Le bon, la brute et le truand : un reboot québécois

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Pour galvaniser l’action politique, rien de mieux qu’une petite « tweet war». Ça fait jaser les journalistes, ça occupe les communicants et puis, surtout, ça permet de tâter le terrain.

Étonnement, c’est le Premier ministre en exercice – Philippe Couillard – qui a décidé de dégainer le premier, prenant alors François Legault pour cible.

couillard.png

Au ton Western de ce tweet (« Je donne 24h »), François Legault a préféré manier la rhétorique (critique > constat > non-proposition > tautologie) :

legault.png

Mais alors que tout portait à croire qu’on allait sombrer dans un débat économique qui ne passionne guère les foules, un pistolero qui n’a pas été convié : Jean-François Lisée, a décidé de mettre le feu aux poudres en usant cette ironie qu’on lui connaît :

lisee

Si je ne saurai dire qui des trois protagonistes incarnent le bon, la brute et le truand, ce reboot québécois donne quelques indices sur la stratégie des différents candidats:

  • Couillard :

L’attaque frontale démontre une certaine fébrilité du Parti libéral du Québec (PLQ) de Couillard face à la montée sondagière de la Coalition avenir Québec (CAQ) de Legault. Mais une fébrilité qui ne va pas sans une stratégie mûrement pensée (quoi qu’un peu trop évidente à mon goût), puisque Couillard porte la polémique sur le terrain de prédilection de Legault : l’économie. Les stratèges du PLQ tablent sur le fait que la situation du Québec n’a jamais été aussi bonne que sous le gouvernement libéral afin de décrédibiliser cet adversaire prompte à la critique, peu à la solution.

  • Legault :

L’art discursif n’est vraiment pas le fort du chef de la CAQ, et son invitation à la technicité ne lui donne pas le dessus dans ce genre de joute où sa rhétorique semble … ampoulée. Pire, elle le rend maladroit. Bien que la CAQ ait des armées de communicants, elle reste toutefois sur la défensive et privilégie la réaction de ses militants (pour le dire poliment) plutôt que la parole de son chef. C’est à mon sens une erreur stratégique qui accentue l’écart entre Legault et les Québécois-es. Il lui faudra peut-être arrêter de parler d’économie pour bousculer le PLQ et gagner l’aplomb qui lui manque pour gagner les élections.

  • Lisée :

Si l’intervention de Lisée est plutôt réussie sur la forme, elle est toutefois maladroite sur le font puisqu’elle révèle à ses adversaires qu’il suit le débat sans parvenir ni à le créer, ni à lui intimer une autre direction. Cela est d’autant plus limpide que Lisée est intervenu sans y avoir été convié. Aussi, parfois il est préférable de ne pas agir et attendre de relancer le jeu après qu’il eut été bloqué (on a appelle ce mouvement aux échecs le zeitnot). Le grand problème des stratèges du Parti québécois (PQ) est justement leur analyse biaisée de la situation, laquelle ne leur permet pas d’en cadrer au mieux l’action bien qu’il y ait cette créativité et ce bouillonnement politique au sein du PQ.

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