Le nationalisme ethnique de la CAQ

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Image de propagande de la CAQ

La polémique a débuté il y a une semaine quand le quotidien Montreal Gazette rapportait les propos du ministre des finances Carlos Leitão, prononcés devant un parterre de représentants anglophones :

« (…) the kind of nationalism the CAQ proposes is, in my opinion, an ethnic based nationalism. I’m not afraid of the words. This is what it is. They view the French majority as being under attack from all those foreigners out there.”

Montreal Gazette, 14 mars 2018

François Legault s’en est offusqué, percevant dans l’opinion du ministre une accusation de racisme. Car le Parti libéral du Québec (PLQ) s’emploie depuis plusieurs mois à présenter la Coalition avenir Québec (CAQ), lui prêtant des accointances avec les populismes d’extrême-droite, ce devait en effet l’intention de Carlos Leitão.

Mais sans ces sous-entendus, la CAQ sombre-t-elle dans un nationalisme ethnique ?

Évidemment, plusieurs intellectuels de renom tels que Jacques Beauchemin et Lucien Bouchard sont intervenus afin de disculper la CAQ de tout nationalisme ethnique. Non par sympathie pour la CAQ ou – inversement – par antipathie pour le PLQ, mais parce qu’avouer le contraire les contraindrait à un exercice pénible de réflexivité. En effet, ces intellectuels devraient affirmer leurs propres accointances nationalistes, ce qui deviendrait scientifiquement délicat puisqu’ils deviendraient juges et parties.

En débutant l’exercice, il faut reconnaître que le nationalisme québécois – comme la plupart des nationalismes – contient des éléments ethniques qui le définissent ; à l’instar de la langue, de la culture et des mœurs québécois. «Ethnique» n’est pas nécessairement synonyme de «raciste» puisque l’ethnicité peut accepter des substrats multiples, être inclusive, être plurielle. Pareillement, le nationalisme québécois comme bon nombre de nationalismes intègre des éléments dits «civiques» – tels que le modèle social ou le cadre démocratique – qui concourent à le définir. De même que l’ethnicité, les éléments civiques du nationalisme peuvent être – selon les acteurs qui les mobilisent – pluralistes ou, inversement, monistes. C’est pourquoi,  il existe au sein du nationalisme québécois des conflits interprétatifs pour circonscrire les éléments d’importance, mais aussi également pour faire prévaloir des définitions plutôt que d’autres. Dès lors, il serait plus exact de parler des nationalismes québécois plutôt que d’un nationalisme québécois.

Parmi ces nationalismes, il  y a celui de la CAQ. Les discours, les propositions, les positions, les réactions des élus et des militants m’amènent à croire que ce parti défend un nationalisme conservateur basé sur des éléments ethniques, lesquels ont bien souvent un substrat unique, une définition exclusive et n’acceptent que peu d’allégeance multiple. Autrement dit, lorsque la CAQ proclame qu’il faille adhérer aux «valeurs québécoises», il ne s’agit de valeurs universalistes qui – par contingence ou par adhésion volontaire – se retrouveraient là, au Québec. Non, il s’agit bien de valeurs québécoises, héritières de l’ordre moral catholique, fondées sur des représentations nord-américaines de la société et nourries par une pensée de droite. C’est ce que dit en substance François Legault, différenciant les valeurs de la Charte des valeurs sur lesquelles il faudrait mettre l’emphase :

Nous, ce qu’on dit, c’est que plutôt que d’avoir une signature pour adhérer à des valeurs qui sont essentiellement les valeurs de la Charte québécoise des droits et libertés, nous on voudrait mettre un petit peu plus d’emphase en mettant un test pour s’assurer qu’on envoie un message clair. C’est un message qu’on envoie avec le test des valeurs de dire aux gens : apprenez les valeurs, connaissez-les, sachez bien dans quoi vous vous embarquez quand vous venez au Québec.

Radio-Canada. 21 mars 2018.

