Quelle légitimité pour l’indépendance de la Catalogne ?

Alors que l’Espagne déclenche l’article 155 de sa Constitution, visant à mettre sous tutelle la Catalogne, le Parlement catalan vient d’adopter la déclaration d’indépendance, laquelle dispose :

Nous constituons la République catalane en tant qu’État indépendant, souverain, légal, démocratique et social.

Plus précisément, cette déclaration la Catalogne déclenche un processus constituant visant à faire de la Catalogne un État indépendant.

Cette précision étant faite et puisque ces événements rapportés sont en cours, cet article ne peut pas prédire l’avenir du futur État (quoi que j’ai d’ores et déjà scénarisé les possibilités dans l’article : Et si la Catalogne devenait indépendante ?), ni même décrire précisément le présent. Cet article se destine plutôt à poser les bases d’un débat qui va animer la vie politique espagnole et, par répercussions, l’ensemble des acteurs qui observent la situation.

Dès lors, j’aimerai souligner un point crucial apporté par l’expérience catalane : l’indépendance s’exerce difficilement dans le cadre référendaire.

Les nationalismes minoritaires (au sens des formations politiques se réclamant d’une nation en situation ou se pensant minoritaire), que ceux-ci penchent à gauche ou à droite, militent depuis la fin des années 1970 pour une inclusion à la vie démocratique au sein des États tutélaires. Ainsi, et à de rares exceptions (dont le Pays Basque, la Corse, l’Irlande du Nord et quelques groupuscules marginaux dans d’autres régions d’Europe), l’action armée a été plutôt négligeable en comparaison des mouvements d’émancipation démocratiques.

Évoluant donc dans un contexte relativement apaisé, ces nationalismes minoritaires connaissent toutefois de profondes divisions internes.

De plus, ils finissent par se conformer si bien aux pratiques du champ politique dans lequel ils évoluent : faisant en sorte que les représentants politiques se professionnalisent, que la division du travail nécessite la contribution de collaborateurs moins politisés mais plus compétents, que les apparatchiks remplacent les militants, que le différence entre les attentes populaires et les pratiques politiques se creusent, etc., qu’ils deviennent de partis de politiciens. Et ces politiciens partagent avec leurs adversaires certaines croyances, dont celle que le plébiscite populaire qu’est le référendum est la source ultime de la légitimité démocratique.

Sauf que l’exemple catalan tend à démontrer que cette stratégie est révolue.

Selon les intentions de votes, les Catalans se seraient probablement prononcés contre l’indépendance si le référendum avait été tenu «normalement», c’est-à-dire avec toutes les garanties démocratiques concourant au vote, dont une campagne égalitaire et par laquelle toutes les expressions auraient pu être tenues.

La Catalogne serait alors rentrée dans le rang, celui de ces nations qui ont échoué à déclarer leur indépendance en consultant leur peuple comme se fut le cas pour le Québec ou pour l’Écosse. Sachant cela, l’interdiction de tenir le référendum et la répression politique qui s’en est suivie ont fortement contribué à légitimer l’option indépendantiste ; alors que cette dernière n’était que minoritaire dans la  population catalane.

Cette «nouvelle» légitimité est donc celle de la démonstration d’un déni de démocratie de la part de l’État tutélaire et de l’urgence face au risque de soumission. Elle n’est donc pas démocratique (au sens où elle serait le résultat d’une volonté populaire), mais résulte davantage de la lutte anti-impérialiste car en contradiction d’une autorité jugée extérieure et avilissante.

Reste à savoir si les Catalans partageront ce sentiment et soutiendront le processus d’indépendance.

 

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