Et si la Catalogne devenait indépendante?

catalogne

Au 1er octobre, se tiendra un référendum qui donnera – ou non – aux représentants de la communauté autonome de Catalogne la compétence pour déclencher un processus d’indépendance.

Le gouvernement espagnol a d’ores et déjà prévu qu’il empêcherait la tenue de ce référendum, déclaré illégal par le Tribunal constitutionnel, de même qu’il poursuivra les maires (auxquels il incombe la responsabilité d’organiser les bureaux de vote) et sanctionnera les fonctionnaires qui collaboreront au déroulé du scrutin.

Dans ce climat particulièrement délétère, deux droits se disputent leur légitimité : le droit de la nation catalane à disposer d’elle-même, ce référendum permettant à la fois de trancher le débat interne que donner à l’indépendance sa légitimité démocratique ; face au droit de l’État à assurer sa souveraineté, puisque le référendum outrepasse la source de la légalité : la Constitution, laquelle fait de l’État le seul et unique plénipotentiaire de la souveraineté populaire.

Autrement dit, le gouvernement catalan s’estime légitime puisque le droit des peuples surpasse celui de l’État, ce que conteste le gouvernement espagnol en appuyant que la nation espagnole – à laquelle appartient les Catalans – s’incarne déjà dans l’État. Le conflit autour de la légalité du référendum n’est finalement qu’une lutte pour la reconnaissance de la Catalogne comme nation, laquelle dépend étroitement du rapport de force entre les nationalismes catalan et espagnol .

Que ce soit clair, d’après moi tout groupe qui pense former une communauté politique singulière et la dénomme comme « nation » en constitue une. Vous me rétorquerez probablement : « oui, mais moi et mes amis on est pas une nation pour autant !» Et vous auriez raison, dans la mesure où ce concept est monopolisé par un référentiel, alimenté de ressources matérielles, culturelles et symboliques, plus fort que vous du fait qu’il s’étend son hégémonie sociopolitique sur vos représentations de ce que peut être – ou non – une nation.

Malgré que la Catalogne soit suffisamment puissante pour prétendre à ce qualificatif de  «nation» que ce possibilité vous semble tout ce qu’il y a de plus crédible, et ce en fonction de vos propres références, elle ne parvient pas à s’imposer face à l’Espagne et à l’Union européenne. La Catalogne appartient donc à ce terrible entre-deux, faisant en sorte que son combat est suffisamment populaire pour recevoir une adhésion, mais qu’il se confronte à des légitimités mieux établies.

Mais qu’adviendra-t-il si, au soir du 1er octobre, le  «oui»  l’emporte par une large victoire ? Incontestablement, le gouvernement de Catalogne en deviendrait légitime pour lancer un processus de négociation qui l’amènerait vers l’indépendance. Sauf que la légitimité populaire est improductive si elle n’est couplée à un processus qui puisse désarmer les moyens de rétention de l’Espagne.

Parce que le champ politique catalan a choisi un chemin pacifique et démocratique vers l’indépendance, il est fort probable que ce processus n’use pas de violence (outre, peut-être, de violence symbolique). Sauf que l’Espagne du Parti Populaire (PP) –  qui n’a jamais totalement éculée son héritage franquiste et vit dans le souvenir  du terrorisme basque – risque de comprendre tous les gestes de la part des Catalans comme une atteinte à la souveraineté nationale.

Quatre scénarii s’offrent alors à la Catalogne:

  • le statu quo, qui ne risque que d’augmenter les frustrations catalanes et de les radicaliser plus il perdure
  • le conflit, qui peut conduire probablement à l’indépendance, mais à une date inconnue et pour un prix mirobolant pour la société catalane ;
  • la négociation, qui oblige à des compromis et donc peut remettre le projet d’indépendance en jeu pour quelques avancées ;
  • le dépassement, soit un abandon du projet d’indépendance pour s’efforcer de construire un autre modèle afin d’exister politiquement comme Catalogne.

Il existerait aussi le scénario idéal dans lequel la légitimité sortie des urnes convainct l’Espagne d’acter la rupture et de favoriser la transition la plus favorable à chacune des parties. Mais très sincèrement, ce n’est pas l’Espagne qui actuellement gouverne.

Résultats le 1er octobre pour affiner ces scénarii.

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