Remarquons que le propos ci-dessus reste équivoque, ne spécifiant jamais lesdites «valeurs».  Si je pense pas que la CAQ soit raciste, c’est justement cette propension à l’équivoque qui fait parfois douter de son discours, de ses intentions. Ainsi, le meilleur moyen pour la CAQ de ne plus être accuser de racisme, ce serait peut-être lutter activement contre toutes les formes de discriminations ; non de chercher éternellement à se disculper d’être raciste.

Faut-il enterrer le souverainisme québécois ?

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Le souverainisme québécois – devenu synonyme d’indépendantisme – est-il mort ? Avec les sondages en berne pour le Parti québécois sur le plan provincial et un Bloc québécois qui se déchire sur le plan fédéral, on pourrait conclure que cette option est de moins en moins viable puisque de moins en moins représentée politiquement. Sauf que la réalité est quelque peu plus complexe.

À la suite d’un conflit interne, 7 des 10 députés du Bloc Québécois (ou «Bloc») ont déserté leur caucus. Parmi les reproches qu’ils adressent à leur cheffe, Martine Ouellet, ces derniers relèvent un conflit stratégique. Pour tenter de l’exposer brièvement, les «déserteurs» conçoivent le Bloc comme un parti nationaliste servant à la défense des intérêts du Québec, tandis que Martine Ouellet et consorts se le représentent comme l’instrument de promotion de l’indépendance sur le champ politique fédéral.  Si ces deux positions partagent une frontière ténue, il faut croire que celle-ci est suffisamment large pour alimenter un conflit.  Sauf que ce conflit qui n’occupe que 10 députés du Bloc (sur les 78 sièges réservé au Québec) semble tout de suite d’importance moindre.

Il faut dire que le souverainisme québécois se porte plutôt mal.

Et c’est au coeur même de la vie politique québécoise qu’il tachycarde puisque, sur le plan provincial, le Parti québécois (PQ) a obtenu un score historiquement bas aux élections de 2014, ne gagnant que 30 sièges (sur 125). Si on cumule avec les sièges de Québec solidaire (QS) – autre formation souverainiste -, on atteint les 34 sièges. Selon toutes les projections, ça risque d’être pire encore pour les élections de 2018. D’après Too Close to Call, le PQ obtiendrait un petit 23,5%, conservant difficilement 27 sièges aux élections 2018. QS pourrait – quant à lui – en obtenir 5 pour 13,5%. Soit un score cumulé de 27% pour le mouvement souverainiste.

Faisant un tout petit mieux que les partis politiques, l’option souverainiste oscillerait entre 35 et 40% dans les sondages d’opinion. Autrement dit, elle n’est pas vraiment populaire.

Face à ces chiffres, il serait aisé de conclure que le souverainisme québécois est passé d’époque, passé de mode. On argumenterait alors que l’évolution du PQ vers un nationalisme conservateur (voir mon article : En route pour les élections provinciales de 2018) n’est que la réaction d’une idéologie devenue anachronique qui se crispe avant de disparaître. À mon sens, ces explications oublient que le souverainisme n’est qu’une tendance du nationalisme et que, au sein même de cette tendance, il existe plusieurs acceptions du souverainisme.

Plutôt que disparaître, ces mêmes tendances se reformulent. Elles se reformulent justement parce qu’elles agonisent. Sauf que ce processus est extrêmement lent et la conséquence immédiate est la captation de l’électorat du Bloc et du PQ. Ainsi, et bien qu’elle se défende d’être souverainiste, la Coalition avenir Québec (CAQ) a un discours au nationalisme appuyé, ferme, lequel véhicule la défense des intérêts québécois, la volonté de réaliser un projet de société propre au Québec, proposant une forme floue d’indépendance au sein de la fédération. Une partie de l’électorat souverainiste – plus sensible à la question ethnolinguistique qu’à l’opposition avec le Canada, mais aussi plus libérale sur le plan économique – se porte donc vers la CAQ.

Sauf que si le Bloc et le PQ ne régissent pas très vite, sans se hasarder à cette facilité intellectuelle et destinée à l’échec qui consiste à  singer la formation rivale, ils risqueront de disparaître. Le souverainisme leur survivra peut-être, mais dans une forme altérée.

