Le nouvel antisémitisme

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Campagne contre l’antisémitisme au sein de Labour

Cet article débute par des excuses, celles de Jeremy Corbyn – chef du Labour britannique – quant à l’antisémitisme rampant au sein de sa formation. En effet, Corbyn reconnaît que le Labour a été investi par des antisémites qui, quoi en nombre minoritaire, le conduit à assainir les rangs.

À cela, Corbyn pense l’antisémitisme qui sévit dans son parti et – plus largement – en Angleterre est véhiculé par deux sources. Premièrement, par l’antisionisme  :

L’antisionisme n’est pas en soi un antisémitisme et beaucoup de Juifs eux-mêmes ne sont pas sionistes. Mais il y a un petit nombre d’individus qui s’emparent de la question palestinienne précisément parce qu’elle leur offre une opportunité d’exprimer une hostilité envers les juifs de manière « respectable ». Notre mouvement n’abritera de tels individus.

Traduction depuis l’original, cf. Jeremy Corbyn, Evening Standard – 24 avril 2018

Secondement, par une critique de l’impérialisme et du capitalisme qui prend les traits d’un complotisme. Il y aurait donc une source « contemporaine » à l’antisémitisme : celle véhiculée insidieusement par la cause palestinienne, et une source plus « ancienne » qui emprunte de vieux préjugés.

Le propos de Corbyn rejoint finalement un constat réalisé et documenté depuis longtemps, celui d’une instrumentalisation de causes subsidiaires pour défendre des positions indéniable antisémites. Ces causes n’ont pas attendu celle d’une Palestine libérée du joug israélien. Si l’on reste dans la thématique des affirmations nationales, on constate non sans trop de difficulté que la plupart des nationalismes ont eu leur moment antisémite. Et il en va même de nations avec aucun juif, telles que le Japon ou l’Indonésie.

Si le prétexte est aisément perceptible dans ces exemples (le Juif étant largement une figure fantasmée), il n’est pas inoffensif pour autant. D’où l’importance de détecter l’antisémitisme lorsqu’il se greffe et prospère au sein – et parfois à l’encontre – d’une cause initiale et pas nécessairement condamnable.

Ce combat contre l’antisémitisme – en cela similaire au racisme, au sexisme, à l’homophobie, etc. – a amené plusieurs personnes à vouloir en détecter des démonstrations avant-coureuses. Il y existe plusieurs lectures quant à cet antisémitisme sousjacent, dont une lecture existentialiste et une lecture essentialiste.

D’après Jean-Paul Sartre, auteur de Réflexions sur la Question Juive, tout le monde développe une forme d’antisémitisme latent pourvu que l’hostilité antisémite devienne si passionnelle qu’elle invente le Juif, celui sur lequel se focalise toute la haine, puisque – de Juif – l’antisémite ne croit pas en fréquenter. Comme écrit Sartre :

(…) l’antisémitisme n’est pas un problème juif : c’est notre problème. Puisque nous ne sommes coupables et que nous risquons d’en être, nous aussi, les victimes, il faut que nous soyions bien aveugles pour ne pas voir que c’est notre affaire au premier chef. Ce n’est pas d’abord aux Juifs qu’il appartient de faire une ligue militante contre l’antisémitisme, c’est à nous. 
Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive (1947)

Face à cette lecture existentialiste qui engage une commune humanité, une lecture essentialiste a voulu percevoir l’antisémitisme non par la construction de soi et d’autrui, mais par l’origine du mal. On a alors décliné l’antisémite comme païen, grec, romain, chrétien, slave, allemand, français, fasciste, socialiste, communiste, etc, pour identifier les victimes comme les coupables. Cette perception est celle des signataires du Manifeste contre un « nouvel antisémitisme », qui ne font qu’étendre la critique à l’islam et plus spécifiquement à l’islam de France.

Puisque je partage la critique de Claude Askolovitch, je ne renouvellerai pas cet exercice. Je trouve néanmoins que ce Manifeste a une qualité : celle de provoquer un cas de conscience à gauche. Non que la gauche française ait à se sentir davantage « coupable » que la droite doit se sentir « collaboratrice » car jugée – par les auteurs du Manifeste – plus conciliante que la seconde envers un obscurantisme musulman qui se tapisse sous des revendications sociales. Si la critique n’est pas toujours fausse, elle n’est pas nécessairement vraie.

À vrai dire, si la gauche française doit se rattraper – peut-être même s’excuser – c’est davantage car elle a abandonné le combat contre l’antisémitisme. Cet abandon est le corollaire du recul de la social-démocratie sur le terrain des idées : abandon des valeurs et des références socialistes, abandon de la défense des classes dominées, abandon de la culture de gauche, abandon de l’internationalisme, etc. Le combat contre l’antisémitisme a échu à une droite conservatrice, dont l’agenda n’est pas tant d’accroître symétriquement la tolérance et le pluralisme des uns à l’égard des autres, mais bien de restreindre l’acceptation de la communauté nationale à quelques groupes acceptés (mais pourvu qu’ils acceptent stoïquement de rentrer dans une petite case).

N’en déplaise aux signataires du Manifeste, le combat contre l’antisémitisme a besoin de la gauche. De même, la gauche a peut-être besoin de revenir à cette lutte pour retrouver un peu de son âme, celle d’un humanisme contemporain de la défende de Dreyfus à la tristesse provoquée par l’assassinat de Rabin. Ce n’est que réunis que tous comprendront que l’antisémitisme n’est la conséquence d’aucun texte, ne prend les traits d’aucun groupe en particulier. Il persiste comme une peste dans cet occident qui n’en est nullement épargné car il accomplit timidement son devoir de mémoire, car il a été éduqué aux remords plus ou moins sincères des nations. L’islam de France évolue bel et bien dans cet occident perfectible.

 

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