Quelle représentativité politique pour la diversité culturelle au Québec ? (1/4)

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Cet article forme l’introduction d’une étude qui cherche à analyser la représentativité politique de la diversité culturelle au Québec, et plus spécifiquement celle mise en lumière avec les élections générales de 2018. Car l’étude en question est en cours de réalisation, le propos est encore à l’état embryonnaire et ne saurait être pris par la lectrice ou le lecteur comme définitif. C’est donc un début de réflexion visant à poser le cadre du débat et à proposer une méthode de travail que je vous propose là. Si ce n’est pas un papier universitaire dans la forme, il n’en demeure pas moins exigeant sur le fond. 

Problématique

Dans une démocratie, la représentation nationale doit-elle être l’image de la société, notamment dans sa diversité culturelle ? Si cette question demeure d’actualité malgré les siècles, c’est parce que le pluralisme politique recoupe de plus en plus un pluralisme culturel. Ce recoupement s’explique à la fois par un dépérissement des idéologies  qui peinent à renouveler les cultures politiques, et par une diversité culturelle accrue qui – l’espace laissé libre par les idéologies – exprime de plus en plus la revendication d’une distribution plus équitable des rôles politiques ; c’est-à-dire la revendication d’un pluralisme devenu effectif.

Mais comme le fait remarquer le philosophe britannique John Gray, le pluralisme correspond davantage à un projet politique, tandis que la diversité est un fait empiriquement constaté. Autrement dit, il peut exister des régimes réputés « pluralistes », mais avec peu ou proue de diversité au sein du champ politique et, inversement, des régimes réputés « monistes » mais avec une représentativité de la diversité observée. Ce décalage – entre ce qui peut relever de l’intentionnalité d’un projet politique par sa théorie, par ses pratiques discursives, normatives et symboliques, d’une réalité concrète – peut s’expliquer par de nombreux phénomènes contingents, dépendamment du contexte étudié.

Le contexte qui nous préoccupera dans cette série d’articles est celui du Québec contemporain, et plus spécifiquement le Québec à quelques mois des élections générales à venir. Certes, le Québec n’est pas nécessairement le champ d’intérêt principal d’une partie du lectorat de ce blog, mais je l’invite toutefois à lire les articles qui suivront car ce contexte illustre parfaitement les défis présents face à la question de la représentativité de la diversité culturelle qui s’impose en Belgique, en France et en Suisse.

En effet, le Québec connaît depuis une quinzaine d’années une polémique récurrente sur l’intégration des immigrants et l’acceptation de la diversité culturelle par la majorité culturelle. Il faut dire que le Québec est une société très – et de plus en plus – diversifiée ; conséquence directe de son histoire avec présence des peuples fondateurs canadiens-français et canadiens-anglais et des nations autochtones, mais aussi par des mouvements migratoires plus récents et encore continus. Si on prend le fait linguistique comme indice (langue maternelle), il y aurait 79,1% de francophones, 8,9% d’anglophones et 12% d’allophones. Selon le Ministère de l’immigration, de la Diversité et de l’Inclusion au Québec, la population immigrante s’élèverait à 12,6%. Les personnes se déclarant appartenir à une minorité visible seraient aux environs de 11%. Autre chiffre, les non-catholiques avoisineraient environ 20% de la population, toutes confessions confondues.

La question de la diversité au Québec est devenue un enjeu électoral de plus en plus proéminent dans le débat public, au point d’opérer un glissement populiste de certains partis nationalistes. Inversement, d’autres formations réclament que la diversité culturelle puisse jouer un rôle prégnant au Québec, qu’elle ait une meilleure représentativité politique et dans d’autres secteurs.