Le succès des nationalistes corses : vers la fin du jacobinisme ?

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Au début du XXIe siècle, le nationalisme corse a engagé une petite révolution. Comme d’autres mouvances en Europe, les groupuscules qui se réclamaient de la libération nationale par les armes ont progressivement déserté l’avant-scène. Si la plupart d’entre eux ont été dissous, les quatre à cinq décennies de lutte armée auront permis qu’émerge une élite socialisée à la politique par et pour la cause.

Autrement dit, le conflit n’a jamais cessé : il s’est tout simplement déplacé vers l’arène politique, et ce par l’entremise et au profit de cette nouvelle élite. Mais le passage de la lutte armée vers la lutte politique n’a pas été de tout repos, et ce qu’a accompli le nationalisme corse – en si peu de temps et dans des conditions parfois moins favorables matériellement et symboliquement que leur homologue basques ou catholiques d’Irlande du Nord – est à souligner.

Pour ces dernières années, elle tient en une alliance entre les autonomistes de Gilles Simeoni (Femu a Corsica) et les indépendantistes de  Jean-Guy Talamoni (Corsica Libre) dans la coalition Pè a Corisca. Pè a Corsica s’est inspirée des expériences d’autres grands partis nationalistes en contexte minoritaire, tels que le Parti québécois (PQ), le Scottish National Party (SNP) ou la Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) afin de créer une formation de centre/centre-gauche, suffisamment souple idéologiquement pour discuter avec toutes les composantes de la société corse. 

La Corse est donc la «région» française où le nationalisme est le plus structuré et qui compte les plus d’élus de cette tendance. Malgré son caractère majoritaire au sein de la population à laquelle il s’adresse, le nationalisme corse ne semble pas menacer le centralisme français outre mesure… Pas même pour venir lui arracher un statut d’exception.

À vrai dire, l’exception corse a été consacrée dès 1982 avec la loi portant statut particulier de la région Corse établissant l’Assemblée de Corse, puis en 1991 par la création de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) et, enfin, en 2015 avec l’établissement de la collectivité unique par fusion des deux départements. Bien qu’elles aient été annoncées différemment, il ne faudrait surtout pas prendre ces mesures pour autres choses que des «corrections» à l’endroit de la Corse puisqu’elles sont autant d’étapes que compte une politique plus large de décentralisation.

Si les nationalistes corses ne parlent plus d’indépendance, la création d’un statut d’autonomie – qui en appelle à la co-officialité du corse avec le français, à  un statut de résident, à des exemptions fiscales et à l’amnistie pour les prisonniers politiques – va se heurter de plein fouet au centralisme français dont la doctrine jacobine est peu prompte à lâcher du leste.

Si l’éditorial du Monde estime :

Le succès des nationalistes dans les urnes et la victoire idéologique et culturelle qu’il exprime obligent Emmanuel Macron et le gouvernement à oublier leur embarras. Ils vont devoir engager des négociations et trouver des réponses. Sauf à exacerber un peu plus la défiance de la Corse à l’égard de « Paris ».

Le Monde – 04 décembre 2017

Je ne pense pas que ces négociations interviennent aussi aisément. Ce doute provient du fait que – pour qu’elles aient lieu – le rapport de force devrait se déplacer en faveur des nationalistes corses. Théoriquement, un bon score aux élections accroît ce rapport de force, apportant à la fois la légitimité des urnes et des ressources institutionnelles pour capitaliser là-dessus. Sauf que le pouvoir en place a démontré dans le cas de l’Alsace son habilité à censurer de manière douce – puisque administrative, gestionnaire – toute velléité contraire à ses orientations.

Mais si je ne puis dire où Macron et la République en Marche (LREM) se situent sur la question des territoires, la classe politique française en son ensemble se montre rétive à toute «partition»  de la République, fut-elle limiter à la reconnaissance d’une langue ou à deux ou trois mesures pour plus d’autonomie. De plus, je crains que le débat devienne une simple passe d’armes entre Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise (FI) et le gouvernement actuel.

