute démocratie représentative, les charges électives sont en nombre limité. Mais lorsqu’on compte environ 72 000 habitant-e-s pour un-e parlementaire en France (contre 8 200 habitant-e-s pour un-e parlementaire au Canada), on peut se dire qu’il existe encore de la marge avant d’arriver à saturation sur le plan national (ou fédéral). Si les places sont limitées, c’est que le pouvoir est, lui, disputé par des formations politiques aux aspirations hégémoniques.

Autrement dit, plus les règles favorisent la contestation de l’hégémonie, plus  elles contraignent les partis dominants à coopérer entre eux. Si le pluralisme des expressions politiques est aux fondements de la démocratie, l’exercice démocratique en-soi et pour-soi tolère finalement que très peu le partage du pouvoir. Ce phénomène concoure à la fameuse «loi d’airain de l’oligarchie».

Mais, si la démocratie représentative a tendance à se compresser, à prendre la forme d’une oligarchie élective, comment explique-t-on cette véritable profusion de partis politiques qualifiés par leurs adversaires de «petits» partis ?

D’emblée, je tiens à évacuer cette théorie pour laquelle il y aurait un «éclatement» des grands partis au bénéfice des petits. D’une part, les compositions et recomposions partisanes sont monnaie courante et ne constituent en rien un «éclatement». Au mieux, il s’agit de repositionnements. Et puis, il faudrait pour cela qu’un nouvel acteur révolutionne le système partisan. Peut-être que lesdits «mouvements» – à l’instar de La République en Marche (LMRE) ou la France Insoumise (FI) – transforment les pratiques politiques, mais ils ne remettent aucunement en question le système. Pis, ils y évoluent et s’y complaisent. D’autre part, cette théorie présente l’écueil de croire qu’il existerait une échelle avec des «petits», des «moyens» et des «grands» partis et la trimbale sans le moindre discernement, sans se rendre compte qu’elle pérennise l’oligarchie  puisqu’elle contribue à populariser ce genre de fadaises. Enfin, les rapports de force ne sont pas une simple arithmétique dans laquelle je soustraits 1 à X, ce qui fait que Y gagne 1. C’est malheureusement un calcul plus complexe que un échange de billes sous le préau.

À vrai dire, les «petits» partis survivent politiquement puisqu’ils remplissent des rôles et fonctions différents. On peut catégoriser ces rôles et fonctions ainsi, chaque catégorie n’excluant pas nécessairement une autre  :

  • Les partis satellites correspondent à ces formations alliées à des partis dominants ou des partis prétendants, et dont le rôle est, utilement, de diversifier l’offre politique pour atteindre d’autres électorats.
  • Les partis refuges sont les formations dans lesquelles se regroupent les élu-e-s marginalisé-e-s par des partis dominants ou des partis prétendants, mais dont ils-elles partagent la ligne idéologique et/ou stratégique.
  • Les partis hétérodoxes sont ceux qui incarnent une perspective idéologique ou stratégique divergente à celle défendue par un parti dominant ou par un parti prétendant.
  • Les partis minoritaires sont les formations dont l’offre est rare ou est devenue rare sur le champ politique.

Puisque lesdits «petits» partis permettent de diversifier leur offre politique et feindre le pluralisme, ils sont donc utiles aux «grands». Ils sont ces variables d’ajustement de la démocratie représentative en vue de son propre perpétuation. Et c’est justement pour cela qu’ils pullulent, non parce qu’ils la contestent ou qu’ils remettent en cause les forces dominantes en son sein.

5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique

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En cherchant à analyser des stratégies politiques, il m’est arrivé de qualifier certaines d’entre elles de «bonnes» et d’autres de «mauvaises». Bien que l’utilisation d’un prédicat soit une forme de paresse intellectuelle, une «bonne» stratégie est utilement une stratégie qui répond de manière optimale aux objectifs qu’elle s’est fixée.

Voici donc 5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique.

1- Bien analyser le contexte

Avant même de penser à l’objectif que la stratégie est censée satisfaire, il importe de bien analyser le contexte dans laquelle elle se déploie. Cette analyse suppose d’avoir une connaissance globale des phénomènes structurels, mais aussi d’adapter son analyse aux phénomènes conjoncturels.

Savoir analyser un contexte ne signifie pas être objectif à l’égard de celui-ci, mais bien de s’abstenir de tout préjugé qui viendrait fausser l’analyse. Ainsi, l’erreur classique est de croire qu’on comprend bien une situation puisqu’on la vit ou, inversement, parce que l’on en est totalement extérieur à celle-ci. Or, c’est là deux préjugés : le premier est de croire que la connaissance est intrinsèque à l’expérience ; le second est de penser qu’elle est immanente à l’analyste.

Une analyse limpide du contexte exige donc de se placer dans ce milieu inconfortable où l’on est pas uniquement acteur, pas simplement observateur.

