Les 3 raisons du succès de Valérie Plante, première mairesse de Montréal

plante

Valérie Plante a d’ores et déjà marqué l’histoire puisqu’elle est devenue la première mairesse de Montréal avec le score de 51.36%. Elle intègre alors le club très fermé des femmes qui dirigent une grande agglomération en Amérique du Nord, devant son second membre après Muriel Bowser (élue à Washington).

S’il fallait souligner cette victoire historique (et si nous conclurons cet article sur les nombreux défis qui l’attendent), il est important de se demander pourquoi Valérie Plante a réussi à gagner l’Hôtel de ville. En effet, Denis Coderre a été longtemps jugé indétrônable par l’ensemble de la presse et une part notable des commentateurs politiques.

Sauf que leurs analyses – parfois partiales, mais bien plus souvent partielles – ont oublié certains critères.

Voici donc les 3 raisons du succès de Valérie Plante :

1- Une vision de Montréal

Dans un article précédent, je soulignais que l’opposition entre Plante et Coderre se résume à deux projets :

Valérie Plante (Projet Montréal) propose une ville centrée sur la notion d’urbanité, privilégiant les familles, l’écomobilité et la considération de l’espace public. Tandis que Denis Coderre (Équipe Coderre) privilégie le rayonnement international de la ville, notamment à l’aide de partenariats public-privé, et le statu quo urbanistique.

Alors Plante a parfaitement incarné sa vision de la ville, celle de Coderre a semblé déconnecté des priorités. De plus, et n’en déplaise à un cynisme ambiant qui aimerait croire en la fin des idéologies et dans celle des partis, les hommes et les femmes politiques dépourvu-e-s de vision sont toujours sanctionné-e-s par les urnes.

2- Une campagne performative

Puisque la politique est un art discursif, une vision ne suffit pas : il faut marquer les esprits. Aussi, je tiens à réitérer mon propos alors que je faisais un bilan de la campagne :

Valérie plante a fait une campagne irréprochable, aider par une communication parfaite et des candidats engagés sur le terrain. Elle a orienté les débats, parvenant à proposer une vision cohérente et compréhensible de son projet. Perdante comme gagnante, la campagne de Plante peut faire pâlir certains candidats aux élections provinciales et fédérales.

La puissance du discours a donc permis à Valérie Plante d’exister comme une option crédible, se construisant au passage l’image d’une «vraie» personne avec la proximité, la sympathie et le tutti quanti.

3- Des militants et des candidats engagés

S’il ne fait pas mépriser les ressources symboliques, cette campagne a surtout permis de faire sortir le vote. Pour cela, Valérie Plante a bénéficié de militants et de candidats particulièrement engagés.

Il ne suffit donc pas de « cogner à des portes » pour se faire élire (car, généralement, on ne convainc personne ou trop peu de monde avec cet exercice ; celui-ci servant donc à toute autre chose), mais d’avoir les ressources humaines et matérielles pour faire sortir le vote. C’est exactement l’erreur que Denis Coderre a fait : il a été peu présent sur le terrain, ainsi incapable de jauger ces chances, puis il a mobilisé un réseau de notables.

Conclusion :

Ces raisons : avoir une vision, la répandre et faire sortir le vote, ne s’improvisent pas. La victoire de Valérie Plante n’est donc pas une surprise puisqu’elle était probable. J’insiste sur le terme de « probable », puisqu’il y aura toujours ceux pour rétorquer : « oui, mais toi tu l’as pas prévue ». Évidemment, puisque je suis analyste politique et non devin.

Sur ce rappel, s’achève cette série d’articles sur l’élection municipale à Montréal. Il me faut néanmoins conclure en faisant deux remarques :

Premièrement, cette victoire – aussi historique et symbolique soit-elle – est gâchée par une participation déplorable (42,46%). Il ne s’agit pas de faire la morale à celles et à ceux qui se sont abstenus, ni même de contester la légitimité indéniable de la mairesse et des élus municipaux qui se sont pliés au jeu démocratique, mais de relever que l’abstention a des causes structurelles bien souvent niées par ceux qui la déplorent. Ces causes tiennent – entre autres – à l’hégémonie de la province sur la démocratie au local, entretenue par une classe politique, une classe médiatique et une classe intellectuelle dans la poursuite de leurs agendas politiques respectifs. L’aspiration du peuple à se gouverner est, il me semble, plus important que les petites guérillas nationalitaires.

Deuxièmement, Projet Montréal a beaucoup promis et à raison : ça va être compliqué de faire de Montréal une agglomération du XXIe siècle sans investir massivement, sans projet qui transforme la ville. Il existe deux manières de procéder. D’une part, la méthode Coué qui consiste à dire: Montréal est si différente, si extraordinaire, que l’on finit par y croire. Ça va peut-être convaincre le peuple rompu au même exercice lorsqu’il s’agit du Québec, mais pas les investisseurs, pas les savants, pas les dirigeants. D’autre part, la nouvelle administration peut affronter de manière rationnelle et raisonnée les défis. Cette manière a été celle de Projet Montréal jusqu’à maintenant, s’inspirant de ce qui se fait ailleurs sans jamais perdre de vue les ambitions locales. Espérons qu’il maintienne cette ligne, même à l’épreuve du pouvoir.

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