Montréal 2017 : Bilan de la campagne

Le 5 novembre, les Montréalais et les Montréalaises iront à se prononcer sur le nouveau ou la nouvelle maire pour leur ville. Alors que certains ont d’ores et déjà voté par anticipation, cet article propose un premier bilan de la campagne et s’aventure à un pronostic quant au nouveau ou à la nouvelle locataire de l’Hôtel de ville.

Bilan de la campagne

Autant dire que cette campagne n’a pas passionné les foules, et encore moins les commentateurs qui ont mis du temps – et bien peu d’ardeur – à se positionner.

Pourtant, elle a soulevé de véritables questions. Si Valérie Plante (Projet Montréal) a joué le jeu en cherchant à y répondre, Denis Coderre (Équipe Coderre) a tablé sur l’abstention pour être réélu. C’est pourquoi, il a limité sa présence au strict minimum, n’a proposé rien ou presque rien, a traîné des pieds aux rares débats, dont ceux en français ont été tenu dans un cadre fort restrictif et bien peu démocratique.

Quant aux autres candidats, le traitement médiatique qui leur a été réservé est passablement inégalitaire, autant que les conditions démocratiques ont été déplorables. Toutefois, ces mêmes candidats ont eux-mêmes affiché une forme d’incrédulité. D’où la décision préalable de Justine McIntyre (Vrai changement pour Montréal) de viser seulement les mairies d’arrondissement, et celle de Jean Fortier (Coalition Montréal) de se retirer avant que les choses ne se corsent.

Parlons donc des seules campagnes qui ont bénéficié d’une couverture acceptable (puisque ce sont les seules que je peux analyser) : celle de Denis Coderre et celle de Valérie Plante.

Toujours sur la défensive, peu charismatique, sans l’ombre d’une proposition outre des rengaines ou ses slogans,  Coderre a mené une campagne pitoyable. Il s’en est défendu en prétextant qu’il faisait du terrain. Mais à l’exception de ces chanceux qui sont parvenus à l’approcher et qui témoignent bien volontiers de sa bonhomie, pour tous la majorité des Montréalais Coderre est le maire de l’entertainment et des cônes oranges. Quant aux candidats de son équipe, même les vieux briscards se sont faits bien discrets ; ce qui est tout de même un comble lorsqu’on intitule son parti «Équipe Denis Coderre».

Inversement, Valérie plante a fait une campagne irréprochable, aider par une communication parfaite et des candidats engagés sur le terrain. Elle a orienté les débats, parvenant à proposer une vision cohérente et compréhensible de son projet. Perdante comme gagnante, la campagne de Plante peut faire pâlir certains candidats aux élections provinciales et fédérales.

Mais une campagne n’est pas tout, il faut encore qu’elle parvienne à faire sortir le vote.

Pronostic

Et faire sortir le vote à Montréal est extrêmement compliqué.

En effet, politiquement Montréal n’est pas une île : c’est un archipel. Parmi les îles qui la composent, il y a le centre-ville qui se plait à se comparer aux grandes métropoles : Paris, Londres, New-York. Il y a les îles jumelles du Plateau et du Mile End, qui se rêvent toutes deux capitales culturelles d’une autre Amérique du Nord tout en ignorant le monde entier. Il y a cet Est francophone qui se sent à la fois différent du Québec puisque montréalais et se sent entraîné à la dérive dans cette ville qui ne lui ressemble plus. Et puis, il y a tous ces îlots qui constellent l’Ouest et le Nord, chacun ayant la dimension des communautés culturelles qui les peuplent.

Bref, il n’existe pas une identité montréalaise, mais plusieurs qui ne se parlent jamais. De temps à autre, apparaît un intercesseur. Sauf que ceux-ci sont plutôt rares et souvent trop consensuels pour être politisés. Dès lors, il est extrêmement difficile de mobiliser. Dans ce contexte, l’élection – et ceci vaut également pour l’échelon provincial et l’échelon fédéral – est conditionnée par la faculté du ou de la candidat(e) à tisser des liens avec les différentes populations sans jamais couper ceux déjà noués avec d’autres. Les bons politiciens à Montréal sont des équilibristes expérimentés. Et plutôt que marcher sur un fil, c’est le travail de terrain mené par les candidats locaux qui va leur permettre de faire sortir le vote.

C’est pourquoi, malgré la campagne désastreuse de Denis Coderre et celle remarquable de Valérie Plante, tout repose sur les réseaux des candidats. Et sur ce point, l’avantage penche nettement en faveur de Coderre, dont le réseau est bien établi. Misant sur l’abstention du tout venant, Coderre a eu cette intelligence stratégique de choisir les relais de sa politique là où il faut les trouver. Donc, autant ne rien proposer pour ne contrarier personne. Néanmoins, Valérie Plante n’est pas en reste et elle a opéré un casting qui reflète bien les réalités montréalaises.

De ce fait, il m’est difficile de pronostiquer la victoire de l’un ou de l’autre. Je ne prendrai donc qu’un risque mesuré en prévoyant un scrutin très serré.

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