Les libéraux peuvent-ils encore gagner ?

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Bas, très bas dans les enquêtes d’opinion, le Parti libéral du Québec (PLQ) cherche à remonter la pente. Mais le PLQ peut-il encore gagner les élections d’octobre qui s’annoncent compliquées ? Analyse. 

Gagner des élections en contexte hostile est un art complexe et délicat. S’il y a plusieurs manières de procéder, celle pour laquelle PLQ semble avoir opté est celle de la carotte et du bâton. Sauf que cette stratégie – si elle a fait ses preuves par le passé – semble de plus en plus inopérante face aux populismes.

La stratégie de la carotte et du bâton pourrait être elle-même assimilée à du populisme si elle n’était pas si mécanique, si peu passionnelle. Elle consiste à alterner – selon les contingences – la rétribution et la punition.

D’une part, le PLQ tend la carotte en espérant que l’on y morde. En la circonstance, la carotte consiste en une série d’engagements de redistributions, par une multiplication de chantiers infrastructuraux, sectoriels et industriels à venir. Elle est une promesse de prospérité offerte aux Québécoises et aux Québécois pour susciter leur adhésion malgré des réticences objectives. Quoi que l’on puisse objecter sur la méthode, elle est possible uniquement lorsque le parti au pouvoir peut se prévaloir de l’embellie économie. En d’autres mots, il est plus délicat de proposer les fruits (ou les légumineuses, pour reprendre notre allégorie) de la croissance lorsqu’ils sont inexistants.

D’autre part, le PLQ agite le bâton pour écarter les formations rivales. Dès lors, il articule une communication véhémente, composée de déclarations tonitruantes de Philippe Couillard qui ne manque pas de comparer la Coalition avenir Québec (CAQ) à un parti d’extrême-droite, investie massivement dans les médias et sur les réseaux sociaux. On pourrait se demander pourquoi tant d’efforts, alors que le PLQ gouverne la province et jouit donc d’une couverture médiatique proportionnellement plus importante que celle de ces rivaux ? Trois raisons expliquent ce phénomène. Premièrement, et à l’exception d’un interlude de moins de deux ans, le PLQ gouverne le Québec depuis 2003. Il accuse une usure du pouvoir de plus en plus problématique puisqu’il essuie de fortes critiques. Sans relais d’opinion suffisamment puissant pour se faire entendre, il est donc dans une position quasi-équivalente à celle d’un outsider. Pour se faire entendre, il est donc obliger de donner de la voix. Deuxièmement, le PLQ doit reconquérir des espaces qu’il a laissé à l’abandon, notamment les réseaux sociaux. Puisque ces espaces se nourrissent de polémiques, il lui faut y être agressif pour ne pas être immédiatement agressé. Troisièmement, le moment populiste oblige un durcissement du propos afin que le PLQ puisse attaquer frontalement ses adversaires.

Il est bien trop tôt pour savoir si la carotte et le bâton ramèneront ces électrices et électeurs qui se laissent tenter par la CAQ ou celles et ceux qui – sans choisir le parti de François Legault – désertent le PLQ choisi autrefois par défaut et désormais quitté par dégoût à la suite des différents scandales de corruption et collusion, les années d’austérité économique, etc. Faire le choix de rejoindre ces deux publics – qui sont sociologiquement et politiquement différents – n’est pas une mauvaise tactique, mais la stratégie en cours n’est peut-être pas la meilleure à cet effet.

Je m’explique.

La stratégie de la carotte et du bâton revient à se montrer attractif, tout en agitant l’épouvantail du populisme. Or, cette stratégie présente quatre difficultés. Premièrement, le message risque de ne pas être reçu par les intéressé-e-s puisqu’il fait appel à deux sentiments contradictoires : l’attraction et la répulsion.  Elle risque donc d’être perçue comme une campagne de dénigrement ou, inversement, comme un appel au clientélisme. Deuxièmement, elle subodore que la CAQ sera conforme à elle-même ; c’est-à-dire qu’elle fasse campagne en s’opposant à l’État-providence et en attisant les peurs. Si c’est amplement dans ses cordes, la Coalition a démontré par le passé qu’elle sait prendre ses adversaires par revers. Autrement dit, il ne faut pas minimiser l’intelligence stratégique de ses dirigeants et la souplesse idéologique des électrices et électeurs caquistes. Troisièmement, cette stratégie anticipe que le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) seront plutôt passifs, ou tout simplement inoffensifs. C’est là un pari extrêmement dangereux, puisque le PQ s’aligne sur la CAQ et QS cherche à se légitimer comme le seul parti social-démocrate. Quatrièmement, cette stratégie expose les faiblesses du PLQ à ses adversaires, lesquelles deviennent facilement exploitables. Il suffit donc de développer des procédés contradictoires pour affaiblir le PLQ, chose aisée pour qui a un minimum d’intelligence stratégique.

Bien évidemment, le PLQ est en mesure de gagner son pari avec sa stratégie, mais il faudrait alors que la CAQ perde le sien et que le PQ s’enlise définitivement dans les conflits internes au souverainisme. Le plus sage serait de réviser la stratégie lorsque la campagne s’accélérera, soit en la réduisant à un seul et unique angle d’attaque, soit en la complexifiant afin de la rendre d’une redoutable efficacité. Il y aurait également d’autres voies envisageables, mais – si la stratégie contribue à la victoire – faut-il encore que ceux qui l’espèrent s’en donnent les moyens.

 

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