5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique

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En cherchant à analyser des stratégies politiques, il m’est arrivé de qualifier certaines d’entre elles de «bonnes» et d’autres de «mauvaises». Bien que l’utilisation d’un prédicat soit une forme de paresse intellectuelle, une «bonne» stratégie est utilement une stratégie qui répond de manière optimale aux objectifs qu’elle s’est fixée.

Voici donc 5 conseils pour élaborer une bonne stratégie politique.

1- Bien analyser le contexte

Avant même de penser à l’objectif que la stratégie est censée satisfaire, il importe de bien analyser le contexte dans laquelle elle se déploie. Cette analyse suppose d’avoir une connaissance globale des phénomènes structurels, mais aussi d’adapter son analyse aux phénomènes conjoncturels.

Savoir analyser un contexte ne signifie pas être objectif à l’égard de celui-ci, mais bien de s’abstenir de tout préjugé qui viendrait fausser l’analyse. Ainsi, l’erreur classique est de croire qu’on comprend bien une situation puisqu’on la vit ou, inversement, parce que l’on en est totalement extérieur à celle-ci. Or, c’est là deux préjugés : le premier est de croire que la connaissance est intrinsèque à l’expérience ; le second est de penser qu’elle est immanente à l’analyste.

Une analyse limpide du contexte exige donc de se placer dans ce milieu inconfortable où l’on est pas uniquement acteur, pas simplement observateur.

2- Opter pour une stratégie réaliste

«Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux», disait Socrate. Au-delà même du contexte politique, il importe de bien se connaître soi, le candidat ou la candidat(e) en lice, la formation politique, etc. Selon les forces et les faiblesses de la personne ou de l’institution, il vous appartiendra de définir une stratégie réaliste.

On ne parle pas ici de victoire ou de défaite future, ni même des différentes approches stratégiques, mais tout simplement de faire suivre les dépenses matérielles, humaines et/ou symboliques avec ses ressources. Sans quoi, votre stratégie – et à moins qu’elle ne résume à cela – risque de les consumer. Une stratégie réaliste signifie donc définir une stratégie en fonction de ce qui est à votre disposition.

S’il existe cette croyance populaire que les petits partis – souvent très chargés idéologiquement – feraient mieux ne pas participer aux échéances électorales d’ampleur puisqu’ils n’ont aucune chance de gagner, ces derniers – grâce à une stratégie réaliste – ne meurent jamais vraiment. Maintenant, pourquoi se présentent-ils ? Pour paraphraser une série culte : la vérité est ailleurs…

3- Définir des objectifs convergents et substituables

Ce n’est pas le tout de définir une série de petits objectifs en perspective de réaliser un GRAND objectif, mais il importe surtout de définir d’autres objectifs qui convergent et sont substituables à vos desseins initiaux.

Développons avec un exemple.

Disons que le grand objectif (X) est de gagner une élection. Pour se faire, il importe de définir une série de petits objectifs à cette fin (x1, x2, x3, etc.). Félicitations, vous avez gagné ! Sauf que … vos adversaires se sont regroupés et disposent désormais d’une minorité de blocage au parlement. Votre victoire est donc sous-optimale.

Une bonne stratégie permet d’anticiper ce genre de désagréments en fixant des objectifs convergents (Y, Z, etc.), et ce afin de rendre votre victoire optimale. Par exemple, en ralliant une partie des adversaires pour empêcher que se forme la minorité de blocage. Mais ces objectifs ne doivent pas être seulement convergents, ils doivent aussi être substituables à l’objectif initial (YX’, ZX’, etc.). Imaginons que vous êtes élu(e) mais que votre formation est minoritaire. Votre défaite s’inversera si vous parvenez à rallier vos concurrents durant l’élection, et ce afin de déstabiliser celui ou celle qui semble l’emporter. Plus faible sera sa victoire, moins forte sera votre défaite.

4- Ne jamais divulguer sa stratégie (à moins que ce soit la stratégie)

Une stratégie ça ne se partage pas, pas même en parties. Cette règle connaît toutefois un exception si elle fait partie intégrante de votre stratégie.

En effet, il peut s’avérer extrêmement tactique de révéler des éléments de sa stratégie. Ces éléments n’ont pas nécessairement besoin spécialement faux, sauf pour induire en erreur vos adversaires. Néanmoins, il existe toujours une contre-indication au mensonge puisqu’il les renseigne sur vos faiblesses lorsqu’il est découvert. Quant aux éléments véritables, ils sont à répandre uniquement si vous souhaitez que vos adversaires revoient eux-mêmes leur stratégie.

C’est donc une véritable partie de poker qui s’engage si vous décidez de divulguer votre stratégie. Mathématiquement, le meilleur moyen pour ne pas perdre reste de ne pas jouer.

5- Se faire bien entourer

Il est certain que la question de l’équipe dépend étroitement de l’enjeu. Plus l’enjeu appelle à l’investissement massif de ressources, plus il contraint à s’entourer d’un nombre important de personnes pour couvrir le terrain, mais aussi de spécialistes pour répondre à des besoins de plus en plus techniques (droit électoral, communication politique, trésorerie, mobilisation des militants, etc.)

Le problème étant que ce nombre exponentiel de petites mains accroît le risque que les orientations stratégiques soient trahies par des inconnus à la loyauté bien relative et qu’elles échappent in fine à celles ou ceux qui les ont élaborées. Pour éviter les trahisons et autres turpitudes, vous pourriez être tenté(e) de concevoir seul(e) dans votre coin votre grande stratégie. Sauf qu’une stratégie ne s’arrête pas à son élaboration : elle doit être mise en oeuvre, adaptée, parfois même changée au cours des événements.

Savoir composer une équipe de personnes loyales et maîtresses de la situation est donc fondamentale. Si vous ne savez pas comment faire, et bien continuez à suivre ce blog puisque ça fait parti de sa stratégie éditoriale.

 

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