L’islamo-gauchisme

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Dessin de Riss

C’est un qualificatif qui revient souvent dans le débat public pour désigner celles et ceux qui, à gauche, auraient des accointances réelles ou supposées avec l’islam radical. Diagnostic d’une convergence supposée…

Une idéologie ?

Si vous n’avez pas encore visionné ma vidéo : L’idéologie, laquelle vous explique les subtilités de la chose en quelques minutes, c’est le moment de le faire.

Pour celles et ceux qui préfèrent la lecture, on peut définir une idéologie comme un ensemble de représentations et de pratiques œuvrant à décontester un concept dont s’en revendique un groupe dans et pour son action politique.

Il suffit de cette définition pour comprendre qu’on ne se réfère pas ici à une idéologie puisque nul ne se revendique de l’islamo-gauchisme. D’une part, parce que le «gauchisme» a une connotation péjorative à la fois à gauche, puisque Lénine le qualifiait de  «maladie infantile du communisme» dans son livre de référence, et à droite où il est un dénigrement ordinaire du camp opposé. D’autre part, parce que – même en faisant fi du qualificatif de «gauchisme» – l’adéquation entre l’islam et une gauche non-marxiste subodore l’adhésion à cette religion. Sauf que les personnes incriminées sont rarement, voire jamais, musulmanes.

L’insulte revient donc à suspecter le non-musulman d’être l’instrument d’une convergence des luttes entre l’islam et la gauche.

Une convergence des luttes plus que discutable

Admettre qu’il y ait convergence des luttes entre l’islam et la gauche revient à simplifier à l’extrême des réalités complexes, multiples, souvent contradictoires.

Pour la seule question de l’islam, les différentes obédiences sunnites et chiites sont rivales, voire franchement hostiles entre elles. S’il peut toutefois exister des convergences entre les unes et les autres, faut-il encore qu’elles réunissent autour d’un mot d’ordre différentes tendances, courants, institutions et personnalités, mais aussi des peuples, des langues et des cultures différents. Pour ce qui est de la gauche, je crains qu’elle connaissance encore plus de divisions que l’islam…

En réduisant le propos à un islam et une gauche flous et désincarnés, l’histoire regorge d’exemples où l’un et l’autre peuvent converger. Pourtant, il existe certains exemples qui désintéressent les pourfendeurs de l’islamo-gauchisme, à l’exemple d’Al Afghani inspiré par la philosophie des Lumières et qui s’opposait à l’impérialisme. De même, ces derniers relèvent en de trop rares occasions le contexte, comme celui qui fit que les Frères musulmans aient adopté certaines idées du socialisme dans les 1950/1960 en pleine guerre froide et alors que les guerres anticoloniales faisaient rage. Pas plus que ceux-ci ne reconnaissent des parallélismes avec ce qui pourrait être « islamo-droitisme ». Pourtant, avec la Révolution égyptienne de 2012, les Frères musulmans se sont dits nationalistes, attachés aux valeurs traditionnelles de l’islam et ont prôné une économie mixte d’inspiration capitaliste. En bref, ils ont viré conservateurs…

L’éternel complot

S’il n’existe pas une idéologie islamo-gauchiste et si la convergence des luttes entre un islam flou et une gauche toute aussi vaporeuse est très fortement relative, qui sont les islamo-gauchistes ?

À vrai dire, il existe surtout pour leurs critiques. Penser que la gauche aurait au pire des accointances pour l’islam radical, au mieux une passivité face à celui-ci, présente exactement le même écueil que de présenter la droite comme tolérante à l’endroit du christianisme fondamentaliste. Les obscurantismes ne sont ni de gauche ni de droite, ils veulent se substituer à la politique. Maintenant, que des politiques exploitent la religion à toutes fins utiles … c’est vieux comme la politique.

Puisqu’il ne s’agit pas de décrire une réalité, l’islamo-gauchisme d’aujourd’hui est comparable au judéo-bolchévisme d’hier. Je partage donc la lecture de Shlomo Sand, lequel écrivait :

Les juifs survivants et les bolchéviks, quasiment disparus, ont cessé de constituer une menace pour la position et l’identité des élites dominantes, mais l’état de crise permanent du capitalisme, et l’ébranlement de la culture nationale, consécutif à la mondialisation, ont incité à la quête fébrile de nouveaux coupables.

La menace se situe désormais du côté des immigrés musulmans et de leurs descendants, qui submergent la civilisation « judéo-chrétienne ». Et voyez comme cela est étonnant : de nouveaux incitateurs propagandistes les ont rejoints ! Tous ces gens de gauche qui ont exprimé une solidarité avec les nouveaux « misérables » ont fini par s’éprendre ouvertement des invités indésirables venus du sud.

Ces antipatriotes extrémistes trahissent une nouvelle fois la glorieuse tradition de la France dont ils préparent l’humiliante soumission « houellebecquienne ». L’appellation « islamo-gauchiste » a émergé parmi les intellectuels, avant de passer dans l’univers de la communication, pour, finalement, être récupérée par des politiciens empressés.

L’Obs – Le plus [08-06-2016]

 

 

 

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