Mais à ce propos, qu’est-ce la représentativité ? Si l’on en croit le Centre nationale de ressources textuelles et linguistiques :

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Par « représentativité culturelle », on entend donc la propension du personnel politique à incarner la diversité culturelle. Cette représentativité n’est pas nécessairement élective dans la mesure où celles et ceux qui incarnent la diversité ne sont pas totalement, ni partiellement, voire peut-être aucunement, élu-e-s ou désigné-e-s par une communauté d’appartenance à laquelle ils ou elles sont censé-e-s appartenir. Pas plus que la représentativité est obligatoirement intentionnelle, puisqu’une personne peut être perçue comme faisant partie de la diversité en question sans que la diversité culturelle soit le motif de son élection. Pour ainsi dire, la représentativité culturelle peut être malgré tous ou malgré soi.

En effet, la culture est un phénomène social, construit en fonction de l’autoreprésentation des individus comme émetteurs de culture, mais aussi de la représentation extérieure de celle-ci des individus comme récepteurs de culture. En d’autres termes, la « culture française » est l’interaction entre des individus qui se disent appartenir à cette culture et d’autres qui perçoivent ce qu’elle peut être. La petite subtilité, c’est que nous sommes jamais seulement émetteurs ou récepteurs d’une culture, mais souvent les deux de manière inégale. La culture française n’existerait probablement pas de la même façon sans les clichés véhiculés à l’étranger, ces clichés étant devenus parties prenantes de ladite culture.

D’où la sempiternelle question : qu’est-ce qui compose une culture ?

Il est extrême difficile de ne pas sombrer dans la réification lorsqu’il s’agit de décrire une culture attribuée à un individu ou à un groupe d’individus. Par exemple, parler « des chrétiens québécois » ne décrient strictement personne, puisque le christianisme connaît plusieurs observances, différents niveaux de pratiques. La pluralité intrinsèque des églises recoupe également des pluralités ethniques, linguistiques, migratoires, etc. Plus on spécifie le propos, plus les identités deviennent multiples, parfois complémentaires, parfois contradictoires. Ainsi, et pour répondre à la question initiale, il est délicat de décrire ce qui compose une culture. Moins périlleux est l’exercice qui consiste à décrire ce qui ne la compose pas, c’est-à-dire sa diversité culturelle.

Pour ainsi dire, la diversité culturelle rassemble toutes les identités formant cultures, ainsi perçues comme autant d’altérités à la culture dominante. Dans une société qui se définit comme québécoise, la culture dominante repose sur une langue qui est le français canadien, un mode de vie nord-américain, des institutions sociales et politiques forgés par trois acteurs clés : la religion catholique romaine, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, etc. Toutes les cultures qui n’intègrent pas les éléments de ce cadre sont donc jugées exogènes à celui-ci et constituent – ensemble – une diversité culturelle. Pour les distinguer, il suffit d’observer les différenciations effectuées par les acteurs qui s’assimilent ou se disent assimiler à la culture dominante.

Mon analyse ne comprend pas les contre/sous-cultures, à l’exemple de la culture punk ou de la culture queer. Si je ne doute pas un instant qu’elles entretiennent un rapport d’altérité avec la culture dominante, ces dernières sont davantage des éléments d’étrangeté au sein de celle-ci plutôt que des éléments étrangers à celle-ci. Il en va de même pour le genre ou l’orientation sexuelle : les femmes ou les LGBTQIA+ n’en sont pas moins culturellement québécois-es, bien qu’ils/elles appartiennent à des groupes marginalisés socialement et politiquement.

Méthodologie

Dans sa seconde partie, cet article se propose d’analyser la diversité culturelle par le prisme de sa représentativité politique. Il se situe à un moment idéal qui est celui des élections générales. Un « moment idéal » puisque chaque parti est libre de présenter les candidates et les candidats qu’il souhaite, même si ces dernières ou ces derniers peuvent avoir préalablement mené-e-s une compétition électorale afin d’obtenir leur investiture. L’analyse cherchera à connaître le mode de nomination de la candidate ou du candidat, son intentionnalité et, évidemment, celle du parti. Dans un deuxième temps, il s’agira d’estimer si la circonscription est  gagnable ou non.

