La réforme du mode de scrutin

Quebec Election,

À l’occasion d’une rencontre avec la « jeunesse québécoise », les leaders de la Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti québécois (PQ) et de Québec solidaire (QS) ont prôné une réforme du mode de scrutin. Si le Parti libéral du Québec (PLQ) au pouvoir demeure réservé sur cette mesure, les uns et les autres convergent pour l’introduction d’une dose de proportionnelle.

Tout changement politique étant vécu comme une « révolution » au Canada et a fortiori au Québec, on pourrait penser que cette proposition qui fait (presque) l’unanimité porte en elle son vent de changement. Oui, mais … c’est davantage une petite brise que l’on nous promet. La même petite brise qui fait tourner les girouettes, mais n’apporte rien d’autre qu’un soupçon de fraîcheur.

Évidemment, le scrutin majoritaire uninominal à un tour tel qu’il existe est loin d’être parfait. Certain-e-s candidat-e-s sont élu-e-s avec des scores somptuaires, à l’exemple de la co-porte-parole de QS et députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques et partisane de la réforme : Manon Massé. Cette dernière a été élue avec 30,6% des suffrages, pour une participation de 66% ; soit par un petit 20% des électeurs. La légitimité démocratique est plutôt faible.

Afin d’accroître la légitimité du scrutin, on envisage d’inclure une dose de proportionnelle. Idée brillante qui consiste à réserver – disons – la moitié des sièges aux scores électoraux réalisés par les partis en lice. Exemple hypothétique, admettons que le parti X présente des candidat-e-s pour les soixante sièges au scrutin majoritaire uninominal et nul n’est élu dans ses rangs. Malheur ! Sauf qu’avec la dose proportionnelle, ces 12% se convertiront en 7 sièges.

Dès lors, l’Assemblée nationale se retrouverait bien plus représentative des différentes sensibilités politiques qui traversent la société québécoise. Sauf que, la proportionnelle mixte comporte trois écueils :

  1. Elle privilégie à la fois le parti vainqueur et les petits partis, faisant en sorte que les majorités comme les oppositions doivent composer des alliances électorales pour gouverner. Les alliances n’étant vraiment pas dans la culture politique québécoise, le régime risquerait d’être fortement instable.
  2. Elle avantagerait le vote en fonction d’un parti plutôt qu’en faveur du ou de la candidat-e, éloignant d’un peu la vie politique provinciale des enjeux locaux. Sans chambre représentative des territoires qui équilibre le débat, la démocratie ne serait finalement que celle des antagonismes partisans.
  3. Si une dose de proportionnelle accroît la représentativité des formations minoritaires, elle n’augmente pas la participation. Pire, elle a souvent tendance à la faire baisser. Autrement dit, le champ politique – certes plus diversifié politiquement – serait moins bien élu, et donc certaines couches de la société ayant tendance à l’abstention (pêle-mêle : les jeunes, les travailleurs précaires, les immigrants, etc.) en seraient moins bien représentées.

Si une réforme du mode de scrutin s’impose (et dans lequel une dose proportionnelle pourrait avoir des effets bénéfiques quant au renouvellement de la vie politique), elle ne peut s’effectuer sans une réforme des institutions démocratiques. En dépit de quoi, ladite réforme risque d’être seulement oratoire, un faire-valoir pour le pouvoir afin de dissimuler l’absence de changements et une démocratie de plus en plus éloignée des citoyen-ne-s.

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