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Là encore, il ne faut pas se leurrer : Mélenchon est un jacobin invétéré. Son soutien à Simeoni n’a autre but que d’exacerber la tension avec ses adversaires nationaux : d’une part, le pouvoir en place ; d’autre part, une portion de la gauche radicale qui lui conteste son leadership autoproclamé. Mais de là à soutenir un véritable processus d’autonomisation de la Corse ? Je suis perplexe…

Bref, sans relais continentaux véritables, les nationalistes corses n’auront plus qu’à se hasarder dans des négociations infructueuses ou à les suspendre tout en espérant un meilleur destin que celui de la Catalogne. Une troisième voix reste possible, en cela qu’il leur faudra construire des coopérations avec d’autres acteurs continentaux pour espérer un soutien plus large. Pour ce faire – et sans vouloir prédire le second tour – il faudra encore de nombreuses victoires et se maintenir quelques temps au pouvoir.

Valse avec Tariq

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Pascal Boniface

C’est une polémique bien française qui en dit finalement long sur les dangers qui pèsent sur le raisonnement cartésien dans l’hexagone.

Mais puisqu’il faut parler de la polémique en tant que telle, résumons la à grands traits. Elle débute lorsque deux femmes déposent plainte contre Tariq Ramadan, l’accusant de viol. La polémique grossit d’autant plus que Charlie Hebdo – dans son rôle d’agitateur public – déchaîne la colère des partisans de l’islamologue, tandis que l’ex-Premier ministre Manuel Valls se fend d’un tweet :

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Et puis d’un autre, remettant son statut d’«intellectuel» en question :

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Après la dénonciation, Valls accuse des personnalités publiques de complicité avec Tariq Ramadan, dont Edwy Plenel (Médiapart).

Et puisque l’affaire Ramadan ne serait que la partie immergée de l’iceberg, l’ex-Premier ministre « accuse » plusieurs intellectuels de gauche de complaisance avec un islamisme viscéralement antisémite.

Parmi ces derniers, se retrouve Pascal Boniface :

Je considère, par exemple que ce qu’écrit l’universitaire Pascal Boniface depuis des années pose un vrai problème. J’ai d’ailleurs saisi les ministres des Affaires étrangères et des Armées qui financent l’Iris de ce sujet, même s’il ne parle pas au nom de l’Iris.

Marianne (10-11-2017)

Si j’ai toujours été dubitatif sur la qualité des travaux du directeur de l’IRIS et plus que mitigé sur la manière dont est menée la recherche dans cet institut, qu’une personnalité politique s’estime en droit de juger de la recevabilité d’écrits académiques au seul critère qu’ils ne lui conviennent pas en dit long sur la liberté académique.

Malgré tout ce qu’on peut reprocher à Boniface, celui-ci ne s’est jamais dit détenteur de la Vérité et il s’est toujours plié aux règles du débat scientifique. Maintenant, Boniface n’est pas «neutre» non plus. C’est d’ailleurs le cas tous les scientifiques, puisqu’ils s’appuient sur une hypothèse de réalité qui impose en toutes occurrences un choix arbitraire (cf. un article précédent sur la neutralité en science politique).

S’il n’y a pas toujours du politique dans l’arbitraire et au risque de choquer certains moralistes, qu’un universitaire soit complaisant à l’endroit d’une idéologie – même discutable – ne donne aucun droit au politique de s’immiscer dans le débat scientifique. Aucun droit, car il n’existe rien de supérieur dans le débat scientifique que la science elle-même ! Dans ce même débat, les théories qui sont suspectées d’être mues par d’autres considérations que scientifiques sont rejetées, de même que sont falsifiées les théories qui montrent aucun gage de scientificité. Puisque la science se construit sur la critique raisonnée et raisonnable, non sur des cabales, cet exercice prend certes du temps. Un temps qui n’est pas celui de la polémique.