Mais avant de qualifier la représentativité politique de la diversité culturelle , il faut la quantifier. Au Québec, les élections générales ont lieu au scrutin uninominal majoritaire à un tour, ce qui a tendance à pénaliser lesdits « petits partis ». J’opte donc pour les partis qui ont le plus de chance de gagner des sièges, c’est-à-dire le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS). Puisqu’il y a 125 circonscriptions et donc autant de candidats potentiels, l’exercice sera donc renouvelé quatre fois pour estimer la représentativité politique de la diversité culturelle.

Sur ce point, réitérons le propos introductif : la diversité prise en compte sera celle qui dénote avec la culture dominante. Pour ce faire, je prends quatre grandes catégories de différenciation :

  • Catégorie des minorités visibles : tout individu identifié ou s’identifiant par sa couleur de peau.
  • Catégorie des minorités ethnoculturelles : tout individu identifié ou s’identifiant comme étranger aux peuples fondateurs (canadien-français et canadien-anglais).
  • Catégorie des minorités linguistiques : tout individu dont la langue maternelle ou la langue d’usage est autre que le français canadien.
  • Catégorie des minorités migratoires : tout individu né autre part qu’au Québec, ou dont les parents sont nés autre part qu’au Québec.

Évidemment, une personne peut appartenir à une ou plusieurs catégories, mais il ne s’agit pas d’attribuer des points pour la promotion d’une personnalité à part, mais bien d’estimer l’ampleur et la généralisation d’un phénomène. Autrement dit, si un parti promeut dans une circonscription facile une personne issue de la diversité culturelle alors que tous les autres candidats ne la reflète pas, son indice sera faible.

Afin de tester ma méthode (quantitative/qualitative), le prochain article traitera de la moitié des candidatures annoncées. N’hésitez pas à me suivre pour sur les réseaux sociaux pour connaître l’évolution de cette étude et l’amiéliorer par vos commentaires.

Le nationalisme ethnique de la CAQ

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Image de propagande de la CAQ

La polémique a débuté il y a une semaine quand le quotidien Montreal Gazette rapportait les propos du ministre des finances Carlos Leitão, prononcés devant un parterre de représentants anglophones :

« (…) the kind of nationalism the CAQ proposes is, in my opinion, an ethnic based nationalism. I’m not afraid of the words. This is what it is. They view the French majority as being under attack from all those foreigners out there.”

Montreal Gazette, 14 mars 2018

François Legault s’en est offusqué, percevant dans l’opinion du ministre une accusation de racisme. Car le Parti libéral du Québec (PLQ) s’emploie depuis plusieurs mois à présenter la Coalition avenir Québec (CAQ), lui prêtant des accointances avec les populismes d’extrême-droite, ce devait en effet l’intention de Carlos Leitão.

Mais sans ces sous-entendus, la CAQ sombre-t-elle dans un nationalisme ethnique ?

Évidemment, plusieurs intellectuels de renom tels que Jacques Beauchemin et Lucien Bouchard sont intervenus afin de disculper la CAQ de tout nationalisme ethnique. Non par sympathie pour la CAQ ou – inversement – par antipathie pour le PLQ, mais parce qu’avouer le contraire les contraindrait à un exercice pénible de réflexivité. En effet, ces intellectuels devraient affirmer leurs propres accointances nationalistes, ce qui deviendrait scientifiquement délicat puisqu’ils deviendraient juges et parties.

En débutant l’exercice, il faut reconnaître que le nationalisme québécois – comme la plupart des nationalismes – contient des éléments ethniques qui le définissent ; à l’instar de la langue, de la culture et des mœurs québécois. «Ethnique» n’est pas nécessairement synonyme de «raciste» puisque l’ethnicité peut accepter des substrats multiples, être inclusive, être plurielle. Pareillement, le nationalisme québécois comme bon nombre de nationalismes intègre des éléments dits «civiques» – tels que le modèle social ou le cadre démocratique – qui concourent à le définir. De même que l’ethnicité, les éléments civiques du nationalisme peuvent être – selon les acteurs qui les mobilisent – pluralistes ou, inversement, monistes. C’est pourquoi,  il existe au sein du nationalisme québécois des conflits interprétatifs pour circonscrire les éléments d’importance, mais aussi également pour faire prévaloir des définitions plutôt que d’autres. Dès lors, il serait plus exact de parler des nationalismes québécois plutôt que d’un nationalisme québécois.