2- Opter pour une stratégie réaliste

«Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux», disait Socrate. Au-delà même du contexte politique, il importe de bien se connaître soi, le candidat ou la candidat(e) en lice, la formation politique, etc. Selon les forces et les faiblesses de la personne ou de l’institution, il vous appartiendra de définir une stratégie réaliste.

On ne parle pas ici de victoire ou de défaite future, ni même des différentes approches stratégiques, mais tout simplement de faire suivre les dépenses matérielles, humaines et/ou symboliques avec ses ressources. Sans quoi, votre stratégie – et à moins qu’elle ne résume à cela – risque de les consumer. Une stratégie réaliste signifie donc définir une stratégie en fonction de ce qui est à votre disposition.

S’il existe cette croyance populaire que les petits partis – souvent très chargés idéologiquement – feraient mieux ne pas participer aux échéances électorales d’ampleur puisqu’ils n’ont aucune chance de gagner, ces derniers – grâce à une stratégie réaliste – ne meurent jamais vraiment. Maintenant, pourquoi se présentent-ils ? Pour paraphraser une série culte : la vérité est ailleurs…

3- Définir des objectifs convergents et substituables

Ce n’est pas le tout de définir une série de petits objectifs en perspective de réaliser un GRAND objectif, mais il importe surtout de définir d’autres objectifs qui convergent et sont substituables à vos desseins initiaux.

Développons avec un exemple.

Disons que le grand objectif (X) est de gagner une élection. Pour se faire, il importe de définir une série de petits objectifs à cette fin (x1, x2, x3, etc.). Félicitations, vous avez gagné ! Sauf que … vos adversaires se sont regroupés et disposent désormais d’une minorité de blocage au parlement. Votre victoire est donc sous-optimale.

Une bonne stratégie permet d’anticiper ce genre de désagréments en fixant des objectifs convergents (Y, Z, etc.), et ce afin de rendre votre victoire optimale. Par exemple, en ralliant une partie des adversaires pour empêcher que se forme la minorité de blocage. Mais ces objectifs ne doivent pas être seulement convergents, ils doivent aussi être substituables à l’objectif initial (YX’, ZX’, etc.). Imaginons que vous êtes élu(e) mais que votre formation est minoritaire. Votre défaite s’inversera si vous parvenez à rallier vos concurrents durant l’élection, et ce afin de déstabiliser celui ou celle qui semble l’emporter. Plus faible sera sa victoire, moins forte sera votre défaite.

4- Ne jamais divulguer sa stratégie (à moins que ce soit la stratégie)

Une stratégie ça ne se partage pas, pas même en parties. Cette règle connaît toutefois un exception si elle fait partie intégrante de votre stratégie.

En effet, il peut s’avérer extrêmement tactique de révéler des éléments de sa stratégie. Ces éléments n’ont pas nécessairement besoin spécialement faux, sauf pour induire en erreur vos adversaires. Néanmoins, il existe toujours une contre-indication au mensonge puisqu’il les renseigne sur vos faiblesses lorsqu’il est découvert. Quant aux éléments véritables, ils sont à répandre uniquement si vous souhaitez que vos adversaires revoient eux-mêmes leur stratégie.

C’est donc une véritable partie de poker qui s’engage si vous décidez de divulguer votre stratégie. Mathématiquement, le meilleur moyen pour ne pas perdre reste de ne pas jouer.

5- Se faire bien entourer

Il est certain que la question de l’équipe dépend étroitement de l’enjeu. Plus l’enjeu appelle à l’investissement massif de ressources, plus il contraint à s’entourer d’un nombre important de personnes pour couvrir le terrain, mais aussi de spécialistes pour répondre à des besoins de plus en plus techniques (droit électoral, communication politique, trésorerie, mobilisation des militants, etc.)

Le problème étant que ce nombre exponentiel de petites mains accroît le risque que les orientations stratégiques soient trahies par des inconnus à la loyauté bien relative et qu’elles échappent in fine à celles ou ceux qui les ont élaborées. Pour éviter les trahisons et autres turpitudes, vous pourriez être tenté(e) de concevoir seul(e) dans votre coin votre grande stratégie. Sauf qu’une stratégie ne s’arrête pas à son élaboration : elle doit être mise en oeuvre, adaptée, parfois même changée au cours des événements.

Savoir composer une équipe de personnes loyales et maîtresses de la situation est donc fondamentale. Si vous ne savez pas comment faire, et bien continuez à suivre ce blog puisque ça fait parti de sa stratégie éditoriale.

 

L’islamo-gauchisme

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Dessin de Riss

C’est un qualificatif qui revient souvent dans le débat public pour désigner celles et ceux qui, à gauche, auraient des accointances réelles ou supposées avec l’islam radical. Diagnostic d’une convergence supposée…

Une idéologie ?

