En route pour les élections provinciales de 2018

 

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Puisque que Claude Castonguay annonce dans la Presse Plus le début du «marathon électoral» menant jusqu’aux élections provinciales de l’automne 2018, il me fallait réagir à cette présentation – que je qualifierai d’orientée – de la ligne de départ.

Parti libéral du Québec (PLQ)

Castonguay estime que le PLQ de Philippe Couillard a succédé à celui de Jean Charest sans l’avoir assaini, renouvelé et réorienté. S’il est certain que le PLQ semble quelque peu immobile, le postulat de départ est à nuancer. Il faut bien différencier deux choses : 1) l’héritage partisan ; 2) le lègue du pouvoir. Couillard n’a pas récupéré le pouvoir de Charest, mais seulement le parti. Après quoi, il a conquis sans grand effort le pouvoir. et ce suite l’interlude du Parti québécois. Dès lors, Couillard n’est pas dans une position de continuateur de Charest, ni même dans celle d’outsider. D’où l’immobilisme qui caractérise son mandat. C’est important de remettre en perspective ces éléments car, en 2018 (et sauf coup de théâtre), Couillard aspirera à se succéder à lui-même. Il deviendra donc l’homme d’un passé qu’il ne peut plus réduire aux actions de ses prédécesseurs. Il lui faudra donc inspirer du mouvement, créer ce renouvellement puisque la stabilité n’est plus un argument politique vendeur. Sans quoi, Philippe Couillard expérimentera un peu ce que Denis Coderre a vécu aux dernières municipales…

Parti québécois (PQ)

À l’inverse de ce qu’écrit Castonguay, je ne pense pas que le problème du PQ soit sa position sur le référendum. À l’exception de quelques extrémistes qui la déplorent et quelques cyniques qui la relèvent en permanence, le débat est clos depuis la course à la chefferie. Non, le terrain glissant est celui de l’évolution du clivage gauche-droite, entraînée par les  questions identitaires.  Il y a quelques mois, j’ai écrit un article : Où s’en va le Parti Québécois ? sur le repositionnement effectué par le PQ. Sans nouvel élément, je réitère donc ma conclusion :

Plutôt que s’efforcer de plaire aux communautés culturelles, qui ne sont – pour lui [le PQ]– qu’une variable d’ajustement pour gagner certaines circonscriptions, il choisit la confrontation avec la CAQ.

Cette confrontation avec la Coalition avenir Québec (CAQ) vise acquérir le vote des classes moyennes rurales ou péri-urbaines qui échappent au PQ. Celles-ci sont préoccupées par une mondialisation qu’elles jugent comme une concurrence déloyale, une force qui les pousse à l’acculturation. Le projet de pays, pour elles, s’éloigne face à le menace de la mondialisation. Pour les attirer, le positionnement du PQ est celui qui promeut un État fort avec une identité forte.

Québec solidaire (QS)

Je vais probablement réussir l’exploit d’attirer sur moi les critiques et des partisans et des opposants de QS en affirmant que cette formation n’a strictement rien de socialiste, pas plus qu’elle est – quoi que s’y maintiennent des pratiques autogestionnaires pour faire vivre le folklore – anarchiste. Si elle est certes de gauche, la plupart des mesures sociales qu’elle propose sont à destination des tranches de la population de classe moyenne, urbaine et éduquée, non pour le prolétariat. Je ne développerai pas plus en amont l’idéologie de QS car je vais produire (j’espère rapidement) quelque chose de plus consistant et de plus documenté à ce sujet. En attendant, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que QS récupère utilement ce que le PQ abandonne alors qu’il se dirige vers le nationalisme conservateur : le projet de construire un État social-démocrate et francophone en Amérique du Nord.

Coalition Avenir Québec (CAQ)

Il me faudra également écrire un article plus complet sur la CAQ, puisque bien des commentateurs de la vie politique analyse fort mal cette formation à l’exemple de Castonguay. Qui plus est, ce dernier semble persuadé que le vote des «anglophones» est interchangeable pourvu que le parti pour lequel ils optent ne soutienne pas la souveraineté du Québec. S’il est certain que les partis qui plaident pour la souveraineté du Québec conduisent au veto pour bon nombre d’anglophones et d’allophones (j’insiste sur l’omission), ce n’est pas pour autant qu’ils voteront pour un parti qui tiendrait des positions très à droite. Si l’offre politique proposée par la CAQ contredit d’autres principes de ces populations, comme de vivre dans une société libérale et multiculturelle, ils s’abstiendront ou voteront pour le PLQ en dépit des affaires. En effet, la CAQ ce n’est pas le PLQ en un peu plus plus nationaliste, c’est surtout un parti conservateur.

Conclusion

Une course électorale, c’est un marathon – comme l’a très bien écrit Claude Castonguay. Sauf que les coureurs ne partent pas au même endroit sur le parcours. Il faut donc se méfier de ce genre d’articles qui nient cette réalité, soit en présentant la situation comme courue d’avance, soit en concevant la course comme relativement ouverte. J’ouvre donc cette rubrique consacrée aux élections provinciales au Québec un peu précocement pour me donner le temps afin de bien analyser ces structures qui régissent le champ politique,  les stratégies qui les infléchissent, puis couvrir les grands et petits tremblements qui menacent de les détruire.

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