Parmi ces nationalismes, il  y a celui de la CAQ. Les discours, les propositions, les positions, les réactions des élus et des militants m’amènent à croire que ce parti défend un nationalisme conservateur basé sur des éléments ethniques, lesquels ont bien souvent un substrat unique, une définition exclusive et n’acceptent que peu d’allégeance multiple. Autrement dit, lorsque la CAQ proclame qu’il faille adhérer aux «valeurs québécoises», il ne s’agit de valeurs universalistes qui – par contingence ou par adhésion volontaire – se retrouveraient là, au Québec. Non, il s’agit bien de valeurs québécoises, héritières de l’ordre moral catholique, fondées sur des représentations nord-américaines de la société et nourries par une pensée de droite. C’est ce que dit en substance François Legault, différenciant les valeurs de la Charte des valeurs sur lesquelles il faudrait mettre l’emphase :

Nous, ce qu’on dit, c’est que plutôt que d’avoir une signature pour adhérer à des valeurs qui sont essentiellement les valeurs de la Charte québécoise des droits et libertés, nous on voudrait mettre un petit peu plus d’emphase en mettant un test pour s’assurer qu’on envoie un message clair. C’est un message qu’on envoie avec le test des valeurs de dire aux gens : apprenez les valeurs, connaissez-les, sachez bien dans quoi vous vous embarquez quand vous venez au Québec.

Radio-Canada. 21 mars 2018.

Remarquons que le propos ci-dessus reste équivoque, ne spécifiant jamais lesdites «valeurs».  Si je pense pas que la CAQ soit raciste, c’est justement cette propension à l’équivoque qui fait parfois douter de son discours, de ses intentions. Ainsi, le meilleur moyen pour la CAQ de ne plus être accuser de racisme, ce serait peut-être lutter activement contre toutes les formes de discriminations ; non de chercher éternellement à se disculper d’être raciste.

Faut-il enterrer le souverainisme québécois ?

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Le souverainisme québécois – devenu synonyme d’indépendantisme – est-il mort ? Avec les sondages en berne pour le Parti québécois sur le plan provincial et un Bloc québécois qui se déchire sur le plan fédéral, on pourrait conclure que cette option est de moins en moins viable puisque de moins en moins représentée politiquement. Sauf que la réalité est quelque peu plus complexe.

À la suite d’un conflit interne, 7 des 10 députés du Bloc Québécois (ou «Bloc») ont déserté leur caucus. Parmi les reproches qu’ils adressent à leur cheffe, Martine Ouellet, ces derniers relèvent un conflit stratégique. Pour tenter de l’exposer brièvement, les «déserteurs» conçoivent le Bloc comme un parti nationaliste servant à la défense des intérêts du Québec, tandis que Martine Ouellet et consorts se le représentent comme l’instrument de promotion de l’indépendance sur le champ politique fédéral.  Si ces deux positions partagent une frontière ténue, il faut croire que celle-ci est suffisamment large pour alimenter un conflit.  Sauf que ce conflit qui n’occupe que 10 députés du Bloc (sur les 78 sièges réservé au Québec) semble tout de suite d’importance moindre.

Il faut dire que le souverainisme québécois se porte plutôt mal.

Et c’est au coeur même de la vie politique québécoise qu’il tachycarde puisque, sur le plan provincial, le Parti québécois (PQ) a obtenu un score historiquement bas aux élections de 2014, ne gagnant que 30 sièges (sur 125). Si on cumule avec les sièges de Québec solidaire (QS) – autre formation souverainiste -, on atteint les 34 sièges. Selon toutes les projections, ça risque d’être pire encore pour les élections de 2018. D’après Too Close to Call, le PQ obtiendrait un petit 23,5%, conservant difficilement 27 sièges aux élections 2018. QS pourrait – quant à lui – en obtenir 5 pour 13,5%. Soit un score cumulé de 27% pour le mouvement souverainiste.