Si vous n’avez pas encore visionné ma vidéo : L’idéologie, laquelle vous explique les subtilités de la chose en quelques minutes, c’est le moment de le faire.

Pour celles et ceux qui préfèrent la lecture, on peut définir une idéologie comme un ensemble de représentations et de pratiques œuvrant à décontester un concept dont s’en revendique un groupe dans et pour son action politique.

Il suffit de cette définition pour comprendre qu’on ne se réfère pas ici à une idéologie puisque nul ne se revendique de l’islamo-gauchisme. D’une part, parce que le «gauchisme» a une connotation péjorative à la fois à gauche, puisque Lénine le qualifiait de  «maladie infantile du communisme» dans son livre de référence, et à droite où il est un dénigrement ordinaire du camp opposé. D’autre part, parce que – même en faisant fi du qualificatif de «gauchisme» – l’adéquation entre l’islam et une gauche non-marxiste subodore l’adhésion à cette religion. Sauf que les personnes incriminées sont rarement, voire jamais, musulmanes.

L’insulte revient donc à suspecter le non-musulman d’être l’instrument d’une convergence des luttes entre l’islam et la gauche.

Une convergence des luttes plus que discutable

Admettre qu’il y ait convergence des luttes entre l’islam et la gauche revient à simplifier à l’extrême des réalités complexes, multiples, souvent contradictoires.

Pour la seule question de l’islam, les différentes obédiences sunnites et chiites sont rivales, voire franchement hostiles entre elles. S’il peut toutefois exister des convergences entre les unes et les autres, faut-il encore qu’elles réunissent autour d’un mot d’ordre différentes tendances, courants, institutions et personnalités, mais aussi des peuples, des langues et des cultures différents. Pour ce qui est de la gauche, je crains qu’elle connaissance encore plus de divisions que l’islam…

En réduisant le propos à un islam et une gauche flous et désincarnés, l’histoire regorge d’exemples où l’un et l’autre peuvent converger. Pourtant, il existe certains exemples qui désintéressent les pourfendeurs de l’islamo-gauchisme, à l’exemple d’Al Afghani inspiré par la philosophie des Lumières et qui s’opposait à l’impérialisme. De même, ces derniers relèvent en de trop rares occasions le contexte, comme celui qui fit que les Frères musulmans aient adopté certaines idées du socialisme dans les 1950/1960 en pleine guerre froide et alors que les guerres anticoloniales faisaient rage. Pas plus que ceux-ci ne reconnaissent des parallélismes avec ce qui pourrait être « islamo-droitisme ». Pourtant, avec la Révolution égyptienne de 2012, les Frères musulmans se sont dits nationalistes, attachés aux valeurs traditionnelles de l’islam et ont prôné une économie mixte d’inspiration capitaliste. En bref, ils ont viré conservateurs…

L’éternel complot

S’il n’existe pas une idéologie islamo-gauchiste et si la convergence des luttes entre un islam flou et une gauche toute aussi vaporeuse est très fortement relative, qui sont les islamo-gauchistes ?

À vrai dire, il existe surtout pour leurs critiques. Penser que la gauche aurait au pire des accointances pour l’islam radical, au mieux une passivité face à celui-ci, présente exactement le même écueil que de présenter la droite comme tolérante à l’endroit du christianisme fondamentaliste. Les obscurantismes ne sont ni de gauche ni de droite, ils veulent se substituer à la politique. Maintenant, que des politiques exploitent la religion à toutes fins utiles … c’est vieux comme la politique.

Puisqu’il ne s’agit pas de décrire une réalité, l’islamo-gauchisme d’aujourd’hui est comparable au judéo-bolchévisme d’hier. Je partage donc la lecture de Shlomo Sand, lequel écrivait :

Les juifs survivants et les bolchéviks, quasiment disparus, ont cessé de constituer une menace pour la position et l’identité des élites dominantes, mais l’état de crise permanent du capitalisme, et l’ébranlement de la culture nationale, consécutif à la mondialisation, ont incité à la quête fébrile de nouveaux coupables.

La menace se situe désormais du côté des immigrés musulmans et de leurs descendants, qui submergent la civilisation « judéo-chrétienne ». Et voyez comme cela est étonnant : de nouveaux incitateurs propagandistes les ont rejoints ! Tous ces gens de gauche qui ont exprimé une solidarité avec les nouveaux « misérables » ont fini par s’éprendre ouvertement des invités indésirables venus du sud.

Ces antipatriotes extrémistes trahissent une nouvelle fois la glorieuse tradition de la France dont ils préparent l’humiliante soumission « houellebecquienne ». L’appellation « islamo-gauchiste » a émergé parmi les intellectuels, avant de passer dans l’univers de la communication, pour, finalement, être récupérée par des politiciens empressés.

L’Obs – Le plus [08-06-2016]