Nier la qualité d’intellectuel à Tariq Ramadan puisqu’il pèse sur lui des accusations, ou celle de Pascal Boniface puisqu’il serait complaisant à son endroit, c’est priver la science de son droit à la critique. Pire, c’est les situer dans conflit où, in fine, s’affrontent une morale contre une autre. Dans ce conflit, seule la puissance du vainqueur lui donne raison, et non la Raison elle-même. Et en disant cela, je suis complaisant envers rien, je me comporte en scientifique. Si les accusations contre Tariq Ramadan sont fondées, il ne relève plus de la science mais de la justice. C’est triste à dire, mais ce type de propos est de moins en moins accepté dans le débat public car n’y subsistent que des pro- et des anti- Untel, faisant le jeu du manichéisme des imbéciles.

Quelle légitimité pour l’indépendance de la Catalogne ?

Alors que l’Espagne déclenche l’article 155 de sa Constitution, visant à mettre sous tutelle la Catalogne, le Parlement catalan vient d’adopter la déclaration d’indépendance, laquelle dispose :

Nous constituons la République catalane en tant qu’État indépendant, souverain, légal, démocratique et social.

Plus précisément, cette déclaration la Catalogne déclenche un processus constituant visant à faire de la Catalogne un État indépendant.

Cette précision étant faite et puisque ces événements rapportés sont en cours, cet article ne peut pas prédire l’avenir du futur État (quoi que j’ai d’ores et déjà scénarisé les possibilités dans l’article : Et si la Catalogne devenait indépendante ?), ni même décrire précisément le présent. Cet article se destine plutôt à poser les bases d’un débat qui va animer la vie politique espagnole et, par répercussions, l’ensemble des acteurs qui observent la situation.

Dès lors, j’aimerai souligner un point crucial apporté par l’expérience catalane : l’indépendance s’exerce difficilement dans le cadre référendaire.

Les nationalismes minoritaires (au sens des formations politiques se réclamant d’une nation en situation ou se pensant minoritaire), que ceux-ci penchent à gauche ou à droite, militent depuis la fin des années 1970 pour une inclusion à la vie démocratique au sein des États tutélaires. Ainsi, et à de rares exceptions (dont le Pays Basque, la Corse, l’Irlande du Nord et quelques groupuscules marginaux dans d’autres régions d’Europe), l’action armée a été plutôt négligeable en comparaison des mouvements d’émancipation démocratiques.

Évoluant donc dans un contexte relativement apaisé, ces nationalismes minoritaires connaissent toutefois de profondes divisions internes.

De plus, ils finissent par se conformer si bien aux pratiques du champ politique dans lequel ils évoluent : faisant en sorte que les représentants politiques se professionnalisent, que la division du travail nécessite la contribution de collaborateurs moins politisés mais plus compétents, que les apparatchiks remplacent les militants, que le différence entre les attentes populaires et les pratiques politiques se creusent, etc., qu’ils deviennent de partis de politiciens. Et ces politiciens partagent avec leurs adversaires certaines croyances, dont celle que le plébiscite populaire qu’est le référendum est la source ultime de la légitimité démocratique.

Sauf que l’exemple catalan tend à démontrer que cette stratégie est révolue.

Selon les intentions de votes, les Catalans se seraient probablement prononcés contre l’indépendance si le référendum avait été tenu «normalement», c’est-à-dire avec toutes les garanties démocratiques concourant au vote, dont une campagne égalitaire et par laquelle toutes les expressions auraient pu être tenues.

La Catalogne serait alors rentrée dans le rang, celui de ces nations qui ont échoué à déclarer leur indépendance en consultant leur peuple comme se fut le cas pour le Québec ou pour l’Écosse. Sachant cela, l’interdiction de tenir le référendum et la répression politique qui s’en est suivie ont fortement contribué à légitimer l’option indépendantiste ; alors que cette dernière n’était que minoritaire dans la  population catalane.

Cette «nouvelle» légitimité est donc celle de la démonstration d’un déni de démocratie de la part de l’État tutélaire et de l’urgence face au risque de soumission. Elle n’est donc pas démocratique (au sens où elle serait le résultat d’une volonté populaire), mais résulte davantage de la lutte anti-impérialiste car en contradiction d’une autorité jugée extérieure et avilissante.

Reste à savoir si les Catalans partageront ce sentiment et soutiendront le processus d’indépendance.