Faisant un tout petit mieux que les partis politiques, l’option souverainiste oscillerait entre 35 et 40% dans les sondages d’opinion. Autrement dit, elle n’est pas vraiment populaire.

Face à ces chiffres, il serait aisé de conclure que le souverainisme québécois est passé d’époque, passé de mode. On argumenterait alors que l’évolution du PQ vers un nationalisme conservateur (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018) n’est que la réaction d’une idéologie devenue anachronique qui se crispe avant de disparaître. À mon sens, ces explications oublient que le souverainisme n’est qu’une tendance du nationalisme et que, au sein même de cette tendance, il existe plusieurs acceptions du souverainisme.

Plutôt que disparaître, ces mêmes tendances se reformulent. Elles se reformulent justement parce qu’elles agonisent. Sauf que ce processus est extrêmement lent et la conséquence immédiate est la captation de l’électorat du Bloc et du PQ. Ainsi, et bien qu’elle se défende d’être souverainiste, la Coalition avenir Québec (CAQ) a un discours au nationalisme appuyé, ferme, lequel véhicule la défense des intérêts québécois, la volonté de réaliser un projet de société propre au Québec, proposant une forme floue d’indépendance au sein de la fédération. Une partie de l’électorat souverainiste – plus sensible à la question ethnolinguistique qu’à l’opposition avec le Canada, mais aussi plus libérale sur le plan économique – se porte donc vers la CAQ.

Sauf que si le Bloc et le PQ ne régissent pas très vite, sans se hasarder à cette facilité intellectuelle et destinée à l’échec qui consiste à  singer la formation rivale, ils risqueront de disparaître. Le souverainisme leur survivra peut-être, mais dans une forme altérée.

Où s’en va le Parti québécois?

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Les 8,9 et 10 septembre, le Parti québécois (PQ) organisait son congrès. Outre le score quasi-stalinien (92,8%) par lequel Jean-François Lisée a été reconduit dans ses fonctions de «chef» du premier parti d’opposition, que peut-on en retenir de l’événement?

Son sous-titre conquérant : «Le chemin des victoires», donne une première indication. Le PQ se met  donc en ordre de bataille pour les prochaines élections provinciales qui se profilent à l’horizon 2018. Reste à savoir quelle stratégie adoptée pour : 1) défaire le Parti libéral du Québec (PLQ), en tête dans les sondages (31%) ; 2) rattraper son retard sur la Coalition avenir Québec (CAQ), qui talonne le premier (29%) ; 3) ne pas se faire déborder sur la gauche par Québec solidaire (QS), de plus en plus populaire (15%, chiffres selon le sondage Léger-Le Devoir de juin) ?

Le casse-tête semble indépassable, d’autant plus qu’une nouvelle et large défaite sonnerait le glas de la formation souverainiste. Parmi les stratégies envisageables, il semblerait que celle, choisie par Lisée, opère un glissement à droite (tel que je le mentionnais dans un article précédent). Mais de quelle droite parle-t-on exactement ?

Comme tout théoricien du politique, la tendance ne me satisfait jamais et les déclarations me sont  toujours un peu suspicieuses. J’attendrai donc que l’une se confirme et que les autres se cristallisent avant de qualifier cette droite. Néanmoins, affirmons – pour l’instant – que ce positionnement à droite est plus tactique qu’idéologique. Ce positionnement – ou, plus exactement, ce glissement – sert à rallier les électeurs éventuels de la CAQ afin de concurrencer le PLQ ; tout en présentant QS sous son visage «d’extrême-gauche» pour espérer amoindrir sa progression chez les souverainistes modérés. Concernant les électeurs du PLQ, j’ai l’impression que Lisée fait l’impasse.

Se crée alors un double enjeu pour le PQ : d’une part, mobiliser des communautés culturelles réceptives à son message pour prendre les comtés qui ballottent entre PQ/PLQ ou PQ/CAQ ; d’autre part, reprendre à la CAQ le vote francophone, de classe moyenne et périurbain. Si ces clientèles peuvent avoir les mêmes attentes en terme d’éducation, de transports, de santé, d’infrastructures, etc., plusieurs luttes symboliques les départagent. Jusqu’alors, le PQ avait fait le choix de les réconcilier à l’aide d’un modèle d’État social, inspiré des social-démocraties scandinaves, œuvrant ainsi à établir les jalons de l’indépendance.

Sauf que ce modèle a vécu, d’une part car les communautés culturelles sont de plus en plus politisées, surtout avec les deuxièmes, voire les troisièmes générations, qui – malgré la maîtrise de la langue française et l’assimilation des codes culturels – sont toujours autant marginalisées dans la société québécoise. Les promesses de lendemains qui chantent ne les convainquent plus. D’autre part, car les populations francophones, péri-urbaines et appartenant à la classe moyenne, ressentent un décalage entre ce qu’elles pensent être la collectivité avec ce qu’elles accusent être la conséquence de sa perte d’identité : l’acculturation, la diversité ethnoculturelle, la concurrence territoriale, etc.

Car le nationalisme de cette frange de la population n’est plus qu’accessoirement politique pour être principalement identitaire, Lisée cherche à s’adapter. Si le but est de récupérer les souverainistes déçus de la tiédeur du PQ sur les thématiques identitaires, il n’abandonne pas modèle de l’État social, bien qu’il le «libéralise» en concédant plus de place à l’entreprise et le «nationalise» en affirmant une souveraineté économique. Une fois de plus, la manœuvre vise à rassurer les classes populaires, les classes moyennes, les petits propriétaires et les investisseurs locaux, préoccupées à la fois par la dépense publique et la viabilité économique du Québec.

Lisée, en fin stratège, se prépare donc à une élection qui, en 2018, sera marquée par les problématiques identitaires et économiques. Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui – qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ. Voilà où le PQ s’en va…

Québec solidaire à gauche, le Parti québécois à droite ?

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À défaut de se parler, Gabriel Nadeau-Dubois – co-porte-parole de Québec solidaire (QS) – et Jean-François Lisée – chef du Parti québécois (PQ) – se répondent indirectement. Plus exactement, l’un et l’autre s’emploient à se positionner dans le clivage gauche/droite, longtemps délaissé par le débat public au profit du clivage souverainisme/fédéralisme.

Sur l’extrême-droite :

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 Sur l’immigration :

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Sur les signes religieux :

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Le positionnement de Nadeau-Dubois n’est pas nécessairement plus à gauche, mais celui de Lisée glisse toujours un peu plus à droite. En effet, on retrouve dans les gazouillis ci-dessus les argumentaires habituels des formations conservatrices : la montée des extrêmes est la conséquence du tabou entretenu par le pouvoir quant à l’immigration et la laïcité ; l’immigration illégale est provoquée par la responsabilité d’une puissance tierce (l’Allemagne, pour les droites européennes ; le fédéral, pour la droite québécoise) ; comme le voile intégral est interdit ailleurs, raison de plus de l’interdire ici, etc.

Outre les «débats de société» qui invitent chacun à préciser son positionnement auprès d’un large public, les deux leaders paraissent préoccupés par la réception de celui-ci auprès de leurs partisans. En témoignes ces tentatives timides de réanimer des sujets appartenant à la chasse-gardée de leur formation respective.

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Qu’un parti de gauche comme QS ait besoin de préciser qu’il s’occupera – le temps d’une saison – des travailleurs et que le PQ doive rappeler que la langue française est son credo, tout cela augure d’un durcissement. Mais d’un durcissement bien tranquille, comme le fut la révolution au Québec…